90 % de la production de FCI Microeletronics était en grève, à l’appel du syndicat CGT, depuis mercredi. En fin de semaine la situation était toujours très tendue aux abords de l’usine. Les salariés réclament un “juste partage” des bénéfices réalisés par l’entreprise, leader mondial dans la production de microcircuits
Sur la route devant l’usine, en lettre blanche peinte à la bombe on lit “Déchetterie”. Des camions ont déversé un tas de gravats et de planches de bois mêlés devant les grilles. Autour du brazero quelques jeunes militantes de la CGT dansent en rond au son du poste crachant des rythmes lourds. L’ambiance insurrectionnelle bon enfant masque une situation plus tendue à l’intérieur du local de la CGT. Sur les murs trônent quelques portraits du “Che”. Dans le local, ça cogite sur la suite à donner au mouvement. Entre deux réflexions, un gréviste ramène des vivres. On dirait que l’entreprise leader du microcircuit va vivre son premier siège. L’usine semble posséder en son sein quelques syndicalistes nerveux.
En fin de semaine, cent trente agents de la production refusaient toujours de reprendre leur poste de travail. La société FCI Microelectronics (groupe AREVA) en compte 340 en tout. Leader mondial dans la fabrique des circuits sur film souple pour l’industrie de la carte à puce, cette société est installée depuis 1989 dans la Zone industrielle des Closeaux. Le conflit entre les salariés et la direction de la filiale du groupe AREVA semblait y couver depuis longtemps.
“A l’issue de plusieurs réunions entre la direction et la CGT, force a été de constater que la direction ne voulait pas avancer sur les revendications qui concernent la politique sociale et la politique salariale de l’entreprise” déclare la CGT dans un communiqué envoyé en début de semaine. Les salariés qui ont observé cet arrêt de travail mettent en avant le mot d’ordre du groupe “la haute technologie au service du mieux être”, expliquant qu’ils ne veulent pas être “les laissés pour compte d’une société qui dégage depuis plusieurs années des bénéfices considérables et dont ils ne récoltent pas les fruits”.
Aujourd’hui, ils réclament une augmentation générale de 400 F, une indemnité repas, ainsi qu’une “prime d’équipe” et une “prime vacances”. “Ces revendications sont répétées chaque année depuis 1998” explique un délégué syndical. Ecartant une mèche de ses cheveux longs qui tombe sur le cuir, déterminé, le syndicaliste aux airs d’apache explique que “la CGT fera plier la direction”. “Déjà un conflit pour des revendications analogues avait duré trois semaines en 1998. Il s’était soldé par l’obtention d’une prime d’équipe de 700 F. Les grévistes sont décidés à répéter le même scénario aujourd’hui... Depuis janvier 2001 la direction refuse de discuter, elle a aussi tenté de grignoter notre prime “qualité” en prétextant l’absentéisme... les augmentations distribuées pour tenter d’acheter la paix sociale sont toujours individuelles”.
Sans être stoppée, la production a été fortement perturbée jeudi et vendredi, mais 240 personnes se sont présentées normalement au travail (cadres, agents de maîtrise et technicien en majorité), et le libre accès a été préservé. “L’entrée de l’usine n’a pas été bloquée, nous n’empêchons pas la sortie des produits non plus” assure Eric Scheltienne.
Le conflit surgit alors que la filiale du groupe AREVA conduit un important projet de développement qui a récemment été validé par la municipalité. En 2000, le site a produit 1 390 millions d’unités de microcircuits, l’objectif de la société est d’atteindre les 3 000 millions d’unités en 2003.




