A l’étroit dans ses locaux de Versailles et Voisins-le-Bretonneux, le centre de formation d’apprentis de la chambre de Métiers envisage de s’installer à Mantes. Aucun calendrier n’est pour l’instant annoncé, mais cette délocalisation inquiète ses personnels enseignant et administratif. D’autant que d’autres établissements publics du Mantois proposent des formations comparables.
Le projet n’est pas nouveau. Qu’il s’agisse de la direction du CFA ou de ses personnels, tous sont d’accord pour affirmer que les locaux de Versailles ont fait leur temps. Bâtis voici trente ans, ils sont surtout devenus trop exigus pour accueillir les élèves en formation. Aucun préau n’est à leur disposition pour les protéger des intempéries. Pas de lieu de vie non plus pour une éventuelle cafétéria. Faute de pouvoir pousser les murs, la solution demeure un changement d’adresse.
« Nous avons actuellement 4 500 m2, il nous en faut 6 000 », estime le président de la Chambre de métiers Bernard Carlier.
Des risques de « doublons »
Dans le Mantois aussi le transfert du CFA suscite des questions. Les formations mécanique automobile, coiffure et restaurant (service) que propose le centre versaillais ne risquent-elles pas de provoquer des doublons avec celles respectivement dispensées par les établissements de Mantes-la-Jolie (CFA Jean-Rostand), Magnanville (lycée professionnel) et Mantes-la-Ville (lycée professionnel) ? Leurs responsables le craignent : « Il existe une réelle inquiétude de l’équipe d’enseignants parce qu’on ne sait pas s’il y aura des impacts directs sur nos établissements », déclare Christian Montet, proviseur du lycée Claudel.
« Les trois formations que nous proposons n’ont rien à voir avec celles des lycées professionnels, rétorque Bernard Carlier. Au CFA, il s’agit d’alternance. Nos jeunes passent une partie de leur temps en entreprise. Ils sont salariés. En lycée professionnel, ils sont présents en permanence dans l’établissement. »
Camille-Claudel, comme le CFA versaillais, compte une mention “ traiteur ” dans son offre de formations. Sur ce point, Bernard Carlier admet une concurrence. « Heureusement qu’elle existe, ajoute-t-il. Pour les parents, ce sera l’occasion de choisir le meilleur apprentissage, mais je ne pense pas que l’on ira puiser dans le “vivier local”. »
C’est autour de ce postulat partagé par la direction et les personnels du centre de formation qu’une réflexion a été engagée il y a quatre ans. Selon Bernard Carlier, la recherche d’un nouveau lieu d’accueil pour les 1 800 élèves et les personnels a amené la direction du CFA à contacter « trente-cinq » communes différentes. « Certaines nous ont carrément dits “non”, explique-t-il. Il faut être clair, le problème ne vient pas de nos jeunes, mais des produits financiers communaux que nous n’apportons pas puisque nous ne payons pas de taxe professionnelle ».
« Un site fabuleux »
Selon le président, l’hypothèse d’une implantation dans le Mantois s’est confirmé en 2002 au cours d’échanges avec Pierre Bédier et Annette Peulvast. Le nouveau CFA pourrait être installé sur le territoire de Mantes-la-Ville, non loin de la gare SNCF.
« Le site est fabuleux, commente Bernard Carlier. On nous propose un hectare et demi proche de la gare », facilitant ainsi l’accès des apprentis à leur centre de rattachement. « Pour nos élèves de Houilles ou de Saint-Germain, le temps de trajet serait de trois-quarts d’heure maximum ».
« Hérésie »
Cependant, admet Bernard Carlier, convaincre ses collaborateurs n’est pas aisé. Pour preuve, lundi dernier, alors que l’assemblée générale de la chambre de Métiers entérinait le principe d’un transfert des treize formations et des personnels vers l’agglomération mantaise, enseignants et administratifs se sont mis en grève et ont protesté sous les fenêtres de la chambre consulaire.
Dans un communiqué daté du 14 novembre, ils dénoncent « l’hérésie » du projet. « Il y a un problème de localisation, estime Dany Bonnin, déléguée CFDT, s’exprimant également au nom de la CGT. Mantes est trop excentré dans le département, surtout pour les personnes venant du sud. Ensuite, poursuit la déléguée, l’offre de formations du Mantois est déjà considérable. Il risque d’y avoir une concurrence directe ou indirecte avec les formations proposées par l’Education nationale. L’exemple est flagrant sur la mécanique ».
La crainte d’une chute des effectifs est aussi source de questionnements. Toujours d’après leur communiqué, les personnels avancent une perte de 40 à 45 % des apprentis. « La direction elle-même s’y attend ! », ajoute Dany Bonin. Et de s’interroger ainsi sur la « pérennité » du CFA.
Bernard Carlier assure entendre le message des grévistes : « Je comprends le mouvement de contestation de ces personnes qui ont acheté ou loué un appartement ou une maison près de Versailles. Mais nous devons avoir un outil moderne pour les vingt ou trente prochaines années. Mantes est une chance », insiste-t-il.




