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Les salariés ont bloqué la production pendant deux jours. |
L’échec de la négociation annuelle obligatoire (NAO) a provoqué deux pleines journées de grève chez le manufacturier d’instruments de Mantes-la-Ville.
Le mouvement, suivi par 80 salariés sur 277, a bloqué la production de clarinettes, l’atelier de finissage ayant cessé pratiquement toute activité pendant ces deux journées. Une centaine de ces instruments haut de gamme sortent ordinairement chaque jour de l’usine.
Un premier débrayage, d’une demi-heure, est intervenu mardi matin au finissage alors que se tenait l’ultime réunion de la NAO.
La grève a été votée mercredi matin une fois connu l’échec de cette négociation. La CGT demandait une augmentation générale de 50 centimes de l’heure en mars, puis une nouvelle augmentation du même montant en octobre. Elle exigeait aussi que la direction renonce à trois licenciements secs. Des demandes que la direction avait écartées, proposant seulement une revalorisation de 1 % des dix plus bas salaires de l’entreprise (10,05 euros de l’heure), et donnant rendez-vous aux représentants du personnel « en novembre-décembre, en fonction de l’évolution de la crise ».
Des cadres dans le mouvement
80 grévistes, alors que beaucoup de salariés se trouvaient en congés, c’est un mouvement d’une ampleur que les plus anciens n’avaient pas connue depuis une vingtaine d’années. « Des cadres, que l’on n’avait jamais vus en grève, ont même rejoint le mouvement », témoigne un syndicaliste.
Jeudi, seul le secteur finissage continuait la grève, avec l’aide d’une caisse de solidarité.
Le soir de la deuxième journée, le PDG de Buffet-Crampon, Antoine Beaussant, a proposé dix centimes d’augmentation pour les salaires compris entre 12 et 13 euros de l’heure, et vingt centimes pour les salaires inférieurs à 12 euros. Des mesures qui concernent « 23 personnes sur un effectif de 180 personnes en production », d’après le délégué syndical CGT Franck Gouyette. D’autre part, huit salariés qui avaient été promus en 2008 sans augmentation de salaire obtiendront une rallonge cette année. Pour la CGT, « c’est très insuffisant, il y a 160 salariés qui sont oubliés ».
130 000 euros par jour
L’entreprise, qui a fait savoir aux salariés que la grève lui coûtait 130 000 euros par jour, a promis une augmentation générale de 0,5 % en juin, « sous réserve que les résultats prévus au budget soient atteints ». « Il y a de fortes chances pour que ce ne soit pas le cas », estime Franck Gouyette. L’un des trois salariés promis au licenciement bénéficiera d’autre part d’un reclassement dans l’entreprise.
L’assemblée générale a voté la reprise du travail vendredi matin. Une reprise encore précaire, d’après la CGT : « Nous sommes toujours sous tension. » Le Courrier a tenté à plusieurs reprises de joindre la direction de Buffet-Crampon, en vain.
Rachetés par un fonds d’investissement
Depuis que l’entreprise a été rachetée par le fonds d’investissement Argos Soditic il y a deux ans, les conditions salariales se sont fortement dégradées, d’après la CGT. Le salaire d’embauche, qui se situait entre 14 et 15 euros de l’heure, aurait chuté à 10,50 euros. « Je suis le finisseur de hautbois professionnels le plus mal payé d’Europe ! » se désole un gréviste, ancien de chez Selmer, l’usine d’à côté, que la politique salariale de Buffet-Crampon avait attiré.




