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A Guerville, Arnaud Plassais, ingénieur de recherche au centre technique du groupe Italcementi, teste les propriétés dépolluantes du nouveau ciment. |
Entendons-nous. Il ne s’agit pas de mollir sur les réductions de gaz à effet de serre, d’oublier les économies d’énergie, de tourner le dos aux biocarburants, aux voitures propres. Tout ce qui peut contribuer à réduire la pollution sur notre bonne vieille terre est plus que jamais à l’ordre du jour.
Mais voilà que dans la bataille pour sauver la planète arrive une arme d’un secteur où on ne l’attendait pas vraiment : celui des cimentiers ! Le monde du béton à la rescousse de l’écologie. qui l’eut cru ! Et pourtant c’est bien dans le laboratoire des Technodes à Guerville que deux produits révolutionnaires en matière d’environnement ont en partie été mis au point. Deux ciments : le “TX Arca” aux propriétés autonettoyantes et peut-être plus fort encore, le “TX Aria” capable de diminuer les taux de pollution atmosphérique. Explications.
Pas de magie dans tout cela, mais beaucoup de recherche : « C’est le fruit de dix années de travail acharné des ingénieurs et des scientifiques du centre technique du groupe Italcementi*, qui travaillent sur les sites de Guerville et de Bergame en Italie », explique Fabrice Decroix, ingénieur chef de projet au service innovation. Après avoir passé les différentes étapes de certification, les deux ciments du futur sont sortis du labo pour passer à la phase commerciale.
Les bienfaits de
la photocatalyse
Pour mettre au point ces matériaux, les chercheurs se sont appuyés sur le principe actif de la photocatalyse. Petit cours de chimie à l’usage des béotiens : la photocatalyse est un phénomène naturel dans lequel une substance, appelée photocatalyseur, sous l’action de la lumière (“phos“ en grec), accélère la vitesse d’une réaction chimique (catalyse). Lors de cette réaction, le catalyseur n’est ni consommé, ni altéré. Autrement dit, il reste pérenne. Pas question de dévoiler des secrets de fabrication jalousement gardés, sachons seulement que le photocatalyseur utilisé pour ces deux ciments de l’avenir est de l’oxyde de titane. « Sous l’action de la lumière, l’oxyde de titane engendre la formation de molécules très actives, capables de décomposer des substances organiques et inorganiques », précise Fabrice Decroix.
60 % de pollution en moins ?
Le procédé est appliqué depuis une dizaine d’années à différents matériaux (verre, céramique et liants cimentaires) pour obtenir un effet autonettoyant (lire en encadré). Les recherches concernant l’effet “purificateur de l’air” sont plus récentes. « Elles ont été réalisées dans le cadre du projet européen Picada », précise Fabrice Decroix. Quels sont les pouvoirs de ce ciment tueur de pollution ? Il piège à la surface du béton les émissions nocives comme l’oxyde d’azote (NOx) les composés organiques volatiles (COV, benzène, toluène) produits par nos voitures, nos chauffages, nos industries et les transforme. Les NOx deviennent des sels de nitrate de calcium et les COV deviennent de l’eau et du dioxyde de carbone. Les tests ont été menés sur le site pilote de Guerville où une rue avec toute sa pollution a été reconstituée. Ils ont montré que le ciment TX Aria pouvait faire baisser le taux de pollution atmosphérique de 20 à 80 %. Des expérimentations grandeur nature réalisées en Italie à Milan et Bergame ont relevé une suppression des pics de pollution et une réduction de 60 % de la teneur en oxydes d’azote (NOx).
Ce nouveau ciment a passé toutes les phases de certification. Il est désormais disponible sur le marché. « Ce ciment peut entrer dans la réalisation de tous les aménagements urbains, routes et autoroutes en béton, pavés autobloquants murs antibruit, équipements publics », souligne Fabrice Decroix. Son service part aujourd’hui à la rencontre des donneurs d’ordre, cabinets d’architecte, bureaux d’études, collectivités territoriales. L’ambassade de Chine, l’Arabie Saoudite, entre autres, mais aussi le conseil général des Yvelines se sont montrés intéressés.
L’opération d’intérêt national (OIN Seine Aval) qui prévoit la construction de routes, de logements et d’équipement publics dans la vallée de la Seine sera peut-être l’occasion d’utiliser le béton du futur.
* Ciments Calcia appartient au groupe italien Italcementi Group.
Toujours plus blanc !
En France, le ciment dépolluant est commercialisé seulement depuis cet été. Le ciment autonettoyant, lui, existe déjà depuis plusieurs années. Par rapport à un ciment classique, le surcoût est de l’ordre d’un ou deux pour cent, mais les économies d’entretien engendrées le rendre compétitif.
Le premier bâtiment réalisé avec la gamme TX Arca est l’église Dives in Misericordia de Rome bâtie en 1997 par l’architecte Richard Meier en béton blanc. L’hôtel de police de Bordeaux, l’îlot Mernoz à Maisons-Laffitte, la cité des arts et de la musique de Chambéry ont également été construits en béton autonettoyant. Le chantier le plus spectaculaire qui utilise la version que vient de lancer Calcia se situe à Montreuil-sous-Bois (93). Dessiné par l’architecte Dominique Coulon, le centre dramatique national commence à prendre forme. « Ce matériau permet d’offrir aux façades une qualité esthétique permanente tout en donnant une luminosité accrue et persistante au parement », commente l’architecte dans une revue spécialisée.




