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Sékou venait de descendre du deuxième étage, balcon par balcon, lorsque le policier a tiré. |
Sékou, 14 ans, a perdu un œil mercredi, aux Mureaux. L’adolescent a reçu à bout portant une balle de caoutchouc tirée par un policier armé d’un flash-ball. Des témoins racontent la scène. Les policiers reconnaissent un “accident malheureux”.
Il est 18 h 20 mercredi 6 juillet. Les policiers sont appelés rue Jean-Jacques Rousseau pour ce qui s’apparente à un cambriolage. Il s’agit en fait de déloger les squatteurs d’un appartement vide du deuxième étage, dans un immeuble voué à la démolition où une dizaine de logements sont encore occupés. C’est le terrain de jeux favori des gamins de la Vigne-Blanche. Selon la police, le squatt avait été vidé récemment, fracturé et à nouveau occupé.
Dans l’escalier qui mène aux étages, un policier armé d’un flashball est averti que les occupants tentent de se sauver par une fenêtre. Il rebrousse chemin, contourne l’immeuble et voit Sékou. À partir de ce moment-là, les versions des témoins de la scène et des policiers divergent (lire plus bas). L’adolescent est le dernier des cinq jeunes à être descendu du deuxième étage, balcon par balcon. Le policier aurait eu l’impression qu’il tentait de ramasser quelque chose au sol, ce que nient farouchement les témoins. Le doigt du policier est sur la gâchette de son flashball, une arme qui tire des balles en caoutchouc de la taille d’une balle de tennis, et le cran de sûreté a été enlevé. Le coup part et atteint Sékou à l’œil gauche.
Le garçon est d’abord transporté à l’hôpital de Poissy avant d’être dirigé vers celui des Quinze-Vingt, à Paris, spécialisé dans la chirurgie ophtalmologique. Vendredi, les médecins l’ont opéré mais ils n’ont pas pu sauver son œil. Son père est allé au commissariat pour déposer une plainte. L’Inspection générale de la police nationale mène l’enquête.
F.A., F.L. et L.V.
Sabri, animateur au centre social : « J’ai vu toute la scène »
« Il était entre 18 h30 et 18 h 45. Je réparais une pompe à eau d’aquarium dans la cuisine du centre social de la Vigne Blanche qui se trouve juste face au bâtiment où l’incident a eu lieu. J’ai vu deux ou trois jeunes faire le tour du bâtiment en courant, tandis que trois autres descendaient par la fenêtre et le balcon du deuxième étage. De la rue, j’ai vu des policiers se diriger vers le bâtiment avec des flash-balls. J’ai vu Sekou qui descendait par le balcon du deuxième étage. Tout au long de sa descente, je lui ai recommandé d’aller doucement, je lui ai crié “ne fais pas n’importe quoi !”. Je craignais qu’il fasse une chute.
Pourquoi la tête ?
Il se pendait au balcon quand la police est arrivée. Alors qu’il pendait à un mètre du sol du premier étage, il est tombé et s’est recroquevillé. Il n’avait aucun bâton, ni barre de fer et n’était pas menaçant. Il a levé les mains. Le policier en tenue a mis un pied en avant puis un autre en arrière et s’est mis en position de tir en pointant Sekou avec son arme sans l’avertir. J’ai entendu la détonation et Sekou est tombé face contre terre en se tenant la tête dans les mains. Il ne bougeait plus. Un policier en civil s’est approché et lui a mis des coups de tonfa sur les jambes et dans les côtes et l’a menotté. Lorsqu’il a vu le visage de Sekou en sang, il a compris et a semblé inquiet, il l’a relevé, retiré les menottes et mis en position assise contre le mur. Puis le policier en civil a rejoint les deux gardiens de la paix pour se mettre en sécurité. Pendant ce temps, la mère de Sekou est arrivée sur les lieux alertée par des voisins et s’est mise à crier en voyant son fils la tête en sang. C’était horrible.
J’ai été discuté ensuite avec le gardien de la paix qui a tiré le coup de flash-balls. Je me suis présenté, en lui déclarant que j’étais animateur au centre social de la Vigne Blanche. Je lui ai dit : “Je sais que vous faites un travail difficile... Mais pourquoi avoir tiré à la tête ? Si vous vous sentiez en danger, pourquoi ne pas avoir visé les jambes ?“ Il m’a dit qu’il avait paniqué.
Le commissaire de police des Mureaux, que je connais pour son grand sens du dialogue, s’est ensuite déplacé sur les lieux avec plusieurs policiers en civil qui ont cherché à calmer le jeu. J’ai entendu le commissaire demander à ses hommes d’ôter leurs casques en expliquant qu’une erreur avait été commise. Il a eu une attitude très courageuse... Il a affirmé qu’il y aurait une enquête. J’ai moi-même été auditionné deux fois par l’Inspection générale des services depuis, ainsi que six ou sept autres personnes qui étaient sur les lieux de l’incident.
Ne pas avoir peur de témoigner
Beaucoup ont peur de témoigner. Cette barrière, il faut la casser. Il ne faut pas avoir peur de la police. C’est ce que j’ai dit aux jeunes et aux mères de familles présents. Avec le personnel du centre social présent en nombre autour, avec les personnes âgées du quartier qui se trouvaient là aussi, nous leur avons demandé de ne pas en faire un prétexte de représailles contre la police. J’ai demandé à l’IGS que la population soit informée des suites de l’enquête. Il faut que la sanction soit exemplaire et que le public le sache ».
La police : « Un accident malheureux »
« C’est une triste affaire, un accident malheureux », reconnaît le directeur départemental de la sécurité publique, Christian Sonrier. « Le gardien de la paix est âgé de 26 ans. Il est habilité à l’usage du flash-ball depuis 2004. Il a été entendu lors de l’enquête interne. Il regrette terriblement ce qui s’est passé ».
Le directeur départemental de la sécurité publique confirme que l’arme n’était pas en position de sécurité. « Il est vrai que lorsqu’on court, avec cette arme, on prend des risques et que la sécurité doit être enclenchée par mesure de protection », ajoute-t-il.




