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Boutin, l’anticonformiste de droite
Candidate aux présidentielles
Le Courrier de Mantes
Publié le:  03 octobre 2001

La députée de Rambouillet a annoncé sa candidature aux présidentielles, mardi dernier. En campagne depuis quelques semaines, elle revendique déjà 300 signatures de maires. Ses positions peuvent parfois sembler paradoxales (contre l’avortement et le Pacs, mais pour l’amélioration des conditions de vie dans les prisons.). Elle se veut une « candidate de rupture », qui refuse que la finance et la Bourse dictent leurs lois aux politiques, veut «affirmer la dignité de la personne humaine» et présente une analyse de la situation internationale, bien éloignée du suivisme actuel.

Le Courrier : Vous aviez soutenu la candidature de Raymond Barre en 1988, celle de De Villiers en 1995. Qu’est-ce que vous a amené à sauter le pas et à vous présenter vous-même ?

Christine Boutin : Les premiers à m’avoir posé la question, après le combat contre le Pacs, ou j’ai acquis une notoriété nationale, ce sont les journalistes. J’en ai été un peu étonnée… et c’est là que je me suis posée la question pour la première fois. J’ai aussi reçu beaucoup de courrier. Dans un second temps, je me suis demandée qui, dans la classe politique, pouvait porter les idées et poser les questions de fond. Et je n’ai vu personne. Nous sommes dans un système où la pensée unique a seule droit de cité, et je crains que si l’on n’y prend pas garde, on aille vers un Etat totalitaire. Or je suis très attachée à la République et à la démocratie. J’en ai ensuite parlé à mon mari, car ce n’est pas le genre de décision qu’on prend seule. Il m’a regardé avec étonnement, (mais ce n’est pas la première fois), et il m’a dit «Pourquoi pas ?».

L. C. : Pour vous présenter, il vous faut des moyens., des appuis, des réseaux. Or les précédentes élections ont montré que ne pas s’appuyer sur un parti constituait un réel handicap. Comment allez-vous faire ?

C.B. : C’est une erreur de croire qu’on se présente à l’élection présidentielle parce qu’on est chef de parti. Cette élection c’est d’abord l’affaire d’un homme ou d’une femme qui va à la rencontre des Français. Quant aux partis, que sont-ils aujourd’hui ? Il n’y a plus de militants, plus d’organisations, et ce n’est pas propre à l’UDF. Même le RPR et le PS n’ont plus rien à voir avec ce qu’ils étaient il y a dix ans. Ceux d’aujourd'hui sont quasiment virtuels et pas représentatifs de la société française.

Reste que pour pouvoir recueillir de l’argent, il faut avoir un parti politique. C’est l’organisation légale de la campagne présidentielle qui le veut. J’en ai donc créé un : le Forum des républicains sociaux. Et sa vocation est de recueillir les dons.

Quant aux réseaux, j’en ai. On n’agit pas depuis quinze ans dans le monde politique, en prenant des positions aussi fortes que celles que j’ai défendues, sans avoir des gens qui vous soutiennent.

J’ai aussi créé, l’Alliance pour les droits de la vie qui rassemble 30 000 personnes. Ce ne sont pas des militants, au sens classique du terme, car ils peuvent être de courants politiques divers, mais ils représentent une force et je n’ai pas de complexes par rapport aux partis traditionnels.

L.C : A l’extrême-gauche, Arlette Laguiller se présente depuis 1974, Dominique Voynet l’a fait en 1995, mais il faut attendre 2002 avant qu’une femme de droite soit candidate aux présidentielles. Les femmes de droite seraient-elles plus timorées ? Est-ce que le fait d’être une femme sera un atout ou un handicap ?

C.B. : Je ne sais pas si elles sont plus timorées. Arlette Laguiller a gagné un capital sympathie par sa présence permanente aux présidentielles. Mais avant la femme, c’est d’abord la militante qui se présente… L’élection de 2002 sera sans doute la première où le fait d’être une femme ne sera plus un handicap. Et c’est un élément que j’ai intégré avant de prendre ma décision. Cela dit je défendrai la cause des femmes, non pas sous l’angle féministe, mais sous l’angle féminin. C’est-à-dire que pour moi, la femme ne doit pas être l’égale de l’homme, mais son complémentaire. Ce qui ne veut pas dire inférieure.

L.C. : Vous êtes plutôt conservatrice. Vous êtes contre l’avortement, contre le Pacs Mais vous avez aussi pris des positions très progressistes sur le sort des prisonniers, vous avez été contre les bombardements de l’Irak… N’êtes-vous pas la candidate du paradoxe ?

C.B : Ces positions peuvent paraître paradoxales quand on ne les voit que rapidement. Mais lorsqu’on comprend que le respect de l’homme, de la dignité de la personne, quel que soit son âge, sa race ou sa religion, est la clé de toutes ces positions, le paradoxe n’est qu’illusoire. Il est normal qu’un délinquant soit sanctionné, mais cette sanction doit être respectueuse de sa dignité. Quand j’ai pris position contre les bombardements de l’Irak, c’est parce que les populations civiles irakiennes sont des victimes innocentes… tout comme ceux qui sont morts à New York. Et avons-nous le même regard sur ces vies ? Je ne suis pas favorable à l’avortement, car c’est un échec, la suppression d’une vie qui crée une souffrance, chez la femme, dans sa famille. Je ne condamne pas la femme qui est amenée à avorter. Bien au contraire. Si elle l’a fait c’est parce qu’elle a subi des pressions économiques, familiale, affectives… et parce que la société n’a pas su répondre à sa difficulté. Il ne s’agit pas de condamner ni de juger, mais de prendre la dimension humaine dans sa globalité. Et ce sera un point important de ma campagne.

L’image d’une passionaria anti-PACS

L.C. : On vous voit aujourd’hui à travers le prisme de la Passionaria anti-Pacs. Ce qui paraît un peu court pour prétendre diriger la France. Sur quoi allez-vous vous battre ?

C.B. : Ma candidature est une candidature de rupture face à la philosophie soixante-huitarde qui a dirigé les choix politiques de ces trente dernières années. Mais je ne suis pas une candidate du «contre» ; je suis une candidate du «pour». Pour la dignité de la personne, pour la vie, pour une France moderne, pour l’emploi. Mon premier objectif sera de réhabiliter le politique. Contrairement à ce que l’on croit, les Français ne se désintéressent pas de la politique. Dans toutes les réunions, familiales ou autres, le sujet revient toujours…Mais ils sont dégoûtés par la classe politique, par leurs dirigeants. Ils vont donc voter de moins en moins et c’est très grave, car si on laisse faire, le pouvoir sera kidnappé par quelques personnes et nous ne serons plus, ni en démocratie, ni en République.

Deuxième objectif : affirmer la dignité de la personne humaine. Ce qui veut dire que, à l’heure de la globalisation, il faut agir pour que l’homme soit la finalité de nos décisions politiques, et non plus au service d’intérêts financiers et boursiers. Or j’ai le sentiment que c’est l’économique et le financier qui ont la primauté et que l’homme n’est qu’un instrument mis à leur service. Et c’est ce que je veux dénoncer.

Troisièmement, je pense qu’il faut réformer l’État. Il est présent partout. Tellement qu’il n’arrive pas à faire face à l’essentiel. Nous sommes en situation d’échec dans trois domaines majeurs : la sécurité, la justice et l’éducation. L’éducation est le meilleur outil pour diminuer les inégalités et faciliter l’intégration ; or je ne peux pas supporter que 10 % de la population française, dont un million d’enfants, vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Cela, c’est le résultat de notre politique. En 1995, le thème de campagne du président de la République avait été «lutter contre la fracture sociale». Je me demande aujourd’hui, «où en est-on dans la facture sociale ?»

À ces thèmes, j’ajouterai la dimension internationale de la France. Je suis favorable à la construction d’une Europe forte, dans laquelle les différents états puissent garder leur identité.

L.C. : Dans la situation politique internationale actuelle, après les attentats de New York et de Washington, que feriez-vous si vous étiez présidente de la République ?

C.B. : Ces attentats nous renvoient à des questions fondamentales. Ils sont le résultat d’une absence d’action dans le règlement du conflit israléo-palestinien. Il faut donc réunir, de toute urgence, une conférence internationale. L’Europe, et la France en tout cas, peut en prendre l’initiative, car; ni les Israéliens ni les Palestiniens, ne peuvent s’en sortir seuls, compte tenu de la souffrance, de la violence et de la haine dans lesquelles ils vivent.

Ces attentats sont un acte de guerre, même si l’État n’est pas identifié… Je pense, cependant, qu’il y a une telle accumulation de souffrances et de frustrations, face aux attitudes occidentales, dans les pays arabes ou des pays en développement, qu’il a été tout à fait possible que des fous ou des barbares instrumentalisent ces souffrances.

Du monde à droite

L.C : Comment allez-vous faire la différence avec Bayrou, Madelin ou même Chirac, avec qui vous partagez un électorat plutôt conservateur ?

C.B. : J’ai fait faire un sondage pour voir quel était mon électorat. Et le résultat ne correspond pas à l’image que l’on veut me faire porter. Ce sont des gens qui travaillent, qui ont des responsabilités, des jeunes. Sont-ils de droite ou de gauche ? je n’en sais rien. Certains à droite se retrouvent dans certaines de mes positions, d’autres pas du tout. Presque pas d’électeurs FN et peu de ceux de Philippe de Villiers. Ma base est beaucoup plus populaire.

Mes différences avec Bayrou sont réelles sur l’Europe. Ma vision de la construction européenne n’est pas du tout la sienne. Je ne partage pas la philosophie libérale de Madelin, qui était favorable au Pacs. Quant à Chirac, il a eu des silences inacceptables sur le Pacs, la famille ou la vie…

L.C. : Les mauvaises langues disent que votre candidature permettrait de diminuer l’importance des petits candidats, ce qui faciliterait la tâche de Jacques Chirac et serait plutôt bien vu par l’Élysée.

C.B. : Le premier à avoir lancé cette idée c’est François Bayrou et, venant de sa part, ça m'a fait de la peine car c’est mal me connaître. Je n’irai pas me lancer dans une telle aventure la corde au cou. Je suis une femme indépendante, et ma carrière politique, je l’ai construite sur ma propre volonté. Le seul à qui je doive quelque chose, c’est Raymond Barre.

Il est clair, cependant, que M. Jospin n’est pas ma tasse de thé. Je serais catastrophée s’il était président de la République et je ferai tout pour qu’il ne le soit pas. Mais je pars pour gagner, et bien malin celui qui peut dire ce qui se passera. Cela dit, je n’ai eu aucun contact avec l’Élysée, ni directement, ni indirectement par le biais de parlementaires locaux.

L.C. : Ne pensez-vous pas que votre candidature aux présidentielles risque de laisser des traces aux législatives, comme cela avait été le cas en 1988, lorsque vous aviez soutenu Raymond Barre ?

C.B. : Je me présenterai de toute façon, quoi qu’il arrive. Sauf si je suis présidente de la République. Il m’étonnerait que je fasse 50 % des voix dans ma circonscription aux présidentielles, mais il ne faudrait pas que d’aucuns croient que je me trouve dans une situation de faiblesse.

Et il y aura une suite après 2002. Je veux faire émerger une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques, qui ont des convictions et qui mettent l’homme au cœur des décisions politiques. L’élection présidentielle me permettra d’identifier ceux qui pourront prendre la relève. C’est aussi pour cela que je n’ai aucune inquiétude. Quel que soit le résultat, le mouvement est en route.

Propos recueillis par Patrick Wassef




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