Le tribunal correctionnel de Versailles a jugé jeudi après-midi trois des quatre jeunes gens, âgés de 24 à 45 ans, poursuivis pour refus d’obtempérer pour l’un, incitation à l’émeute pour les autres ainsi que violences sur agent de la force publique. Les faits remontaient à fin 2006.
Course-poursuite et tentative de lynchage
Des échauffourées avaient éclaté le 1er octobre 2006 dans la cité des Musiciens aux Mureaux, après qu’un automobiliste, Abdelkader Derkouche, eut refusé de se faire contrôler par la police. « Je m’étais déjà fait contrôler une première fois le matin, j’avais peur, j’avais consommé de la cocaïne mais je ne savais pas qu’il y allait avoir cela ensuite », a indiqué ce dernier aux magistrats. Le conducteur de la Supercinq a pris la fuite, une course-poursuite s’est engagée alors, puis Abdelkader a forcé un barrage de police. Il s’est réfugié dans le quartier des musiciens et a terminé dans une impasse. Les policiers voulaient l’emmener au commissariat mais très rapidement les choses se sont envenimées.
« Brûlez-les »
« Vous avez refusé de vous faire emmener et vous avez menacé de vous entailler les veines avec une lame de cutter », a rappelé la présidente. « J’étais déboussolé, je venais d’avoir un accident (il a forcé le barrage, N.D.L.R.) », a répondu le prévenu. Le refus d’obtempérer va dégénérer en échauffourée au cours de laquelle 100 à 200 habitants de ce quartier se sont opposés aux policiers. Le tribunal a d’ailleurs décrit l’ambiance dans le quartier au moment de l’intervention des policiers. Des gens criaient « Brûlez-les ! » en parlant des policiers, des projectiles (parpaing, pierres) étaient lancés en direction des forces de l’ordre et blessaient sept agents.
Sept policiers intervenaient au volant d’une Peugeot 306 qui tombait en panne au beau milieu de la cité. Six d’entre eux parvenaient à remonter dans une Xsara banalisée mais le septième se retrouvait entouré d’une foule hostile prête à le tuer. Il a dû se réfugier dans l’école maternelle Jacques-Prévert afin d’échapper à la meute surexcitée. Alors que des dizaines d’émeutiers s’apprêtaient à mettre le feu à la 306 et à la Supercinq, d’autres dérobaient le contenu du coffre et s’emparaient d’un gilet porte-munitions, de deux grenades, d’une quinzaine de cartouches et d’un pistolet flash-ball.
Jeudi, la procureure de la République a évoqué une « scène de guerre » pour décrire ce qui s’est passé ce soir-là aux Mureaux. « Il s’agit là de faits graves commis par des multirécidivistes qui avaient une haine contre la police, haine qui est le seul moteur de leur action », a-t-elle estimé. ?
Minimisant leur responsabilité, ou niant leur implication dans les émeutes, les trois prévenus ont connu des fortunes diverses.
Abdelkader, âgé de 38 ans, s’est vu infliger la peine la plus lourde deux ans de prison ferme et a été incarcéré sur le champ. Son frère a été relaxé au bénéfice du doute. Un troisième homme Mourad, 28 ans, a été condamné à 18 mois de prison, dont 6 avec sursis, et un quatrième prévenu, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt, Bachir Lamir a été condamné par défaut à 18 mois de prison ferme.




