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Devant la mairie d’Ecquevilly trône le buste d’Henri Deutsch de la Meurthe. |
L’association «De Fresne à Ecquevilly» (A.F.E.) a choisi de consacrer son exposition à Henry et Suzanne Deutsch de la Meurthe. Leurs descendants assisteront, ce samedi, au vernissage de l’exposition composée de documents originaux, de photos et de coupures de presse concernant leur famille.
Ils sont peu nombreux les amateurs d’histoire locale à connaître l’action de ces deux fortes personnalités. Pourtant Henry et Suzanne Deutsch de la Meurthe ont œuvré pour les industries automobile et aéronautique mais aussi pour le village. Aujourd’hui, seuls un buste situé près de l’église et des plaques de nom de rue ou de place témoignent de leur existence.
Des pétroliers fortunés
Henry Deutsch de la Meurthe est né le 25 septembre 1846 à Paris. Après des études au Collège Sainte Barbe, il obtient le diplôme d’ingénieur de l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures avant d’entrer dans la société fondée par son père Alexandre. Venu de Lorraine, son père s’était lancé dans la transformation des huiles végétales destinées à l’éclairage. En 1861, le père achète les premiers fûts de pétrole brut arrivés de Pennsylvanie avant de devenir le premier importateur puis le premier raffineur en 1876. À la mort de son père, Henry prend en charge la direction technique de l’entreprise alors que son frère Emile s’occupe de la gestion et des affaires commerciales.
En 1889, Henry Deutsch de la Meurthe est membre du jury à l’exposition universelle où il organise la Section de l’industrie en créant un Musée scientifique et industriel du pétrole. L’année d’après, il présente la première voiture à pétrole française au Président de la République Sadi-Carnot. « C’est dans le moteur à gazoline que se trouve la solution du problème de la navigation aérienne », affirme-t-il alors. Son intérêt pour l’aéronautique ne va cesser de grandir. Il crée le Prix Deutsch de la Meurthe pour lequel les concurrents doivent boucler en moins d’une demie-heure, un circuit aérien aller-retour de la colline de Saint-Cloud à la Tour Eiffel. Il fait construire en 1906 un dirigeable, le «Ville de Paris», qu’il offrira plus tard à l’Etat. C’est sur un de ses hydroaéroplanes (ancêtre de l’hydravion) qu’il embarque aux Mureaux pour aller visiter ses raffineries de Rouen.
Le domaine de Romainville
À la fin du XIXe siècle, Henry Deutsch de la Meurthe achète le domaine de Romainville, sur les hauteurs d’Ecquevilly, où il fait construire une immense maison avec des dépendances de style anglo-normand. Tous les Ecquevillois ou presque y travaillent toute l’année. Quinze jardiniers, cinq gardes-chasse, quatre chauffeurs, cuisiniers, valets et femmes de chambre formaient l’équipe d’entretien et de service. Les parties de chasse dans les bois et les plaines, les réceptions mondaines et les représentations données dans le théâtre du domaine attirent alors le Tout-Paris élégant.
Grâce à son influence encore, Henry Deutsch de la Meurthe a fait édifier une nouvelle caserne de gendarmerie où il fit loger une brigade à cheval. La commune va recevoir ensuite des crédits de l’Etat pour entreprendre des travaux d’adduction d’eau.
Sa passion pour les engins mécaniques lui coûte la vie. Sorti indemne d’un accident de voiture sur la route de Meulan en 1902, une sortie en canot à moteur sur l’étang du domaine de Romainville lui sera en effet fatale en 1919.
Dans la lignée de son père
Suzanne, sa troisième fille, née le 20 septembre 1892, prend alors la relève en poursuivant l’œuvre de son père. Passionnée par l’aéronautique depuis sa plus tendre enfance, Suzanne fait de l’avion son moyen de transport favori. Elle survole la France et l’Europe et vient à Ecquevilly par voie aérienne. « L’avion annonçait son arrivée en effectuant une boucle au-dessus de Romainville avant d’aller se poser aux Mureaux. Le chauffeur ainsi prévenu pouvait alors aller chercher sa patronne », raconte Roger Brousse, le propriétaire de nombreux documents réunis pour l’exposition.
La jeune femme, qui s’est portée volontaire pour devenir infirmière bénévole pendant la guerre 14-18, s’illustre aussi par son action de soutien à l’éducation. Ainsi à Ecquevilly, elle subventionne les activités scolaires, finance l’entretien des salles de classe, offre une radio et un appareil cinématographique à l’école. En lisant son testament, on apprend ainsi qu’elle a légué 20 000 francs à la municipalité pour la réfection de l’ancienne mairie.




