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L’égalité des chances au cœur du débat sur l’avenir de l’école
200 personnes réunies à l'Agora
Le Courrier de Mantes
Publié le:  24 décembre 2003

Elus, chefs d’établissements, représentants du monde associatif, chefs d’entreprises, responsables de la formation par alternance : la société civile a largement répondu à l’appel du sous-préfet pour participer au grand débat sur l’école qui se tenait jeudi soir à l’Agora à Mantes-la-Jolie. On y a parlé de l’égalité des chances de l’orientation et des relations école-entreprise.

« Notre système éducatif cherche un nouveau souffle. L’école interpelle l’Etat et la nation. Le moment est venu pour le pays de se rassembler autour de ce qu’il désire pour sa jeunesse et de renouveler le pacte qui le relie à l’école. C’est le sens du débat engagé par le chef de l’Etat et le gouvernement sur l’avenir du système éducatif ». En ces termes, Pierre Lambert, le sous-préfet de Mantes a introduit le grand débat sur l’école.

Pour les enseignants, 250 réunions ont déjà eu lieu dans les établissements scolaires du département (collègues et lycées) et dans les circonscriptions (écoles élémentaires et maternelles). Jeudi soir à l’Agora à Mantes-la-Jolie, c’était au tour de la société civile de plancher sur le sujet. Plus de 220 personnes avaient répondu à l’invitation : des élus, des parents d’élèves, des chefs d’établissements, des associations, des chefs d’entreprises, quelques élèves aussi.

Premier thème abordé : “vers quel type d’égalité l’école doit-elle tendre ?” et premiers témoignages recueillis à travers un reportage vidéo réalisé par “Mémoires plurielles”. Pour étayer le débat, l’association a tendu le micro à des collégiens. L’égalité des chances, ils n’y croient guère : “Dans les BEP, il n’y a que des émigrés, comme moi”, explique un jeune. “Au collège, on n’apprend pas les choses qui servent dans la vie”, estime une jeune fille.

Pour le maire de Boinville-en-Mantois, qui témoigne lui aussi dans le film, donner l’égalité des chances, c’est pouvoir accueillir les enfants de sa commune rurale à l’école, mais aussi à la cantine et pendant le temps périscolaire alors que les parents sont au travail.

Retour en ville au collège Paul-Cézanne, au cœur du Val-Fourré, où le principal voudrait organiser des études dirigées pour accueillir les élèves, tous les jours de 17 h 30 à 19 heures.

Premier constat souligné par Patrick Wassef, animateur du débat : l’égalité des chances révèle des problématiques très différentes selon les interlocuteurs.

L’orientation : un problème-clé

L’égalité des chances est aussi un problème qui dépasse largement le cadre de l’école, comme l’a fait remarquer Aziz Senni, le président des Jeunes entrepreneurs du Mantois. “Il y a aussi la famille, le quartier et la vie sociale”. L’égalité des chances existe-elle pour des élèves issus d’un périmètre très déterminé d’une cité vivant tous dans un milieu social identique ? Les intervenants ont ainsi posé le problème du manque de mixité.

Il a également été question de l’orientation scolaire, une étape difficile qui est parfois à l’origine d’échecs cuisants.

“Peut-on suivre l’orientation que l’on veut ? C’est la clé de tout le problème”, estime Timothée, un jeune étudiant d’HEC qui a fait sa “prépa” au lycée St-Exepuréry à Mantes. “Laissez vos enfants faire leurs études à Mantes, ils réussiront”, a-t-il ajouté dans un vibrant plaidoyer.

Mais il n’y a pas que les hautes études, il y a aussi la formation professionnelle. Question : “Est-elle une voie poubelle ?” Les représentants de la formation par alternance et les chefs d’établissement de l'enseignement professionnel témoignent que non et affichent leur taux de réussite. Il n’empêche que jeunes et parents ne s’y engagent pas avec enthousiasme.

Pour les jeunes en échec scolaire, faut-il prévoir une orientation plus tôt ? Faut-il envisager la fin du collège unique ? Les avis sont partagés. “Les études montrent que les pays qui réussissent le mieux sont ceux où la scolarité commune est la plus longue”, défend un professeur.

Autre thème : les relations entre l’école et l’entreprise. Plusieurs intervenants ont prêché pour une meilleure connaissance du monde de l’entreprise qui pourrait passer par plus de stages et de nouveaux partenariats.

Autant dire que le débat a été varié. Reste maintenant à faire remonter les témoignages à la commission nationale qui devra dépouiller toutes les synthèses et en extraire la substantifique moelle. Un gros travail.


Les profs dénoncent un débat « poudre aux yeux »

Avant l’ouverture de la discussion près d’une centaine d’enseignants du Mantois se sont invités à l’Agora pour protester contre la tenue même du débat national sur l’école. « Notre conviction est qu’il n’y a là que poudre aux yeux, que grossière opération de communication destinée à faire croire à un « diagnostic partagé » qui sera la caution de nouveaux mauvais coups qui se préparent », affirment les profs dans un tract distribué à l’entrée de l’Agora et lu par leur porte-parole devant un public d’abord médusé, puis agacé. Le tract signé « Les personnels de l’Education Nationale » regroupe, semble-t-il, la FSU, le SNES et « de nombreux enseignants non-syndiqués », précise une signataire.

Le conflit du printemps dernier, qui a opposé les profs au gouvernement, a laissé un goût amer dans le monde enseignant : « A quoi bon s’interroger sur l’utilisation des moyens (NDLR : la question n° 20 proposée par la commission nationale du débat sur l’avenir de l’école) dont l’école dispose quand le gouvernement diminue de nouveau ces moyens en faisant voter un budget qui multiplie les suppressions d’emplois (1 500 emplois d’enseignants, 1 000 emplois administratifs, 2 500 emplois de stagiaires dans le secondaire) et de crédits pédagogiques. Quand le budget voté se traduit par une diminution drastique des fonds sociaux collégiens et lycéens destinés aux familles ».

Après cette prise de parole acceptée par les organisateurs du débat, les enseignants ont quitté la salle.




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