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Répudiée au retour des vacances
Le Courrier de Mantes
Publié le:  15 novembre 2008
Page 25 

Jusqu’en juin, Naïma vivait avec son mari et sa fille Aïcha âgée de 13 mois, aux Mureaux, dans un appartement des Musiciens. Pendant les vacances, le mari âgé de soixante ans a essayé de se débarrasser de sa femme.

A la mi-juillet, Naïma et son mari partent au Maroc avec leur petite fille. Le mari français d’origine marocaine emmène sa famille en vacances. Naïma est marocaine et dispose d’une carte de séjour d’un an. Sa fille Aïcha âgée de treize mois est française. Cinq jours après leur arrivée au pays, le mari dérobe les passeports de Naïma et d’Aïcha, et décide de rentrer seul aux Mureaux. Arrivé en France, il téléphone à sa femme et lui interdit de se représenter au domicile conjugal. Il signale aussitôt à la préfecture que Naïma a « abandonné » le domicile, et demande qu’on lui retire son autorisation de séjour.
Au Maroc, la jeune mère dépose plainte pour vols de papiers et se refait faire un passeport. Dans sa méconnaissance du droit, elle ignore que la carte d’identité française de sa fille et le livret de famille suffisent pour qu’elle puisse rentrer en France avec l’enfant. La mort dans l’âme, elle décide de laisser la garde de sa petite fille à sa sœur, craignant de ne pas pouvoir passer la frontière avec elle.
Rentrée aux Mureaux, Naïma constate que la serrure de son appartement a été changée. Son mari qui essuie « l’affront » du retour de sa femme au domicile, vient jeter sa valise en plein centre social du quartier. Incapable de se débrouiller seule parce qu’elle ne parle pas le français, sans argent, elle est prise en charge par les services sociaux et par une association, qui lui trouvent un toit et de la nourriture.
Son enfant au Maroc
Naïma dépose ensuite une main courante au commissariat, et après accord des policiers, un serrurier lui ouvre la porte de son logement. Alertés aux premiers bruits de perceuse, les voisins prennent implicitement le parti du mari, qu’ils courent chercher à la mosquée. « Devant plusieurs témoins, dont l’imam de la cité, le mari a déclaré que tout allait s’arranger, et a promis d’aller chercher sa fille au Maroc. Naïma a attendu, voulant le croire. C’est ce qui explique qu’elle n’ait pas demandé le divorce tout de suite », raconte Madame Forin sa formatrice en alphabétisation.
Séparée de son bébé, Naïma ne se nourrit plus, ne dort plus. Le mari n’autorise pas Naïma à téléphoner à l’enfant. Au Maroc, Aïcha qui connaît à peine sa tante, ne s’alimente plus non plus et commence à dépérir. Elle a perdu près de 2 kg et semble très traumatisée.
Voyant le temps passer, et Aïcha de plus en plus malade, Naïma décide finalement de retourner récupérer sa fille au Maroc, en empruntant le prix du billet d’avion. Contactée, la préfecture des Yvelines, qui s’est mise en relation avec le consulat de France à Fès, lui confirme que la carte d’identité et le livret de famille suffisent pour faire inscrire la fillette sur son passeport, elle décide de partir. Malheureusement, la précédant de quarante-huit heures, sans qu’elle le sache, le mari prend aussi un vol pour le Maroc dans le but d’enlever Aïcha.
Il a fallu que la police marocaine protège Naïma à son arrivée à l’aéroport d’Oujda car le mari et toute la belle-famille l’attendaient pour mettre le projet d’enlèvement à exécution. Accompagné de sa famille, il a agressé sa belle-sœur avec tant de violence qu’elle a perdu le bébé qu’elle portait. Le père, faisant jouer son autorité sur Aïcha, s’est opposé à sa sortie du territoire, en portant plainte contre la mère. Depuis Naïma et Aïcha se cachent en vivant de la charité des uns et des autres. En fait, le père a fait de sa fille un otage, pour empêcher le retour de sa femme en France.
A Oujda, Naïma a bien tenté de demander le divorce, mais le mari a refusé de se présenter aux convocations du juge. En désespoir de cause, elle s’est rendue au consulat français, qui lui a précisé ne rien pouvoir faire, car le problème relevait désormais des seules autorités marocaines, et ce bien que Aïcha soit française.
« Elle ne souhaite que rentrer chez elle avec son bébé. La juridiction française fera son travail ensuite », espère-t-on au centre social de la Vigne Blanche. Une lettre relatant tous ces faits a été adressée à l’ambassadeur du Maroc avec copie au Consulat de Pontoise, à la mairie des Mureaux, à de multiples associations, au Conseil national des Marocains de France, à la Fondation Hassan II… Un comité de soutien à Naïma, la mère répudiée, et à Aïcha, la fillette de treize mois que les circonstances ont rendues très fragile, s’est constitué au centre social de la Vigne Blanche, où quiconque voulant s’y associer peut le faire.
Aux Mureaux, les faits de répudiation ne sont pas rares. « J’ai vite compris la gravité et l’ampleur du phénomène qui réussit souvent dans le cas de femmes analphabètes, soumises et sans revenus. Le phénomène a plutôt tendance à s’aggraver. J’ai été confrontée à de nombreux cas comme celui-là », témoigne Madame Forin. En effet, la semaine où Naïma s’est présentée au commissariat, déjà trois plaintes avaient été enregistrées pour des faits similaires. « Le moment des vacances est toujours un moment à haut risque pour ces femmes vulnérables », explique la formatrice. Les maris tentés par ces pratiques encore considérées comme « coutumières » agissent souvent en totale impunité.
Frédéric Antoine


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