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Le « pari fou » de Fadela
Le Courrier de Mantes
Publié le:  14 novembre 2007
Page 25 

500 personnes sont venues dialoguer avec Fadela Amara.

« Je trouve cela dégueulasse de dire que nos prédécesseurs n’ont rien fait. » Fidèle à son image et à son franc-parler, Fadela Amara tacle un représentant du MIB (mouvement immigration des banlieues) qui tente d’enflammer le débat. Fin de l’incident.

Mardi soir, le gymnase des Motelles à Ecquevilly est plein à craquer : plus de 500 personnes, des élus, des travailleurs sociaux, des animateurs des quartiers, beaucoup de jeunes et d’associations souvent venus avec des bus affrétés par les communes du secteur. La soirée baptisée “rencontres territoriales” sera l’une des étapes du tour de France qu’effectue Fadela Amara pour préparer le “plan banlieue” qu’elle doit remettre à Nicolas Sarkozy en janvier prochain.

Jean-Pierre Jouyet le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes l’accompagne. C’est lui qui ira défendre auprès de Bruxelles le projet de la France pour les quartiers en difficulté. Mais c’est le phénomène Amara que l’on est venu voir. C’est elle que l’on veut entendre sur la situation des banlieues.

Leitmotiv dans la salle : la dégradation des conditions de vie dans les cités, le logement, le manque de concertation et d’information ressenti par les habitants au moment de la mise en place de la rénovation urbaine : « On ne fera rien sans les habitants. Ce sont eux la valeur ajoutée », résume Mohamed Ragoubi le porte-parole du collectif de la Coudraie à Poissy.

Fadela Amara est d’accord, mais elles n’approuvent pas pour autant ceux qui s’opposent aux démolitions des tours : « Il y a des quartiers dans un tel état qu’ils ont besoin d’être détruits, bordel ! C’est une question de respect », lance-t-elle.

Du sur-mesure

La fondatrice de “Ni putes, ni soumises” explique que « c’est l’urgence de la situation qui a fait que moi , une femme de gauche, j’accepte de participer à un gouvernement de droite ». Et de marteler : « Je mesure la pression. Mais je fais le pari fou d’un renouveau citoyen au cœur des cités, c’est ma bataille, mon combat ».

Pas question d’appliquer partout les mêmes recettes : « Il faut faire du sur-mesure, de la dentelle. Même si les mêmes causes produisent les mêmes effets, la taille des quartiers fait une grosse différence », estime-t-elle.

Fadela Amara est très attentive aux associations « qui sur le terrain tricotent la cohésion sociale ». Elle s’adresse aux familles et aussi aux jeunes : « L’éducation sera un axe fort. Nous devons réussir à faire émerger l’élite des quartiers qui prendra les commandes demain. Il faut que les jeunes, quel que soit le quartier où ils habitent, partent avec les mêmes chances. »

Elle revient aussi sur la fameuse « tolérance zéro pour la glandouille ». Explications de texte : « C’est ne pas accepter que les jeunes restent en état de désœuvrement en mettant en place des dispositifs sécurisants qui permettent l’insertion. »

Dans les travées, les jeunes écoutent sagement, mais n’y croient pas vraiment : « L’égalité des chances, c’est de grosses et belles paroles. Mais, c’est comme si on faisait un trou et qu’on essaie d’y entasser le maximum de personnes. C’est impossible. Les politiques ne font pas 5 % de ce qu’ils disent », estime Harouna, 25 ans.

« Je pense qu’elle est sincère, mais je ne vois pas comment on va améliorer l’égalité des droits, la réussite scolaire et ramener la tranquillité dans les quartiers alors que l’on supprime des postes dans l’enseignement et qu’on prévoit de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux », commente Afzal Chaudry de SOS-Racisme.

Le beau rêve de Fadela Amara se heurtera-t-il à la réalité de la gestion budgétaire du gouvernement ? Réponse dans les mois à venir.

Les propositions des ateliers

Avant l’arrivée de Fadela Amara quatre ateliers composés de représentants des collectivités locales et des associations avaient planché sur les quatre thèmes retenus pour fixer le débat des rencontres territoriales. Mission : présenter à chaque fois quatre propositions concrètes. L’exercice était ardu. Personne n’a sorti de remèdes miracles de son chapeau. Le résultat ressemble plus à un rappel d’actions déjà existantes ou propositions déjà émises.

Emploi et égalité des chances : pas de création de nouveaux dispositifs, mais plutôt privilégier l’accompagnement de proximité en favorisant aussi la mobilité, mettre en valeur certaines filières économiques porteuses d’emploi comme les transports, l’aide à la personne le BTP.

Education et réussite : créer du lien entre les familles et les institutions, appliquer et respecter les logements sur les logements sociaux pour créer de la mixité (NDR : loi SRU portant obligation pour chaque ville d’avoir au moins 20 % de logements sociaux), former les professionnels encadrants et pérenniser les actions existantes qui fonctionnent.

Désenclavement des quartiers : faire du projet urbain, le projet des habitants, réorganiser les dessertes locales en transports collectifs, fluidifier les parcours résidentiels.

Sécurité et citoyenneté : créer un parcours citoyens à l’âge de 18 ans à la découverte du monde institutionnel et associatif (une action qui existe aux Mureaux depuis 3 ans), développer le volontariat au sein des sapeurs-pompiers, généraliser le système de l’école ouverte durant les vacances.


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