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Le Dr Thomas Golman peste contre la Sécu
Quelle a été la surprise du docteur Golman, lorsqu’il s’est aperçu que l’ensemble de sa patientelle rachetée à son prédécesseur n’était plus remboursée à taux plein pour chaque consultation. Le médecin dénonce les effets pervers de la réforme Douste-Blazy.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  12 décembre 2007
Page 39 

Thomas Golman montre une feuille de remboursement mise en cause par un de ses patients.

Depuis le mois d’août, le docteur Thomas Golman médecin généraliste s’est installé à Ecquevilly en remplacement d’un confrère qui a quitté la région. Comme cela se passe dans ces cas-là, le médecin a racheté la patientelle de son prédécesseur.

Peu de temps après, ses patients ont la déconvenue d’apprendre que leurs consultations ne sont plus remboursées à taux plein, et que la sécurité sociale leur retient 10 euros à chaque visite chez leur généraliste. « Des patients sont venus me trouver en me montrant leur feuille de remboursement, et m’expliquant que la sécurité sociale leur reprochait de ne pas avoir respecté le parcours du médecin traitant (N. D. L. R., l’obligation d’être “attaché” à un médecin déclaré auprès de la sécurité sociale, en vertu de la loi de 2004) », explique Thomas Golman. En fait, la sécurité sociale exige que le patient remplisse la feuille du médecin traitant même lorsqu’un médecin remplace un confrère et reprend sa patientelle. Ce que n’ont pas fait tous les patients du docteur Golman. Mais la démarche leur semblait inutile, et pour la plupart ils n’y ont même pas pensé une seconde, car certains fréquentent ce cabinet médical depuis trente ans. En cela, en effet, ils ont respecté l’esprit de la loi Douste-Blazy dont un des buts était de lutter contre le « nomadisme médical ». Les patients du docteur Golman sont plutôt fidèles ! « Mes patients ont pour la plupart pensé que les choses se feraient automatiquement car le médecin a changé de nom, mais ils continuent à fréquenter le même cabinet médical », complète le médecin.

Plaintes

« A l’heure où l’on parle de franchise médicale à 50 centimes par boîtes de médicaments, la sécurité sociale se paie le luxe de prendre 10 euros à des patients qui respectent le parcours de soin ! Pour une famille de dix enfants, 10 euros ça compte, et peu de patients vérifient leur feuille de remboursement !», fustige le médecin d’Ecquevilly. Le docteur Golman ayant reçu plusieurs plaintes de ses patients s’est rapproché de la CPAM de Versailles : « on m’a répondu que c’était normal, que je n’étais pas mon prédécesseur et que si la caisse d’assurance-maladie n’a pas la feuille du médecin traitant dûment remplie en temps et en heure, le patient n’est pas remboursé ! Pourquoi veulent-ils que je remplisse de nouvelles feuilles alors que je garde les patients de mon prédécesseur ? »

Depuis, plusieurs patients ont rempli une deuxième feuille et l’ont adressé à leur caisse d’assurance-maladie. Leur situation n’a pas forcément été régularisée depuis, la CPAM arguant qu’il peut se produire des décalages entre les dernières visites et le traitement des données… Thomas Golman n’hésite pas dès lors à parler d’ « entourloupette » qui va financer «une réforme coûteuse et inutile».

Contactée, la direction de la caisse d’assurance-maladie de Versailles rappelle que le médecin n’a pas « respecté » la consigne administrative dès la reprise du cabinet de son prédécesseur. Elle lui reproche aussi de ne pas avoir coché la case « médecin traitant » sur la feuille de soin, une nouvelle subtilité administrative. « J’ai critiqué le système, mais je suis bien obligé de m’y plier », répond quelques jours après le docteur Golman. « La sécu joue sur le décalage entre la réception de la feuille pour chaque patient et la validation de la carte vitale, c’est scandaleux. Le surcroît de travail administratif du fait des réformes successives incombe aux médecins… qui naturellement sont toujours fautifs ! »

On n’a sans doute pas fini d’entendre parler de la réforme Douste-Blazy, et l’on chuchote même dans le milieu médical que le conseil national de l’ordre pourrait donner de la voix sur le sujet du parcours médical. Une réforme contestée et dont les bénéfices ne sont pas évidents pour les professionnels de santé.

La loi de 2004

La loi réformant l’assurance-maladie est parue au Journal officiel mardi 17 août 2004. Elle met notamment en place un dossier médical personnel (DMP), le choix d’un « médecin traitant » (généraliste ou spécialiste) sous peine de moindre remboursement, et une contribution forfaitaire - un euro - pour chaque consultation (y compris pour les services d’urgence). La loi instaure aussi une hausse de la CSG et un renforcement du contrôle des arrêts de travail. Ces dispositions sont entrées en vigueur en janvier 2005.


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