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La brigade de nuit à l'entraînement |
La police municipale dispose depuis mai dernier d’une brigade de nuit avec deux maîtres-chiens. Est-ce un pas vers l’armement de la police municipale ? En accord avec le chef de brigade, Pierre Bédier, qui avait soutenu à sa création qu’il ne voulait pas d’une police armée, a fait la demande auprès de la préfecture pour la doter d’armes de poing.
“Le maire est aujourd’hui tout à fait favorable à l’armement de la police municipale. Nous avons listé toutes les interventions effectuées sur une année, elles attestent de l’évolution de notre métier et du caractère de plus en plus délicat de certaines missions”, déclare Alain Guthertz, le responsable des policiers municipaux. Surprise, quand on sait que Pierre Bédier avait annoncé qu’il était contre l’armement de la police municipale à sa création.
Interrogé sur ce changement de position, le maire répond que «c’est la nature des missions qui m’a fait changer d’avis». Même si paradoxalement il affirme qu’il n’a pas changé de position politiquement et qu’il «reste rétif à armer les policiers municipaux», malgré cette contradiction, il se veut «un gestionnaire le moins borné possible» et conçoit «que les policiers puissent avoir des armes de poing à titre exclusivement défensif, car leurs missions sont de plus en plus dangereuses».
Ce serait donc l’évolution de la situation qui l’aurait conduit à ce revirement. «Dans le cadre du contrat local de sécurité, la police nationale devait se réserver le secteur du Val-Fourré et la nuit. Mais la police nationale fait de plus en plus appel à la police municipale, ce qui est d’ailleurs un gage de son succès. D’autre part, les prérogatives ont changé : avant, un policier municipal ne pouvait pas interpeller un conducteur qui brûlait un feu rouge. Maintenant, oui, et ça peut être dangereux. Enfin, il y a une demande forte des policiers municipaux, dont certains ont quinze ans de métier et qui voient que la police nationale arme de 357 des jeunes adjoints de sécurité qui n’ont aucune expérience». Malgré ce virage à 180°, Pierre Bédier continue à soutenir qu’il ne se sent pas «une vocation de shériff».
A son entrée en poste, le 1er septembre 1999, Alain Guthertz avait abordé le sujet de l’armement de la police municipale avec Pierre Bédier. “Celui-ci m’avait posé la question, fallait-il ou non nous armer ?... J’étais contre, alors que sur mon précédent poste j’étais armé... A Mantes, dans un premier temps je n’en ai pas vu l’opportunité. Et puis dans le courant de l’année 2000, nous avons effectué de plus en plus d’interventions. Le maire m’a reposé la question et nous sommes convenus qu’il fallait se résoudre à y venir, au moins pour les patrouilles de nuit”.
“La demande d’armer la police a bien été formulée deux fois, en septembre 2000 et janvier 2001. Nous la réitérerons certainement en 2002”, ajoute-t-on au cabinet du maire.
56 interpellations en 2001
Avec 25 policiers, la police municipale passera à 29 policiers en 2002 avec quatre recrutements, “l’objectif serait d’atteindre au moins 40 policiers en 2007”, déclare le cabinet du maire.
Quand il a débuté sa carrière en Côte d’Or, en 1973, Alain Guthertz raconte que ses missions se cantonnaient à la surveillance des écoles, à la surveillance des zones de stationnement, des décharges publiques et des marchés. “Aujourd’hui nous assumons des missions de sécurité publique au sens large, des missions de prévention, et de répression bien sûr. Nous effectuons des contrôles de sécurité routière, nous verbalisons pour alcoolémie et excès de vitesse”, poursuit le responsable de la police municipale. Le reste de leurs missions en journée se résume à des patrouilles au Val-Fourré, pour l’encadrement et la sécurité des bâtiments communaux, la surveillance des marchés et des grands axes. Là, et en centre-ville essentiellement, tel que le prescrit le contrat local de sécurité, ils peuvent intervenir en renfort du commissariat, mais à la différence de la police d’Etat, l’îlotage n’est pas de la compétence de la police municipale. Donc aucune mission pédestre. “Les policiers municipaux ont vocation à patrouiller dans toute la ville”, précise Alain Guthertz. C’est le responsable qui le dit, pas le contrat local de sécurité.
Un brigadier raconte aussi qu’une initiative prise par les policiers municipaux au Val-Fourré (hors zone prévue par le C.L.S.) ne dérange pas les services de l’Etat tant qu’elle se passe sans encombre : “je me souviens d’une intervention sur un feu de voiture qui s’était soldée par un attroupement et des jets de pierre contre nous, la police nationale venue en renfort nous avait fait remarquer que nous n’avions rien à faire là. Pourtant si nous sommes témoins de quelque chose, il est naturel d’intervenir”, poursuit Alain Guthertz.
La police municipale dispose désormais des prérogatives et du matériel nécessaire aux interpellations : “gilet pare-balles, casques, menottes, matraque, hormis l’arme à feu malheureusement..., les chiens des brigades de nuit peuvent déjà se montrer dissuasifs” déclare Alain Guthertz.
A chaque interpellation accomplie, la police municipale remet le contrevenant à la police nationale. Elle ne dispose pas encore des cellules pour les garder au frais. Dernièrement, cette dernière a encore sollicité sa cousine pour rétablir l’ordre au cinéma Méga CGR en centre-ville, pour une intervention, avec les chiens cette fois. A la fin 2001, les policiers municipaux ont aussi participé à la sécurisation de plusieurs euro-convoyages, raconte Alain Guthertz : “là la police nationale a fait appel à nos services, nous aurions été armés, cela se justifiait pleinement”.
Du côté des policiers eux-mêmes, la question de l’armement est sans appel, elle apparaît même un besoin urgent : “l’armement de la police est une nécessité, lorsque l’on procède à un contrôle routier et que le conducteur passe la main dans sa boîte à gant, on ne sait jamais ce qui peut en sortir”.
La politique de la préfecture tendrait aujourd’hui à limiter l’armement des polices municipales du département. Mais les dossiers affluent sur le bureau du préfet.
Les chiens “dissuasifs” de la brigade de nuit
En place depuis le 1er mai dernier, la brigade canine de la police municipale de Mantes opère de 18 heures à 3 heures du matin. Equipée de deux chiens, le souhait de la municipalité serait de recruter rapidement quatre autres animaux et leurs maîtres pour créer deux équipes.
Les chiens ont déjà été utilisés pour disperser des attroupements, ils constituent bien sûr une protection pour le maître, mais c’est aussi un moyen de dissuasion efficace. Bouclés par leur muselière, les deux bergers allemands ne peuvent pas mordre (c’est réglementaire), “mais il n’est pas improbable que dans des situations extrêmes, nous laissions aux chiens montrer leurs crocs”, explique Alain Guthertz, le responsable de la police municipale.
Actuellement, un des chiens appartient à son maître, l’autre a été acheté par la mairie. Le premier a cinq ans et a accompli sa formation, le second a un an et entame son apprentissage. A dix-huit mois, le chien peut aller sur le terrain.
L’usage à la brigade de Mantes-la-Jolie veut que l’homme et le chien ne se quittent pas, y compris pendant les jours de congé et les vacances. “Une contrainte qui est aussi garantie d’efficacité”, explique le maître du molosse. Ce sont les deux policiers eux-mêmes qui procèdent à l’apprentissage de leurs chiens, l’entraînement est continu à raison de deux fois deux heures par jour. “On fabrique nos chiens de A à Z”, explique le brigadier-chef.
L’apprentissage consiste bien sûr à rendre le chien plus agressif sur ordre du maître, à le rendre tout au moins plus efficace pour disperser les attroupements ou stopper une agression.
Les maîtres ne s’en cachent pas : “le chien est une arme par destination”. Le chien apprend à taper avec sa muselière ferraillée au bout : un seul coup à la poitrine, et le poids de la bête (40 kg) projette un homme à terre. “Un chien est visible et pour cela très dissuasif dans les rapports de force... Ca aboie, ca fait beaucoup de bruit, tout de suite ça va mieux”, raconte le maître. Les deux chiens de la brigade sont entraînés au flair sans muselière, ou à l’attaque, sur des terrains de jeu qui sont aussi divers que le parc des Expositions de l’Ile l’Aumône, aux anciens abattoirs Truffaut, ou dans les parkings sous-terrains de la ville.
Les deux policiers pratiquent essentiellement des simulations d’agression, avec l’équipement de protection et “parfois avec des armes à feu”, explique le chef brigadier qui se prévaut d’“entraînements très poussés avec les chiens”. Lui-même a été formé par un instructeur de l’armée.
La brigade intervient sur appel de la population ou en renfort de la police nationale. Vol à la roulotte, cambriolage et contrôles routiers, patrouilles de surveillance, font son quotidien.




