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l'ancien délégué syndical historique de Renault-Flins est décédé le 27 octobre. (photo d'archives) |
La disparition de Paul Rousselin à 84 ans a été accueillie avec beaucoup d’émotion dans le milieu syndical, le 27 octobre dernier. Il était une des figures de la CFDT à Renault.
Le 26 octobre, la veille de la disparition de Paul Rousselin, Daniel Richter une autre figure de la CFDT-Renault, discutait longuement avec lui du bras de fer qui l’opposait encore à l’entreprise, pour faire reconnaître la discrimination syndicale dont il a fait l’objet en tant que syndicaliste, tout au long de sa carrière professionnelle. « Malgré son âge, Paul Rousselin se disait confiant et était prêt à aller jusqu’à la cour de cassation. Il était prêt à tenir le choc même s’il fallait encore quelques années pour faire reconnaître ses droits », raconte Daniel Richter.
Construction de la CFDT
La Régie Renault avait embauché Paul Rousselin en 1955 à Flins comme électricien. « Elle connaissait ses engagements antérieurs mais elle voulait ajouter une corde à l’axe anticégétiste. C’était l’époque où tous les moyens, ou presque, étaient bons pour éviter que la jeune usine de Flins ne devienne un second Billancourt », poursuit Daniel Richter. Mais Paul Rousselin n’était pas de cette trempe et très vite il devait décevoir les attentes patronales.
Pas à pas, il construisit la CFTC, puis la CFDT dans l’usine de Flins. Entre 1964 et 1969, il fut délégué CFDT pour l’ensemble des usines Renault. « La section de Flins fut très combative, innovante, voire bousculante. Ce fut un peu l’oeuvre de sa vie », rappelle Fabienne Lauret militante syndicale CFDT et ancienne salariée de Renault-Flins. Il fut dans les années 70 « une des bêtes noires de la direction qui l’accusait notamment de protéger les gauchistes ». Il faillit en payer le prix lorsqu’il fut l’objet de basses manoeuvres pour lui faire perdre ses mandats syndicaux.
De fait, dès 1965, son organisation faisait jeu égal avec la CGT. Il fut l’un des personnages clés des luttes de mai-juin 1968 à Renault. C’est lui, orateur hors pair, avec sa force de conviction et son sens moral, à laquelle rendent hommage ses compagnons de route, qui déclencha la grève des 8000 ouvriers de Flins, lorsque Cléon entra dans la grève générale le 16 mai 1968. « Nous lui devons l’animation de nombreux conflits, dont le plus emblématique fut celui de mai-juin 1968. Son sens des responsabilités, son souci du débat et de la réflexion, sa fermeté déteminée et calme ont été des atouts précieux », ajoute Fabienne Lauret.
Avant sa retraite Paul Rousselin avait accepté de remplir la tâche ingrate et impopulaire de secrétaire du comité d’établissement de Renault. Il s’agissait de commencer le redressement du CE de Flins en quasi faillite financière. Il s’y consacra durant un peu plus de deux ans. Il a fallut au total près de dix ans pour réussir complètement ce redressement.
Ayant laissé son vélo et son bérêt à ses années d’usine, Paul Rousselin partagea ses dernières années entre sa vie de famille à Bouafle, son engagement spirituel, et ses abeilles. « Longtemps après avoir quitté l’usine, il continuait à venir vendre son miel délicieux aux militants », raconte Fabienne Lauret.
Lorsque l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie CFDT a décidé de commander à un réalisateur un film pour les 50 ans de l’Union, c’est tout naturellement que Paul Rousselin a été retenu comme « l’un des militants les plus représentatifs de la période ». Paul Rousselin marque le film de Philippe Worms « Il était une fois », et l’histoire de la métallurgie des cinquante dernières années, comme il aura marqué l’histoire syndicale de la région.
Frédéric Antoine




