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Visite guidée du Family Village
Inauguré mardi, le nouveau centre commercial d’Aubergenville a ouvert ses portes au public mercredi matin. D’un concept nouveau, il se tourne résolument vers les loisirs et la famille. Avec une cinquantaine d’enseignes, il compte attirer la clientèle de Mantes jusqu’à Poissy.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  07 novembre 2007
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Quarante-huit enseignes se partagent les 33 000 m2.

Musique cosy, décor moderne et coloré. Petits-déjeuners ou encore parcours de minigolf, devant un décor de nature… en carton-pâte, pour les journalistes en fin de conférence de presse : bienvenue au Family Village ! Il a été inauguré en grande pompe mardi matin en présence de nombreux élus et personnalités dont François Bony, le maire d’Aubergenville. Dehors, les salariés des magasins mettent la main aux dernières finitions.

Concept unique

D’une surface de 33 000 m2, le concept est unique. Un immense centre avec quarante-huit enseignes dont cinq restaurants dans la zone commerciale Carrefour de Flins.

« L’idée c’est que Family Village soit en complète autonomie. Il se suffit à lui-même. Tout est à disposition », explique Gilles Boissonnet, président du directoire d’Altaréa à l’origine du projet. La juxtaposition des enseignes est extrêmement variée : de l’équipement de sport à la maison, en passant par la décoration, le jardinage où l’habillement, il y en a pour toute la famille : des magasins partout, de chaque côté des nombreuses allées piétonnes.

« Pour accentuer l’esprit village, nous avons mixé petites boutiques (21) et moyennes surfaces (23) », continue-t-il. D’une surface de 17 hectares avec 1 700 places de parking, c’est le deuxième projet de ce type en France. L’autre se situe à Riaudin, au sud du Mans, sur une surface de 9,5 hectares. Deux autres projets sont en cours, à Brest et dans le sud de la France. Le projet Family Village, qui crée 360 emplois, se situe « au cœur de l’opération d’intérêt national, selon François Bony, maire d’Aubergenville. Nous estimons à entre 10 000 et 15 000 habitants de plus dans les dix ans à venir ». Mais le projet n’est pas encore complet. La société Altaréa prévoit le déménagement du Castorama à l’arrière de la zone pour fermer complètement le site et « créer un esprit de cour », ajoute Gilles Boissonnet.

Esprit de village ?

D’autres restaurants et deux autres magasins pourraient également ouvrir prochainement. Comme son nom l’indique, Family Village se veut convivial et familial : le centre est donc entouré de mini-collines qui le coupent de l’extérieur, des petits arbustes viennent d’être plantés, des passages piétons ont été créés. Il y a aussi une aire de jeux avec un manège ancien, et même un kiosque à journaux typique, à l’ancienne, au milieu d’une sorte de halle au marché. Mille mètres carrés sont réservés aux foires aux livres, brocantes ou encore marchés de Noël « des associations locales », une petite place de village en quelque sorte. À quelques différences près : ce village-là est fait de bois et de tôles, sent le neuf et est en bordure d’autoroute.

Le petit commerce fait grise mine

Avec l’arrivée du Family Village, c’est le petit commerce de proximité qui fait grise mine. À Aubergenville, plusieurs commerçants du bourg ont déjà annoncé leur intention de vendre leur boutique. À Maule, la colère a grondé avant qu’un accord ne soit trouvé entre le promoteur Altaréa et l’Union du commerce (lire ci-contre).

« Le pot de terre contre le pot de fer »

Aux Mureaux, cette nouvelle implantation portera-t-elle un coup fatal à un commerce de centre-ville déjà en difficulté ? La présidente de l’Association des commerçants, Mme Redolfi, reconnaît que les craintes sont réelles, mais ne veut pas baisser les bras : « Il faut faire avec. On se dit que nos clients iront moins sur les zones commerciales de Mantes-Buchelay et de Franconville. C’est à nous de nous différencier, de montrer ce que le commerce de proximité peut apporter », déclarait-elle au journal (éd. du 12 septembre 2007).

L’inquiétude gagne jusqu’à Mantes-la-Jolie où Alain Mas, le président de Cœur de Mantes, tient peu ou prou le même discours : « Ce genre de combat, c’est le pot de terre contre le pot de fer. Si on ne regarde que le côté négatif, c’est foutu. Motivons-nous plutôt pour nous améliorer encore. Faisons la différence sur l’accueil, le service, la qualité de nos produits. Rassemblons-nous plus nombreux pour avoir plus de poids, pour communiquer et animer la ville. » Ces propos montrent que l’on est conscient qu’il ne faudra pas rester les bras croisés.

Lors de notre enquête de septembre, l’un des commerçants les plus dynamiques du centre de Mantes, Jean-Luc Guillemard (six boutiques de prêt-à-porter en centre-ville), n’avait pas caché sa colère : « Nous sommes en train de saturer toutes les zones périphériques autour de Mantes-la-Jolie, c’est dramatique pour le centre-ville. On voudrait tuer le petit commerce de centre-ville, on ne s’y prendrait pas autrement. » Jean-Luc Guillemard dénonce le danger du déséquilibre qui est en train de se créer entre les zones périphériques et les centres historiques : « Parking gratuit, multiplication des enseignes pour le client, c’est attractif. Mais quelle sera la qualité de la vie dans un centre-ville quand le commerce n’y sera plus ? », interroge-t-il.

À Mantes, la mairie a bien compris que l’image et la vitalité d’une ville entière passent par l’animation commerciale de son centre. C’est pourquoi elle met depuis plusieurs années le paquet pour embellir le centre-ville et favoriser le commerce. L’arrivée du Monoprix, un programme Altaréa (contrepartie du Family Village ?), devrait être une locomotive pour attirer la clientèle en centre-ville.

Un accouchement dans la douleur

Un vieux projet d’aménagement commercial de la zone du Trait-d’Union, porté par l’ancienne municipalité socialiste, ressort des cartons en 2002. En décembre 2004 l’enquête publique sur la réalisation du Family Village par le promoteur Altaréa est ouverte. Les terres maraîchères ne sont pas encore toutes vendues et quelques propriétaires engageront des recours administratifs.

L’ouverture de magasins sur une surface totale commerciale de 33 000 m2 est alors prévue pour 2006. La ville évoque un nouveau type de centre commercial dédié à l’animation et à la promenade.

Vingt-cinq élus se mobilisent

Première attaque contre le projet en janvier 2005, le maire des Mureaux François Garay condamne cette initiative alors que les Halles d’Auchan tentent de relancer le centre commercial Espace. Dans une lettre adressée au commissaire enquêteur, François Garay avait déjà dénoncé un mois plus tôt le manque de concertation des élus d’Aubergenville avec les autres communes de la zone de chalandise.

Le mois suivant, le conseil municipal de Meulan fait adopter une motion contre l’implantation de ce centre commercial géant au bord de l’autoroute A13. Les élus de Meulan craignent que le succès d’un tel équipement porte un préjudice grave aux commerces de centre-ville.

Les commerçants d’Aubergenville, fâchés contre l’arrivée d’une telle concurrence, se réunissent et lancent une pétition. Des commerçants de Meulan et d’Hardricourt s’associent à ce mouvement. François Bony les rassure en leur promettant qu’aucune « petite surface commerciale » et « aucun commerce alimentaire » ne viendrait leur faire de concurrence.

Le 20 avril 2005, Pierre Cardo député de la 7e circonscription alerte Christian Jacob le ministre du Commerce et de l’Artisanat. À défaut d’une annulation du projet, il demande un « moratoire à toute nouvelle extension ».

Mai 2005, vingt-cinq élus de l’arrondissement (parmi eux une majorité de maires des petites communes environnantes) se mobilisent contre le projet, ils attirent l’attention des pouvoirs publics sur les conséquences de « l’agrandissement non contrôlé » de l’ensemble commercial de Flins-Aubergenville et demandent l’annulation pure et simple du projet. Pierre Cardo, député-maire de Chanteloup-les-Vignes (UMP), les deux conseillers généraux Marie-Hélène Lopez-Jollivet (PS) et André Cassagne (UMP) signent une pétition contre l’extension de la zone commerciale de Flins-Aubergenville.

À la mi-mai 2005, la commission d’équipement commercial valide le projet. Dans la foulée, l’Association des commerçants de Maule manifeste sous les fenêtres du maire d’Aubergenville.

40 millions d’euros

À cause des recours formulés par les propriétaires des terrains maraîchers sur lesquels le projet est prévu, les travaux prennent un an de retard. Novembre 2006, les bulldozers entament le travail. Christophe Janet, directeur adjoint d’Altaréa, nous confirme les contours du projet : un “mix” du centre commercial à ciel ouvert et de la galerie marchande. L’ensemble de l’investissement est évalué à 40 millions d’euros.

Avril 2007, au fur et à mesure que les bâtiments commerciaux sortent de terre, les inquiétudes des commerçants de centre-ville s’accentuent. La librairie d’Aubergenville met la clé sous la porte.

Septembre 2007, début des recrutements, trois cents postes sont à pourvoir.

Les commerçants de Maule révèlent avoir conclu un accord avec Altaréa pour préserver le commerce de centre-ville. Le conseil municipal de Maule confirme de son côté que les commerçants de Maule ont bénéficié d’un protocole d’accord signé par Altaréa, prévoyant le versement d’une somme équivalant à 10 000 euros par an pendant cinq ans à l’association des commerçants.


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