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La mère de Youssef, effondrée, pleure après le verdict. |
Après deux heures de délibéré, les jurés de la cour d’assises des Yvelines ont acquitté le policier Pascal Hiblot accusé d’avoir tué d’une balle dans la nuque Youssef Khaïf, 23 ans. Une décision qui a assommé la famille.
Vendredi 28 septembre. 21 h 50. La présidente de la cour d’assises des Yvelines prend la parole : «A la question : Pascal Hiblot est-il coupable d’avoir commis des violences ayant entraîné la mort avec l’usage de son arme ? La réponse est non.»
Pascal Hiblot, le gardien de la paix accusé d’avoir tué Youssef Khaif, 23 ans, d’une balle dans la nuque le 9 juin 1991 à Mantes-la-Jolie vient d’être acquitté. Les jurés n’ont pas suivi les réquisitions de l’avocat général, Alain Junillon, qui avait demandé de déclarer Pascal Hiblot «solennellement coupable» avant de requérir une peine de principe avec sursis.
La sœur de Youssef, en larmes
Dans la salle de la cour d’assises, le verdict transperce un silence profond, la consternation assomme la salle. Nadia, la sœur de Youssef, se lève et hurle en direction du premier étage où s’étaient installés bon nombre de policiers, collègues du prévenu : «Bravo, vous avez gagné. Vous avez détruit ma vie, celle de mon père, celle de ma mère.» Et de conclure en s’effondrant en larmes : «Il n’y a pas de justice pour les Maghrébins.»
La mère de Youssef, Kherira, les larmes aux yeux murmure : «Dix ans pour entendre cela !»
Les avocats des parties civiles sont sonnés. Me Olivier Fontibus, le visage rouge d’émotion, lâche : «Le délibéré est incompréhensible. Quand on tue quelqu’un par balle, on est acquitté. C’est un signe inquiétant pour la police.»
Légitime défense critiquée
Dans la salle, derrière un impressionnant cordon de policiers, des jeunes de Mantes-la-Jolie, du MIB (Mouvement de l’immigration et des banlieues) applaudissent ironiquement dans une tension croissante.
Après trois jours d’audience, après trois jours d’«effort de mémoire», selon les termes de la présidente, Suzanne Muller, les jurés de la cour d’assises ont finalement accrédité la thèse de la légitime défense. Une thèse obsédante qui revenait à chaque fois de manière incessante dans les débats comme un papier collant dont on ne se débarrasse jamais.
Pourtant Pascal Hiblot avait été renvoyé devant la cour d’assises des Yvelines justement parce que ni la légitime défense, ni l’état de nécessité évoqués le 24 juillet 1998, n’avaient pu, croyait-on, être retenus à la lecture des faits.
Des faits justement une nouvelle fois exposés jeudi par le policier qui, les mains posées sur la barre, raconte cette nuit où sa vie a basculé. La voix tremble sur ces derniers mots : «Lorsque j’ai vu une tête complètement ensanglantée, je n’ai pas reconnu les yeux de Marie-Christine. Des yeux dans lesquels il y avait de la terreur. Je croyais que c’était un corps éjecté du véhicule volé. Mais mes yeux sont descendus du visage vers le corps, et là j’ai vu l’uniforme. J’ai crié à mon coéquipier : “Où est Titine ? Et là, j’ai compris que c’était elle.»
Un choc émotionnel
C’est ce choc émotionnel qui explique selon lui pourquoi – alors qu’il avait sorti son arme mais n’avait pas tiré quand la R9 conduite par Lhadj Saïdi avait foncé sur le barrage de police un quart d’heure plus tôt – il avait cette fois pressé sur la détente quand les trois autres voitures avaient débouché de la rue du Val-de-Seine en direction de la rue des Garennes.
«J’étais au carrefour de la rue des Garennes et je regardais de loin ce qui se passait. Je ne croyais plus en Dieu, mais j’ai prié pour qu’elle s’en sorte. J’ai vu alors arriver deux voitures de front, à 25-30 mètres. J’ai ressorti mon arme, et cette fois je ne me suis pas posé de question. Je n’avais plus d’autre choix, compte tenu de ce que je venais de voir. Je me suis sorti de la trajectoire de la voiture en reculant et j’ai tiré. Je ne sais pas combien de fois, ni sur quoi. Tout s’est passé trop vite. Quand j’ai vu la Jetta partir vers la gauche et percuter le mur de la rue des Garennes, j’ai compris que j’avais touché quelque chose. En y allant, j’ai reconnu Youssef Khaïf. J’ai alors réalisé que j’avais tué un garçon.»
Pascal Hiblot, par ces mots, a reconnu son geste. Mais il a tenté de l’excuser, ajoutant : «J’étais concentré sur les phares de la voiture qui fonçait sur moi. Je ne voyais rien, je n’entendais rien.» Après ses explications, des témoignages pas toujours clairs de policiers sous-entendaient que Hiblot avait tiré alors que la voiture était dans le virage de la rue des Garennes. Mais le manque de clarté des témoignages illustrait encore et toujours l’absence de légitime défense.
Le lendemain, Mes Fontibus et Mikowski avaient chacun leur tour martelé qu’il s’agissait d’«un acte criminel qui ne faisait pas de doute» et souligné les «éléments matériels prouvant la culpabilité de Pascal Hiblot.» Exit toujours la légitime défense. Vendredi après-midi enfin, l’avocat général, avait également pris soin d’effacer ce motif «car nous en avons la preuve objective».
Alors que le doute n’existait plus, au moment même où tout le monde venait de balayer cette thèse de la légitime défense, la plaidoirie de Me Champagne, avocat du policier, l’a remise au centre des débats. «Lorsque Hiblot, ce flicard généreux, calme, sort son arme pour tirer en direction de la Jetta qui vient sur lui, en une fraction de seconde, il est en légitime défense. Il n’y a pas pour lui de différence entre le moment où il voit les phares de la voiture et le moment où les véhicules prennent la fuite.»
C’est fini. Dans la tête des jurés, tout est alors clair. Après deux petites heures de délibéré, ils retiennent cette thèse de la légitime défense qui terrasse et crucifie une famille Khaïf en pleurs.
Lire - la revue de presse sur le procès Hiblot faite sur son site perso par un observateur de la région.
- la réaction du Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB) après l'acquittement.




