A Limetz-Villez, particuliers et entreprises ne disposent pas encore de l’Internet rapide, mais il apparaît déjà comme une nécessité. Des habitants de la commune affirmeraient même qu’ils sont disposés à travailler pour le compte de leur entreprise à leur domicile. Mais, selon France Telecom, la situation géographique de Limetz n’est pas sans présenter des obstacles à l’arrivée de l’ADSL.
En déposant des formulaires type dans les boîtes aux lettres il y a quelques jours, les époux Liger ne s’attendaient pas à des réponses aux nombreuses. Le maire de la commune, Michel Obry, non plus. Pas moins de 159 demandes d’accès à cette technologie, permettant d’accélérer la transmission des données sur le web, viennent d’être recensées. Des réponses émanant de « jeunes qui ont besoin du haut débit pour leurs études », selon René Liger, mais aussi - et c’est la principale surprise de ce « sondage » improvisé - de personnes qui se disent prêtent à travailler pour leur entreprise à leur domicile : « Ce ne sont pas des gens embauchés à la production, mais plutôt à des postes de comptabilité, de gestion par exemple, dont les tâches peuvent être effectuées à la maison, grâce à l’Internet. Aujourd’hui, elles ne peuvent pas le faire ».
Ces salariés ou particuliers ne sont pas les seuls à réclamer le haut débit. Les entreprises locales en ont besoin aussi. A l’image, justement, de celle qu’exploite la famille Liger. Une petite société spécialisée dans la réalisation de logiciels informatiques notamment, créée par René Liger.
« On ne peut plus s’en passer »
L’ancien responsable technique chez Thomson s’était mis à son compte en 1985. Précurseur, à 47 ans, il avait saisi l’intérêt de travailler à domicile pour y réaliser une partie de ses missions professionnelles. Aujourd’hui en retraite, il donne un coup de main à son fils qui a repris l’affaire, et planche, entre autres, sur des programmes destinés à des cabinets d’audits. Le besoin d’ADSL (le haut débit via les lignes téléphoniques) a émergé « progressivement, depuis deux ou trois ans, explique René Liger. Nos fournisseurs, par exemple, éditent de moins en moins de catalogue papier de leurs produits. D’autant qu’ils sont souvent volumineux. Regardez, celui-ci fait plus de 2 200 pages ! Ils sont donc mis en ligne sur leur site Internet sur lequel sont aussi directement faits les achats. Plus personne ne peut se passer de l’ADSL désormais ».
« 20 % des lignes éligibles à l’ADSL »
Limetz-Villez sera-t-elle raccordé à l’autoroute de l’information pour autant ? Par un récent courrier, Michel Obry a attiré l’attention de France Telecom en ce sens, comme le confirme le service communication de l’opérateur qui indique qu’à ce jour « 10 % des lignes sont éligibles » à l’accès haut débit. Un taux de couverture qui pourrait atteindre « 20 % au mieux, à l’horizon 2005 ». Une couverture totale de la commune semble, en revanche, lointaine. En effet, pour fonctionner normalement, la technologie ADSL nécessite une distance géographique entre l’abonné et le central téléphonique de l’opérateur de 3 km maximum en moyenne. Or, Limetz ne dispose que d’une armoire de « sous-distribution », aux abords de la mairie, elle-même reliée au central de Bonnières.
Selon les calculs de René Liger, la distance qui sépare les abonnés de la route des Vignes du central serait donc de 8 km. « Dans ces conditions, estime l’ancien technicien, je ne vois pas beaucoup d’habitants de Limetz éligibles à l’ADSL haut débit ».
De façon très simpliste, l’opérateur devra faire de très lourds investissements pour remettre à niveau le réseau de la commune et le doter d’un central ad hoc qui vaut « plusieurs dizaines de milliers d’euros », selon France Telecom.
« Je ne le vois pas donner suite », reprend André Liger. Et de songer plutôt à d’autres technologies pour amener le haut débit dans la commune. La boucle locale radio (BLR) ou Wifi, qui utilisent des liaisons hertziennes, en sont des exemples. Certains opérateurs proposent ce genre de solution.
Peuvent-elles convenir à Limetz ? Eventuellement aux communes alentour confrontées à la même situation ? Dans quels délais ?Sont-elles financièrement intéressantes pour les usagers et rentables pour les fournisseurs potentiels ? Autant de question en suspens pour l’instant.
12 communes en « zone d’ombre »
Limetz-Villez n’est pas la seule commune confrontée à un obstacle technique empêchant l’accès au haut débit par liaison téléphonique. Comme elle, onze villages des Yvelines sont situés en zone d’ombre : Boissy-sans-Avoir, Chapet, Civry-la-Forêt, Gommecourt, Grandchamp, Guernes, Jeufosse, Le Tartre-Gaudran (une partie du territoire), Lévis-Saint-Nom, Saint-Lambert-des-Bois et Saint-Martin-la-Garre devront aussi se tourner vers des technologies alternatives. Le conseil général, qui souhaite favoriser un meilleur maillage en réseaux de télécommunication, a créé la Mission du développement numérique, en octobre dernier. Ses trois membres apportent des conseils techniques aux élus locaux, les aident dans le montage de leur projet et les orientent vers les dispositifs de financement existants pour les réaliser.
Si les systèmes hertziens représentent effectivement des alternatives, selon Laurent Braconnier, responsable de la mission, « la BLR est un modèle économique particulier, précise-t-il. Il n’est pas évident qu’il puisse représenter une solution. Quant au Wifi (autre système d’onde radio), c’est un système très récent. Des associations et des élus y ont recours, mais il repose sur la bonne volonté : il semble moins cher, mais sa maintenance peut être problématique car les mises à jour techniques sont fréquentes ».




