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L’événement avait fait les gros titres de la presse de l'époque. |
D’abord les faits. En 1907, Juziers est un gros bourg à vocation agricole, également lieu de villégiature de quelques notables de l’époque. « Au XIXe siècle, Jules Baroche, le principal ministre de Napoléon III, qui a été de tous ses gouvernements, s’installe dans le village », explique Philippe Dupuis, conseiller municipal, et membre actif de Juziers dans l’Histoire. « Il réside au château des Sergenteries, vaste propriété dont la partie restante accueille l’actuelle école primaire de la commune. »
Gaz toxiques
À cette date la demeure est occupée par la veuve du ministre, son gendre et le personnel de maison. Les habitants des lieux tirent l’eau d’un puits creusé en 1906, qui se trouverait actuellement sous la chapelle Sainte Rita, construite sur les anciennes dépendances. Profond de quelques dizaines de mètres, il est doté d’une pompe fonctionnant grâce à un moteur, le tout abrité dans une petite cabane, à deux pas du château.
C’est le matin du 12 mai 1907 que le drame a lieu. En voulant vérifier la bonne marche de l’appareil, Claude Seydoux, jardinier en chef de la propriété, descend jusqu’au plancher, surplombant l’eau de quelques mètres, qui supporte l’appareillage. Sans doute victime d’émanations toxiques en provenance des dynamos, il perd connaissance. Les quatre personnes qui viendront lui porter secours perdront également la vie.
Tout de suite l’incident prend de l’ampleur : le scaphandrier du barrage de Mézy intervient, en tenue, mais ne peut pas faire grand-chose à cause de l’étroitesse du conduit. On fait alors appel aux pompiers de Paris. Arrivés en début d’après midi, équipés de masques, ils vont remonter les cinq corps.
La presse s’en mêle
À l’époque, une bonne partie de la presse évoque l’incident, « Le Petit Parisien », « Les Faits divers illustrés » et même « L’Humanité ». Un article de « L'Éclaireur de Seine-et-Oise » daté du 19 mai 1907 décrit en particulier l’émotion au moment des obsèques des trois personnes inhumées à Juziers, Claude Seyroux, Louis Lainé, Charron et son fils Émile. « Plus de mille personnes ont pris part au cortège, la route était noire de monde, les trois bières disparaissaient sous les fleurs et les couronnes, les pompiers et les domestiques du château entouraient les cercueils précédés des clairons et tambours faisant retentir dans l’air des douloureuses sonneries et batteries de deuil. »
Preuve de l’ampleur de l’événement, la présence de nombreuses personnalités, dont le préfet de Seine-et-Oise, le sous-préfet de Mantes, les maires de Mantes, de Limay, de communes du canton, et de représentants de la presse locale et nationale. Quelques jours plus tard, le 26 mai, le conseil municipal offre une concession à perpétuité au cimetière et une souscription permettra d’édifier le monument toujours en place.
Une nouvelle plaque
Le 12 mai dernier, le conseil municipal de la ville commémorait l’événement, se rassemblant devant le monument, et surtout, en y ajoutant une plaque. En 1991, à l’occasion de travaux de terrassement pour la construction de la chapelle, les restes du puits ont été mis au jour. Ils ont, depuis, disparu sous l’édifice. Seul le monument funéraire conserve aujourd’hui la mémoire de ce fait divers tragique pour plusieurs familles, qui a marqué l’histoire de Juziers.
Thierry Andro




