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“Les changements, les boulversements, pour un humoriste, c’est extraoridnaire.” |
Les événements ont éclaté au moment où il lançait son nouveau spectacle. Les attentats, l’Afghanistan, Bush, Ben Laden (rien voir avec son copain breton Benoît Laouden) sont au cœur de son nouveau show. Rencontre avec «l’utopitre» quelques heures avant sa montée sur scène à la Nacelle à Aubergenville.
Le Courrier : Le soir du 11 septembre étiez-vous sur scène ?
Marc Jolivet : Oui, j’y étais...
L.C. : Avez-vous pu intégrer immédiatement ce qui venait de se passer aux Etats-Unis dans votre spectacle ou bien était-ce trop difficile d’en parler à chaud ?
M.J : Sans problème. Au contraire, je vais vous dire : j’ai trouvé cela extraordinaire. Pas pour les victimes, bien entendu. Faisons bien la part des choses. Je tiens à ce que l’on comprenne bien. Pour un humoriste, il n’y a rien de mieux que les changements, les bouleversements. Moi, je m’appuie sur l’actualité. J’aime faire ce travail de décryptage des événements. Pour un humoriste, ce qui se passe actuellement est extraordinaire. Evidemment, en tant que citoyen, c’est très différent : je suis touché par les victimes, par tout ce que cela implique, une guerre.
L.C. : Cela veut dire que l’on peut rire de tout, même d’événements qui ont profondément choqué les gens ?
M.J. : Je vous l’affirme : oui ! Et d’ailleurs vous le verrez ce soir.
L.C. : Un mois après, les attentats et la guerre en Afghanistan ont-ils pris une place importante dans votre nouveau spectacle ?
M.J. : Oui bien sûr. Cela représente même une partie énorme du spectacle. Cela oblige à la réflexion, à la discussion à l’échange. En dehors du drame, c’est passionnant.
L.C. : Et en tant que citoyen, comment vivez-vous tous ces événements ?
M.J. : En tant que citoyen, j’étais déjà en guerre. Je le suis encore plus. Pour résumer... Ah, c’est difficile... Oui les Américains ont raison de répliquer et d’agir ainsi. Il n’y a pas une seconde d’hésitation. Cependant, je pense que la bonne idée serait quand même, pour dégonfler le ballon et tenter que cela s’arrête, qu’Israël rende les territoires occupés. L’un ne va pas sans l’autre. Il faut que les Américains obligent Israël à se retirer. La discussion ne pourra pas avancer tant que cela ne sera pas fait
L.C. : Pensez-vous vraiment que Ben Laden ait commandité ces attentats pour soutenir la cause palestinienne ?
M.J. : Vous me posez cette question à moi. Je ne suis pas dans les services secrets. C’est aux gens des services secrets de répondre. J’ai même des amis journalistes, qui me disent que les Américains auraient laissé faire pour avoir la possibilité d’aller installer là-bas leurs gazoducs. Est-ce vrai, est-ce faux ? Je n’en sais rien. Mais il y a des gens qui vont jusque-là, qui me disent : «Tu ne peux pas savoir jusqu’à quel point va le cynisme». Et peut-être qu’en ce moment Ben Laden et Bush négocient entre eux, entre rois du pétrole.
L.C. : C’est un peu ce que vous dites sur scène ?
M.J : Oui en gros. Mais je le dis de façon détournée.
L.C. : Comment réagit votre public ?
M.J. : Le mien, très bien. Les gens savent qu’en venant me voir, ils vont entendre mon point de vue, tout ce que l’on n’a pas le droit de dire sur les chaînes de télé, à la radio.
L.C. : Un de vos précédents spectacles s’appelait «gnou» aujourd’hui c’est «L’utopitre» quelle évolution entre l’animal d’Afrique et ce nouveau personnage ?
M.J. : L’utopitre est plus optimiste. Le gnou, c’était une démonstration de ce que nous sommes. Maintenant, l’utopitre c’est celui qui dit : «on va gagner». C’est le 21e siècle. Je suis «éconologiste». L’écologie est morte. L’écologie pratiquée par les Verts, c’est ridicule. Elle est inexistante. Une nouvelle écologie est à construire. Je crois que cela sera «l’éconologie», un mariage d’économie et d’écologie.
L.C. : Vous venez de dire des mots assez durs sur les Verts. Mais vous étiez chez les Verts.
M.J. : Non, jamais.
L.C. : Pourtant un temps vous les avez soutenus...
M.J. : Voilà. Je les ai soutenus. C’est une grosse différence. Mais je n’ai jamais pris la carte d’aucun parti politique. Jamais, à aucun moment de ma vie. Il y a une nuance.
L.C. : On vous a tout de même assimilé au mouvement écolo.
M.J. : Mais, je tiens à être assimilé à l’écologie. Je pense qu’à une période les Verts avaient la possibilité de devenir de vrais écologistes. Aujourd’hui c’est un parti gouvernemental, inféodé, qui ne branle rien. Que voulez-vous ! Philippe de Villiers fait plus pour l’écologie et pour l’Erika que les Verts. Cependant, je les ai soutenus et je les soutiendrai peut-être encore si ce sont les moins mauvais. J’aime bien le dire : les Verts, c’est comme la démocratie, c’est pas terrible, mais c’est encore ce qu’il y a de moins pire. Si maintenant Jacques Chirac se met à devenir réellement écologiste, ce que j’attends de voir, pourquoi pas ?
Je n’ai jamais fait de politique. J’accomplis des actes de citoyens que je prolonge. Comme vous mettez votre bulletin de vote dans l’urne, moi j’utilise le peu de pouvoir, de possibilité de me faire entendre pour assumer mes convictions. Ça peut être avec Génération écologie, avec Ecologie citoyenne, le mouvement créé par Cohn-Bendit et Mamère il y a 10 ans. Je vais où mon cœur me dicte est j’assume. Je travaille aussi avec Greenpeace, Robin des Bois. Je ne suis en aucun cas Vert, mais écologiste, ou plus exactement éconologiste.
L.C. : Depuis quelque temps, on vous voit très peu à la télévision. Pourtant beaucoup d’humoristes animent des émissions et font la tournée de tous les talk-shows. Cela leur donne une tribune. Ça ne vous tente pas? Vous méfiez-vous ?
M.J. : Je n’ai aucune confiance dans ces gens-là. C’est ma fierté de m’être fait virer à chaque fois de la télé ou de la radio. C’est signe que je suis un humoriste encore vivant. Je ne suis pas inféodé à leur pouvoir. Je n’ai rien contre la télé, mais je ne tiens pas à être utilisé. Je ne serais jamais un des poids lourds de l’humour. Je préfère boxer dans la catégorie ”légers” ça me va très bien.




