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Restitution du « Baiser de Judas ». Le retable retourne au village
Au terme d’une cérémonie au ministère de la Culture, la municipalité de Vétheuil a récupéré son bien : une partie du retable, dérobée dans l’église en 1973. Le ministre de la Justice a annoncé un renforcement des sanctions contre les voleurs d’œuvres d’art.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  26 décembre 2007
Page 17 

Trente-cinq ans après, « Le Baiser de Judas » retrouve son écrin. Volé en 1973, ce morceau du retable de la passion en bois polychrome a été retrouvé il y a quelques semaines chez un antiquaire anversois, après des années de cavale dans le milieu du trafic d’œuvres d’art. Après une longue négociation, le marchand belge a finalement accepté de le rendre à son propriétaire. Il aura fallu l’intervention de nombreux services français et belges pour que l’antiquaire renonce au prix qu’il proposait à la commune : 185 000 euros.

C’est sur ce dénouement spectaculaire que la ministre de la Culture, Christine Albanel, a voulu surfer, « transformant le feuilleton policier en conte de fée », selon les mots de Dominique Herpin-Poulenat, le maire de Vétheuil.

200 vols par an

C’est que les églises recèlent de trésors du patrimoine et suscitent la convoitise : elles sont donc souvent pillées par des voleurs au service des trafiquants d’art. La cathédrale de Perpignan a récemment fait l’objet d’un tel forfait, et l’église de Vétheuil, immortalisée par Claude Monet, l’a été à plusieurs reprises entre 1966 et 1973. Si bien qu’il ne subsiste de son imposant retable qu’une photographie et un élément retrouvé en 1999. Le reste a été découpé et éparpillé pour faire le bonheur de collectionneurs braconniers.

L’affaire de Vétheuil avait donc valeur de symbole. L’occasion pour le ministre de la Culture d’organiser une table ronde rue de Valois pour faire le point avec tous les acteurs, afin de renforcer la sécurité des lieux de culte et de tous les endroits qui abritent nombre d’œuvres d’art et qui sont contraints de cacher leur trésor ou de fermer leurs portes au public, plutôt que de risquer de voir notre mémoire collective s’évaporer dans la nature. Christine Albanel a ainsi annoncé un renforcement des dispositifs de sécurité, afin d’enrayer ce phénomène : deux cents vols sont perpétrés chaque année.

« Il faut stopper l’hémorragie », a lancé Christine Albanel.

Dans un salon voisin, la pièce du retable attend ses propriétaires et trône au milieu d’une forêt d’appareils photos et de caméras. « Le Baiser de Judas » représente l’arrestation de Jésus, un épisode de la passion du Christ.

Dominique Herpin, entourée de son conseil municipal, ne cache pas son émotion. Souriante et facétieuse, elle souhaite maintenant que l’on retrouve les autres pièces manquantes et que le retable retrouve l’église de Vétheuil. Mais elle a profité de l’oreille attentive de la ministre pour signaler que l’édifice nécessitait près de 300 000 euros de travaux et qu’elle attendait toujours la subvention… « J’envisage donc de le garder chez moi, il y sera fort bien ma foi ! », concluait-elle dans l’hilarité générale.

Renforcement de la loi

Peu avant la restitution officielle, qui s’est tenue sous les ors d’un salon du ministère et les crépitements des flashs, la garde des Sceaux, Rachida Dati, a fait une apparition pour annoncer que le ministère de la Justice allait agir pour la sécurité des biens culturels : « S’attaquer à une œuvre d’art, c’est voler une part d’humanité. Nous devons unir nos efforts », a-t-elle indiqué. La ministre de la Justice proposera prochainement un renforcement de la loi dans ce domaine, et une nouvelle infraction devrait être créée réprimant les intrusions nocturnes dans les églises, bibliothèques, monuments et musées. Le vol d’un bien culturel ou de culte sera puni d’une peine de sept à dix ans de prison et de 100 000 à 150 000 euros d’amendes.


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