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33 000 m2 de boutiques à Aubergenville
Family Village vit ses dernières heures de travaux. Ce centre commercial d’un genre nouveau, conçu comme un parc de loisirs pour petits et grands, ouvrira ses portes en novembre, juste avant les fêtes. Il accueillera 39 enseignes, principalement des chaînes nationales comme Kiabi, Casa, Go Sport, Planète Saturn. Il disposera de 1 180 places de parking.


Francine Carrière, Frédéric Antoine

Le Courrier de Mantes
Publié le:  12 septembre 2007
Page 2 
— Le concept de « Family village » associe shopping et animations commerciales.

Les petits commerçants de la région redoutent l’ouverture du « Family village »

Le Family village va développer des emplois locaux (350 dans la vente et dans la restauration) et va contribuer à renouveler le tissu économique. Du côté des partisans de ce grand centre commercial, cet argument prévaut à toute autre justification. Situé dans la ZAC du Trait d’Union à Aubergenville, dans le prolongement ouest du centre commercial Carrefour-Flins, il devrait ouvrir ses portes en novembre prochain. Tout a été fait pour appâter le chaland et on y attend beaucoup de monde.

Mais le projet provoque de vives inquiétudes chez certains commerçants locaux et les défenseurs de la petite entreprise, c’est sans compter le nombre des consommateurs-citoyens qui voient l’avenir autrement que tourné vers la consommation de masse proposée par la concentration des grosses enseignes.

Family Village comportera des grandes et moyennes surfaces ainsi que dix-sept commerces de moins de 300 m2. Les quatre bâtiments imposants de 33 000 mètres carrés en vis-à-vis accueilleront 39 enseignes, principalement des nouvelles boutiques dédiées à l’habillement (Body One, Esprit, Cache Cache) et aux loisirs, des prestataires de services et des restaurants (O’ Sushi, Hippopotamus, Village Thaï).

Le concept commercial se veut « chaleureux et convivial ». Il ambitionne même de créer « une synergie entre famille, enfants et parents ». La famille réconciliée dans une frénésie d’achats ! Différents services, prestations et animations permanentes ont été prévus pour donner au public l’ambiance et le confort qui doivent déclencher la velléité de dépense : fontaines à eau, téléphones, change-bébé, espace de jeu… Le site sera également équipé de passages accessibles aux personnes à mobilité réduite et bien sûr de distributeurs de billets. À l’extérieur du centre commercial, un parc d’agrément d’un hectare, 1 180 places de stationnement et des aires de livraison entoureront les bâtiments métalliques couverts de bois et de matériaux modernes.

Des oppositions étouffées ?

En 2005, la commune d’Aubergenville avait dû faire face à un mouvement de colère des commerçants de Maule, et plusieurs communes des alentours, dont Les Mureaux et Meulan, avaient fait connaître de concert leur opposition au projet en publiant deux motions appelant à la protection du petit commerce. Pierre Cardo, député-maire de Chanteloup-les-Vignes avait même saisi le ministre des PME.

Mais rien n’y fit… Le projet Altaréa avançait tel un bulldozer écrasant les dernières colères. Tout juste au printemps dernier, plusieurs commerçants du bourg d’Aubergenville révélaient au Courrier de Mantes leur intention de vendre leur boutique, accusant le mastodonte Altaréa de mettre un terme à la pérennité de leurs affaires.

Inquiétudes à Mantes

Nous avons recontacté l’association des commerçants de Maule, hier très énervée contre Altaréa le promoteur du Family village. Interrogée sur le silence soudain des commerçants du bourg de la vallée de la Mauldre, Hélène Requi pharmacienne a répondu à nos questions, mais a refusé de prendre la parole au nom de l’association : « l’association fera des déclarations plus tard », lâche-t-elle, alors que la rumeur d’un accord entre Altaréa et les commerçants de Maule va grossissant.

Hélène Requi explique encore avoir « subi une situation » comme les autres commerçants du bourg de 5 000 habitants. « Notre position est toujours d’actualité. Il y a une très profonde inquiétude. Qu’est-ce qu’on veut faire des centres-villes, veut-on les détruire ou les appauvrir ? Je me demande si les élus locaux qui prennent ces décisions mesurent les conséquences de leurs choix à long terme, notamment pour les jeunes qui souhaiteront monter leur petite entreprise commerciale. Les élus locaux sont de passage… Nous, nous, pensons à l’avenir », ajoute la pharmacienne de Maule. Pourtant, le moins que l’on puisse dire est que l’association des commerçants n’a plus montré de résistances après 2005. On parlait alors de recours contre le projet… Que s’est-il passé ensuite ?

Quelques semaines avant l’inauguration en fanfare, la mairie d’Aubergenville ne voit pour sa part aucune raison de poursuivre une polémique sur le sujet. « L’opticien du centre-ville d’Aubergenville s’est ému de la présence d’un opticien dans le Family village, mais il y en a déjà quatre dans la galerie marchande de Carrefour-Flins. Les restaurateurs d’Aubergenville vivent déjà avec une concurrence au même endroit, où l’on compte une brasserie et une pizzeria. Concernant les grands magasins, il n’y aura que des enseignes qui n’existent pas encore à Aubergenville. Cette nouvelle offre évite à la clientèle locale de se déplacer à Orgeval ou à Buchelay. Mais surtout cette opération relance l’emploi dans le secteur », déclare une proche de François Bony le maire.

Mais il n’y a pas que dans le périmètre immédiat du projet que l’inquiétude commerçante monte… À Mantes-la-Jolie, en centre-ville on fait grise mine. Rappelons qu’à Mantes aussi, le promoteur Altaréa a été retenu pour construire le Monoprix de la rue Gambetta.

F.A.

Repères

• 33 000 mètres carrés de surfaces commerciales

• 17 boutiques de moins de 300 m2

• 39 enseignes

• Une place couverte de 290 m2 pour accueillir des animations

• Une zone de chalandise primaire qui compte 73 000 habitants (seize communes dont les Mureaux)

• Les zones secondaires et tertiaires évaluées à 88 000 (sept communes dont Limay et Mantes) et 58 000 habitants (trente-six communes dont Septeuil et Verneuil-sur-Seine)

• Un chiffre d’affaires de 70 m euros annuel

• Fréquentation de 65 000 visiteurs par semaine

30 % de ce chiffre constitué par une clientèle de passage sur l’A 13 (92 000 véhicules par jour)

39 enseignes

Habillement, équipement de la personne : Body One, Gémo, La halle, Esprit, Cache-Cache, Complices, Chaussland, Kiabi, Go Sport, Autour de bébé

Aménagement de la maison : Pays du monde, Casa, Home Salons, Maisons du monde, Hémisphère Sud.

Electro-ménager, hi-fi : Planète Saturn,

Café, restauration, alimentaire : Du café sur la planche, Hippopotamus, Pomme de pain, O’Sushi, Concept café, Nicolas, Les Comptoirs du Roi, Village Thaï

Et aussi : Crédit mutuel, Opticien Krys, coiffeur Jean-Louis David, Adventure land, Orchestra, Viva Fiesta, Garden Price, Potiron, Score game, Maxi Zoo, Autobacs, King Jouet, The Phone House, San Marina, Impulsion.

Emploi

Le 11 septembre, la Ville a invité les 39 enseignes à une journée de recrutement au théâtre de la Nacelle où étaient attendus près de 700 demandeurs d’emploi. Tous les candidats présélectionnés ont été reçus en entretien par les recruteurs. Le projet entraîne la création de 350 emplois dans le secteur de la vente et de la restauration. Les offres concernent des contrats à durée déterminée et à durée interminée, des temps plein et des temps partiels.

L’ANPE, la mission locale d’Aubergenville, l’association Réflex’Jeunes, le bureau de l’emploi, l’ANPE étaient partenaires de cette journée. « Nous avons été contactés autant par des personnes au chômage que des personnes en activité qui souhaitent se rapprocher de leur domicile », indique la mairie d’Aubergenville. La majorité des demandeurs habite une commune proche du Family Village.

Dans les boutiques, les avis sont partagés

Alain Mas le reconnaît : certains commerçants mantais sont inquiets de voir arriver à leur porte cette grosse machine apparemment bien huilée qu’est le Family Village, et pas franchement convaincus que l’implantation de Monoprix dans le centre-ville de Mantes-la-Jolie changera la donne.

Mais le président de l’association Cœur de Mantes veut rester positif : « On ne va pas polémiquer. Ce genre de combat, c’est le pot de terre contre le pot de fer. Si on ne regarde que le côté négatif, c’est foutu. Plutôt que de se dire on va prendre une claque, motivons-nous pour nous améliorer encore, pour devenir plus pro dans l’accueil, le service, le conseil, la qualité de nos produits. Rassemblons-nous plus nombreux pour avoir plus de poids, pour communiquer et animer la ville ». Un point de vue partagé par Mme Redolfi son homologue aux Mureaux : « Il faut faire avec. On se dit que nos clients iront moins sur les zones commerciales de Mantes-Buchelay et de Franconville. C’est à nous de nous différencier, de montrer ce que le commerce de proximité peut apporter ».

No parking, no business

Rappelons que l’installation de Monoprix à Mantes va de paire avec un parking sous-terrain de 350 places. Le hic c’est qu’il sera payant alors que le Family Village offrira du stationnement gratuit à tire-larigot. Le stationnement un sujet délicat qui revient régulièrement sur le tapis mantais sans qu’une solution satisfaisante n’émerge.

Jean-Luc Guillemard qui possède six boutiques de prêt-à-porter dans le centre-ville, lui, est très remonté : : « No parking, no business », rappelle-t-il. Un précepte de la grande distribution établi dans les années cinquante aux États-Unis par Bernado Trujillo.

Doublons

« Nous sommes en train de saturer toutes les zones périphériques autour de Mantes-la-Jolie, c’est dramatique pour le centre-ville. On voudrait tuer le petit commerce indépendant qu’on ne s’y prendrait pas autrement », affirme-t-il.

Jean-Luc Guillemard insiste sur le déséquilibre qui est en train de se créer entre les zones commerciales autour des villes et les centres historiques : « Parking gratuit, multiplication des enseignes, pour le client c’est attractif. Mais quelle sera la qualité de la vie dans un centre-ville quand le commerce n’y sera plus ? ».

Autre aspect, l’emploi : « On nous gargarise avec les emplois créés dans ces zones, mais on ne parle pas des emplois détruits ailleurs. Par rapport aux grandes enseignes, le commerce indépendant emploie beaucoup plus monde ».

Sur les 39 enseignes une douzaine fait doublons avec les magasins déjà présents à Mantes et à Buchelay c’est le cas de Body One : « Un centre-ville reste un centre-ville. À l’ouverture du centre commercial, nous allons perdre des clients, c’est sûr. Ensuite ils reviendront », prédit la responsable de la boutique de lingerie de la rue Nationale.

F.C.

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