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Les opérateurs de l’emboutissage n’ont pas repris le travail jeudi matin. |
L’opérateur à l’emboutissage sortait des toilettes et n’a pas vu arriver le chariot élévateur dans sa direction. L’engin de manutention l’a renversé, et il s’est retrouvé les deux jambes prises sous l’appareil de douze tonnes. Sur place, il aurait eu juste le temps de dire à son collègue d’atelier qu’il n’y était pour rien. Il perdait beaucoup de sang, les médecins du SAMU l’ont transfusé dans l’atelier. Évacuée ensuite vers une clinique de Trappes, la victime a été amputée d’une jambe au niveau de la cheville, et de l’autre jambe au niveau de la cuisse. En fin de semaine, il se trouvait encore dans un état très grave, le pronostic vital était engagé. Lundi, son état semblait s’améliorer. Âgé de 58 ans, salarié à l’usine de Flins depuis 1973, l’ouvrier était à quelques mois de prendre sa retraite.
Dès que le drame a été connu, la direction de l’usine a pris soin d’informer largement le personnel de ce qui venait de se passer, et l’encadrement a été très étroitement associé à cette information. À compter du début de cette semaine, des psychologues ont été appelés en soutien. Ils devront rencontrer toutes les personnes qui ont été en contact avec le blessé.
Le choc à l’usine
Incriminant le chariot élévateur qui a renversé l’opérateur, le syndicat CGT évoque la responsabilité de l’entreprise dans la mise en service de ces « engins énormes à la visibilité quasi inexistante ». Une enquête de police a été déclenchée pour analyser précisément les circonstances de l’accident et l’engin a été mis sous scellés. L’inspecteur du travail s’est déplacé à plusieurs reprises à l’usine.
Jeudi dernier, le choc était tellement important chez les salariés, que les opérateurs du département, qui emploie 600 à 700 personnes en trois équipes, n’ont pas eu le cœur à prendre le travail. Vendredi, la réunion du CHSCT devait permettre de faire le point entre les parties de l’entreprise, direction et salariés. Huit membres y ont été désignés, qui participeront à l’enquête. Les partenaires sociaux ont aussi demandé à ce que l’engin élévateur ne soit plus utilisé. « Ces chariots ont été créés pour circuler dans des lieux sans circulation piétonne. Des améliorations ont été faites sur ce matériel mais elles ne sont pas suffisantes », indique la CGT. Le problème de ce type de matériel roulant est que le champ de vision du conducteur est très réduit, avec de nombreux angles morts : « On ne voit pas même un homme d’un mètre quatre-vingt et de quatre-vingts kilos à quelques mètres », témoigne Ali Kaya. De plus, l’appareil est souvent silencieux (quand il s’agit de chariots électriques, on l’entend d’autant moins) et dans l’atelier le niveau sonore de la ligne de production excède les 120 décibels. Les syndicats demanderont aussi que des aménagements de parcours soient réétudiés de façon à mieux protéger les piétons.
Selon la direction de l’usine le chariot était bien un chariot élévateur et pas un “chariot presseur”. Il s’agirait donc d’un autre type d’engin que celui que les opérateurs de l’emboutissage avaient refusé d’utiliser lors de sa mise en service.
La direction de l’usine explique ensuite qu’elle anime couramment des campagnes de sécurité dans l’usine. « Le renforcement de la sécurité dans les ateliers est la priorité absolue », assure-t-elle. « Depuis 2000, la fréquence des accidents a plutôt baissé, ainsi que le taux de gravité. Nous avons un taux d’accidentologie inférieur à celui de la branche métallurgique », ajoute la direction du site.
L’année 2008 commence néanmoins avec un drame, et toutes les questions que se posent les salariés de Renault autour de la sécurité, dans cet atelier qui avait déjà été durement touché en 2004. Il y a quatre ans, rappelons-nous, un pontier âgé d’une trentaine d’années mourrait écrasé par le basculement d’un outil de presse au même endroit.




