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L’invraisemblable escroquerie : 13,5 millions détournés chez Cryospace
Le Courrier de Mantes
Publié le:  07 mars 2009
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L'entreprise où travaillait Laurence est implantée sur le site EADS des Mureaux.

Responsable des achats ce partenaire d’EADS chargé de la fabrication des réservoirs de la fusée Ariane aux Mureaux, Laurence, 42 ans, est soupçonné d’avoir détourné 13,5 millions d’euros pendant quatre ans.

L’affaire est d’envergure. Voitures de luxe, belle maison, voyages, pendant quatre ans Laurence et son compagnon ont flambé, joué au Père Noël avec des amis, offrant notamment un réveillon à Punta Cana (Saint-Domingue) à 23 personnes à Noël 2007.
L’ancienne cadre de Cryospace, l’entreprise des Mureaux, a fait une demande de remise en liberté après cinq mois de détention provisoire à la prison des femmes de Versailles. Dans l’immédiat, son conseil a demandé un contrôle judiciaire en milieu hospitalier pour dépression grave. Laurence vient d’être placée en unité psychiatrique après une tentative de suicide le 10 février.

Faux bons de commande
Salariée de Cryospace pendant vingt ans, et responsable du service des achats, on lui reproche d’avoir mis en place un système de faux bons de commande, de faux bons de livraison et de vraies factures entre la mi-2004 et septembre 2008, date à laquelle Cryospace a mis fin au système en déposant une plainte. Laurence a été mise en examen le 25 septembre.
C’est un changement du logiciel de comptabilité, en 2007, qui a mis au jour les sommes détournées. Dans les ateliers, l’entreprise a constaté que des pièces commandées ne sont jamais arrivées, tous les soupçons se sont alors portés sur Laurence.
Lorsqu’elle a avoué l’escroquerie aux policiers de la brigade financière le 23 septembre, Laurence s’est sentie « soulagée ». Tous ses biens achetés avec l’argent détourné ont été saisis par Cryospace. Pour sa défense, l’employée a expliqué avoir agi « par amour » pour Pascal.
Le compagnon de Laurence âgé de 49 ans est lui aussi incarcéré depuis l’automne. A ce dernier, on reproche d’avoir monté une dizaine de sociétés bidons qui encaissaient les paiements de Cryospace pour des prestations fictives.
Un costume trop grand pour elle
Dans cette affaire, il semble que la principale accusée porte un costume un peu trop grand pour elle. « Cassée, elle a perdu 23 kg en détention », explique Maître Yves Beddouk, son conseil, avocat au barreau de Versailles. « Sa demande de remise en liberté refusée a aussi aggravé son état », ajoute-t-il.
Après une audition de 4 heures devant le juge le 8 janvier dernier, Laurence a perdu tout espoir. En plus de l’incarcération maintenue, la juge d’instruction Nathalie Andreassian lui a refusé la visite de sa fille unique, Céline, âgée de 21 ans. C’est, semble-t-il, une des raisons pour laquelle Laurence a tenté de mettre fin à ses jours.
« Elle a vu le juge des libertés, tout le monde s’est rendu compte de son état. Le procureur de la République a même téléphoné à la prison. Je suis très en colère !  », s’emporte Me Beddouk qui met en cause des « dysfonctionnements dans l’instruction ». Selon lui, « on s’en prend à la partie immergée de l’iceberg ». La justice s’intéresserait trop peu, explique-t-il, à ceux qui ont « construit cet outil » qui a permis la dimension de l’escroquerie. « Sans elle, rien n’est possible. Elle seule ne peut rien !  », martèle Yves Beddouk depuis le début de la médiatisation de l’affaire.
Ce dernier déplore surtout que la juge n’ait pas fait enquêter sur les relations du couple. Car, la principale mise en cause était « victime de violences ». Il y a un mois, le conseil de Laurence a demandé des actes d’expertise psychiatriques pour définir la personnalité de Pascal et celle de sa cliente, mais ils n’ont toujours pas été ordonnés par l’instruction.
Pour Me Beddouk, le compagnon était sans conteste « l’élément dominant » voire « manipulateur » : « Ce type lui a fait commettre toutes les conneries de la terre entre la mi 2004 et 2008. » L’avocat de Laurence considère aussi que le compagnon était au premier chef impliqué dans le montage et la gestion des sociétés écrans. « Il était très actif dans les sociétés Atix Mo et Atix Aro mis en liquidation judiciaire au tribunal d’Evreux le 9 décembre 2008 », explique-t-il.
Les chefs d’entreprises impliqués dans la fraude (une dizaine), autrement dit les fournisseurs, auraient ensuite été « entendus au petit bonheur la chance, un seul a été détenu puis libéré ». « Et puis il y a un troisième complice, qui pour l’instant n’est pas inquiété par la justice », poursuit Me Yves Beddouk. « C’est lui qui a monté les systèmes des douze sociétés taxis. C’est un complice actif qui appartenait à l’entourage du concubin. »

Le chantier de la grande maison à Saint-Pierre -la-garenne dans l'Eure.

Grande maison et voitures de luxe
Laurence et Pascal avaient décidé de profiter de l’argent détourné chez Cryospace à Saint-Pierre-la-Garenne, un village du canton de Gaillon (Eure). Contrastant avec le cadre sombre de l’atelier d’affûtage de la rue des Huttes, une belle propriété apparaît à travers la baie vitrée. Chaque jour, le personnel de la société A. A. R. voyait là-bas, la demeure se transformer, à quelques dizaines de mètres. Et puis, il y avait ces voitures de rêve qu’on voit dans les films.
André Renault, propriétaire des locaux occupés par la Société d’affûtage A. A. R. est aussi le maire de Saint-Pierre-la-Garenne. Il a pu observer le train de vie du couple aujourd’hui incarcéré. « Leur permis de construire avait été déposé sous le nom de “Oxo-Immobilier”, une S. C. I. immobilière, se souvient M. Renault. Rien ne laissait entrevoir leur situation. Ils déposèrent ensuite un second permis de construire pour des garages, puis, pour la piscine. Leur projet n’était jamais figé. C’était en apparence des gens qui avaient les moyens, comme il en existe un peu partout. Je n’ai eu aucun autre contact avec eux. Bonjour, quand je les voyais, c’est tout ».
Seul leur goût immodéré pour les voitures de luxe avait attiré l’œil des habitants à Saint-Pierre-la-Garenne. 4x4 BMW, Ferrari F430, Audi R8, Jaguar… « Ceci étant, précise encore le maire, on les voyait rarement passer. Ce n’était pas le genre à frimer dans les rues du village. Ils n’entretenaient d’ailleurs aucune relation avec la population ».
Pascal, le compagnon de Laurence était gérant d’une entreprise de cinq salariés implantée rue Gratte-Paille à quelques centaines de mètres de leur future résidence. « Atix Aéro » se déclarait spécialisée dans la maintenance aéronautique.
Et puis, un jour, le chantier de la grande demeure en construction s’est interrompu. Les volets ont été fermés, les voitures ont disparu et la police a posé des scellés. « Je n’ai jamais été interrogé par les enquêteurs » souligne le maire. Et de conclure : « Le personnel de »Atix-Aéro« lui, est venu me voir en ma qualité de maire pour savoir ce que je pouvais faire comme démarche pour régler leur salaire. Que pouvais-je faire ? Je les ai dirigés sur un cabinet d’avocats ». Depuis l’entreprise « Atix-Aéro », elle aussi, a fermé ses volets.




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