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La balance : la meilleure ennemie d’Anaïs. |
« Des fois, je me dis que c’est un petit peu de ma faute si je suis comme ça… » Par « comme ça », Anaïs* nous parle de son poids : 100 kg pour 1 mètre 60. À 14 ans, « presque 15 », la jeune fille rêve de « porter des jean’s moulants comme les copines et de plaire un peu aux garçons. » « Être comme les autres » répète-t-elle fréquemment. Son surpoids la handicape quotidiennement : « Les cours de sport sont difficiles, je suis essoufflée rapidement rien qu’en montant les escaliers. Et puis j’ai très souvent mal au dos et aux articulations. »
Différente
Il y a un peu plus d’un an, Anaïs se confie à l’infirmière scolaire de son collège. « C’est en arrivant en sixième que je me suis rendue compte de ma différence et que j’étais grosse. Arrivée en troisième, j’ai demandé un rendez-vous avec cette infirmière. Elle m’a donné des conseils. Elle me faisait tenir un cahier où il fallait que j’écrive tout ce que je mangeais. »
Pas de grignotage entre les repas, de l’activité physique régulière, des fruits et des légumes à volonté, autant de conseils que l’adolescente suit. « Au début seulement… parce que c’est dur. Je m’y tenais le matin et le midi. Et puis le soir en rentrant, je craquais. J’avais faim alors je mangeais de tout et d’un coup. »
Je suis comme je suis
D’autres régimes, Anaïs en a essayé quelques-uns, après avoir été orientée vers une diététicienne de l’hôpital de Mantes-la-Jolie. « C’était les mêmes conseils et la même galère. J’étais super motivée, je me répétais qu’il fallait que je tienne, que ça serait bon pour moi. Mais je lâchais très vite. Je me dis souvent que je suis nulle et que je n’ai pas de courage. » Et pourtant, elle garde le moral. « Les réflexions c’est toujours dur à entendre. Je m’énerve au fond de moi, mais je ne réponds pas. Je laisse parler les gens… » Depuis Anaïs n’a pas repris de régime et n’a pas revu de spécialiste. « Je suis comme je suis. Un jour, je sais qu’il faudra vraiment que je fasse quelque chose et que je réagisse. Pour le moment, je ne réfléchis pas trop à ça et je fais avec. » Sûrement, sa façon à elle d’« être comme les autres ».
D.G.
* Le prénom a été modifié.
« Ces enfants sont souvent exclus »
Les enfants en surpoids connaissent la mise à l’écart, déplore la pédiatre Marie-Claire Bourdet. Attention aussi aux messages de prévention qui peuvent générer des troubles chez les enfants en bonne santé…
Cette adolescente exprime une grande souffrance dans ses tentatives de régimes. Plus généralement, quelles sont les conséquences de l’obésité les plus dures à vivre ?
D’abord, on ne parle pas de régime tel que les adultes le connaissent, mais de rééquilibrage alimentaire.
Aujourd’hui, 15 % des enfants sont en surpoids. Ils sont confrontés aux railleries à l’école et parfois mis à l’écart par les autres. Ces enfants complexés n’aiment pas se déshabiller dans les vestiaires avant les cours de sport. C’est d’ailleurs pour cela que beaucoup n’en font pas, alors que ça leur est conseillé. Ce sont des enfants qui ne s’habillent pas non plus comme les autres, qui ne peuvent pas mettre de jeans serrés et certains vêtements de marque. Les sources d’exclusion sont nombreuses.
Comment faire prendre conscience à un enfant qu’il doit surveiller son alimentation ? À partir de quel seuil ?
C’est aux parents qu’il faut d’abord en faire prendre conscience ! Le professionnel de santé va se fier à la courbe de croissance et de corpulence, qui est complétée par le médecin à chaque visite. Et c’est ensuite un travail de longue haleine, qui comporte au moins deux ans de prise en charge. Pour réussir, il nécessite une coopération totale des parents et de l’enfant.
Stigmatisation
Des parents eux-mêmes en surpoids ne vont pas forcément entendre le message…
Il y a quand même leur propre vécu, leurs désillusions au travail ou à l’embauche. Le discours sur l’alimentation équilibrée ne fait pas écho tout de suite, il faut du temps. On parle d’habitudes alimentaires…
À stigmatiser aussi souvent les enfants en surpoids, ne risque-t-on pas de créer chez eux des complexes et de nouveaux troubles ?
Absolument. Sur ces sujets, nous sommes sur la corde raide. Les campagnes de prévention s’adressent à l’ensemble des enfants qui ne sont pourtant pas tous obèses. Certaines informations pourraient engendrer des troubles chez ceux, très scolaires, qui appliquent à la lettre tout ce qui est dit.
Des efforts de prévention ont été accomplis, notamment en matière de publicité où des bandeaux déroulants passent en bas de l’image. Selon vous, que reste-t-il à faire ?
C’est une étape. Il faudrait surtout lutter contre la sédentarité : la télévision ou les consoles de jeux ne sont pas des modes de garde. Il faut aussi bouger, mais on n’est pas obligé de s’inscrire dans un club pour cela. On peut très bien le faire en famille.
Quelle est la règle prioritaire à respecter en matière d’alimentation ?
La règle numéro 1 : supprimer le grignotage en dehors des heures de repas. Cela concerne aussi bien les aliments sucrés que salés.
Propos recueillis par F.L.
Dépistage samedi à l’Agora
La 4e Journée nationale d’information et de dépistage de l’obésité infantile permettra le 12 janvier aux familles de la région de consulter gratuitement un pédiatre.
Aujourd’hui 1 enfant sur 6 est touché par l’obésité. Un chiffre qui demeure en constante augmentation. L’obésité est une maladie rampante dont on se rend compte tardivement si aucun suivi médical n’existe.
Pour combattre cet état, l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) a décidé de placer l’édition de cette année sous le thème d’une « alimentation équilibrée, simple et bon marché ». Un moyen de prouver que l’obésité n’est pas un problème de pauvres et que de petites choses comme apprendre à servir un enfant en fonction de ses besoins permet parfois de faire des miracles.
Consultation gratuite et sans rendez-vous avec un pédiatre, samedi 12 janvier, de 9 heures à 17 h 30, à l’Agora, 254, boulevard du Maréchal-Juin, à Mantes-la-Jolie. Les parents sont invités à prendre le carnet de santé des enfants.




