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Les 800 mètres carrés de la maison sont à nouveau habitables. |
Les passionnés d’architecture moderne s’en réjouiront. La villa Poiret construite à Mézy par Rob Mallet-Stevens en 1925 est en passe d’être sauvée. Elle avait mieux résisté aux pillages et au vandalisme que la villa Cavrois de Croix (Nord), construite par le même architecte, mais elle a souffert des outrages du temps.
Passion
Ces jours derniers, une trentaine d’ouvriers s’activaient encore sur le chantier. Sur fond du bruit de la scie circulaire, on découvrait alors avec étonnement la résurrection de ce fleuron de l’architecture cubiste.
Assisté par l’architecte des bâtiments de France, Laurent Brun a engagé des travaux considérables pour remettre en état la villa. C’est un passionné. Cela fait près d’un an qu’il travaille à ce projet. Ce promoteur immobilier a acheté cette demeure à un industriel richissime qui n’avait jamais rien entrepris pour sauver la maison très délabrée. « Il y a quinze ans que je possède des lithographies et des peintures de la villa. Avant qu’elle ne soit en vente, je croyais qu’elle était propriété de l’État comme toutes les autres villas de Mallet-Stevens. C’est une folie mais je suis fier de rendre à cette maison son éclat d’origine », confie-t-il.
Laurent Brun a conservé en l’état la structure d’origine, en respectant les prescriptions des Bâtiments historiques. Tous les principes cubistes chers à son concepteur ont été respectés : surfaces unies, arêtes vives, courbes nettes, angles droits, clarté. Trente ans après la disparition de l’actrice de théâtre Elvire Popesco, qui a vécu à Mézy jusqu’à son décès en 1985, la majestueuse demeure de 800 mètres carrés de surface habitable et 600 mètres carrés de terrasse redevient habitable.
L’œil des Bâtiments historiques
Les travaux, qui devraient s’achever le 15 septembre, concernent l’étanchéité et l’isolation du bâtiment, les huisseries, les réseaux d’eau, d’électricité, la consolidation de toutes les façades et des terrasses, l’installation d’un chauffage. Tous les sanitaires d’origine qui pouvaient être restaurés ont été conservés. Par contre la robinetterie d’époque a été changée.
C’est la comédienne qui avait fait réaliser les dernières interventions notables sur la villa. Elle confia en 1938 à l’architecte Paul Boyer de la terminer, lequel entreprit de poser des fenêtres en forme de hublot et des rambardes en forme de bastingage, et fit ouvrir une cheminée dans le hall transformé en salon dans l’aile sud-est.
Structure solide
De l’après-guerre à aujourd’hui, passant de main en main, la villa a fait l’objet de restaurations sommaires, et de très mauvaise qualité, autant pour la couverture que pour les revêtements extérieurs. La structure du bâtiment demeure cependant intacte. Des pierres témoins datant des années trente attestent d’ailleurs de la solidité de la construction. Lorsqu’on visite les sous-sols, on constate aussi les ajouts anciens de brique et de parpaings en soubassement qui témoignent des interventions multiples. Et, contrairement à ce que l’on entend dire souvent, la villa n’a pas entièrement été construite en béton, les meulières sont d’origine.
Lieu de vie
Le nouveau propriétaire a décidé de vivre avec sa famille à Mézy, dans du mobilier années trente. Les anciens espaces de réception et la chambre de l’actrice sont devenus salon en double hauteur (qui structure la bâtisse avec l’escalier principal), bureau et même salle de cinéma. La tour de la cage d’escalier se prolonge et donne accès à un belvédère sous auvent, depuis lequel le regard porte jusqu’à Paris et La Défense. De l’autre côté, dans la partie sud-ouest, une vaste cuisine a été réaménagée à l’endroit de celle d’origine, et dans l’enfilade les petites pièces des “domestiques”, qui n’auront l’usage que de rangements supplémentaires, ont été réhabilitées. À l’étage les six chambres avec salles de bain ont conservé leur fonction.
Le parc peuplé d’arbres rares, et qui s’étend sur près de 5 hectares, fera lui aussi l’objet d’une rénovation ultérieure. À noter, que la sculpture du peintre métaphysique Giorgio de Chirico, dont on ignore si elle fut placée là à l’origine, ne figure plus à l’entrée du parc.
Dans les mois qui viennent, de la maison jusqu’à la piscine, des terrassiers vont aménager une butte en pente douce. Une des piscines de la villa qui a servi au tournage d’un film devrait elle aussi être remise en état.
Chaque année, la maison sera ouverte à la visite du public lors des journées du patrimoine, excepté cette année car le chantier ne sera pas tout à fait fini.




