Francine Carrière
Le Courrier de Mantes
Publié le 26 mars 2003
Thierry Fontaine aurait pu être photographe. Mais la passion des orchidées en a décidé autrement. Après avoir exercé différents métiers pour vivre, fait grandir sa collection de plantes exotiques, tenté moult expériences de culture basées sur l’étude du biotope, voilà qu’il s’apprête à ouvrir boutique à Meulan.
Un bout de jungle qui surgit d’une vitrine sans enseigne rue Haute à Meulan. L’envie irrésistible vous prend de pousser la porte pour voir ce qui se passe à l’intérieur, rencontrer le maître de ces lieux.
Sitôt dans la boutique, une sensation étrange et inconnue pénètre en vous, comme si vous si vous aviez été téléporté quelque part dans une forêt tropicale d’Asie ou d’Amérique. La moiteur, les parfums, le ruissellement de l’eau, les bruits de la faune : tout vous enveloppe en douceur. La jungle, mais sans la peur. Vous êtes encore en train de vous demander si vous n’avez pas un peu forcé sur la tisane de la veille, quand sort de l’arrière-boutique, entre deux fougères géantes, un jeune homme souriant à la démarche légère.
Lui n’est pas surpris de vous voir là. “Vous n’êtes pas la première. Dès que les gens passent devant la vitrine, ils s’arrêtent. Beaucoup entrent par curiosité. Même si ce n’est pas encore ouvert, je les accueille. On discute. Je leur explique ce que je fais”, raconte Thierry Fontaine, tout heureux de fairepartager sa passion pour les orchidées.
A l’âge où les petits garçons jouent aux voitures, lui s’intéresse aux plantes et aux animaux, les poissons d’aquarium, mais aussi les reptiles, les batraciens, les insectes, les singes. “Famille d’ouvriers. On n’était pas riches. Ce n’était pas possible de voyager pour voir la flore et la faune dans leur milieu naturel. Mais, j’ai eu tout un tas d’animaux. J’étudiais, j’observais, je nourrissais ma petite ménagerie. Je me documentais beaucoup dans de vieux bouquins traduits de l’allemand”. Thierry allait aussi dans les serres et dans les zoos. “Une façon de voyager presque gratuitement”.
Son amour pour la nature reçoit une écoute compréhensive de ses parents. Mais à l’heure de choisir un métier, on le destine à la photographie. Il est accepté à l’école Louis-Lumière, où il fera un an et demi de formation avant de tout abandonner : “Le monde végétal me manquait. Grâce à Marcel Lecouffe, un des plus grands orchidéistes d’Europe, je venais de découvrir un moyen de me procurer des orchidées en pot. J’ai laissé tomber la photo pour faire un CAP de floriculteur en apprentissage chez lui et au lycée horticole de St-Gemain-en-Laye”.
Très vite sa collection prend de l’ampleur pour atteindre 500 spécimens. “L’orchidée est une plante fascinante. Il en existe plus de 30 000 variétés. On en trouve partout dans le monde, sous tous les climats, toutes les latitudes. Par ses capacités d’adaptation, c’est le végétal le plus intelligent, celui qui se rapproche peut-être le plus de l’humain”.
Passion dévorante qui le pousse à aller découvrir ces plantes extraordinaires dans leur biotope, d’abord aux Antilles, puis plus récemment en Asie du sud-est. “C’est indispensable. J’ai pu faire des expériences d’acclimatation, pousser mes observations plus loin. En étudiant les plantes dans leur milieu naturel, on apprend des choses qui ne sont pas dans les livres”. Bref, Thierry Fontaine devient expert pour élever les orchidées, les soigner, les guérir. S’il ne craignait quelque moquerie, on pourrait dire qu’il sait leur parler.
Vendeur de fleurs dans un magasin appartenant à Edmond de Rotschild, ouvrier à l’usine, factotum aux Antilles : il a fait mille métiers pour faire vivre sa passion jusqu’au jour où ses amis l’ont convaincu de transporter le décor de son salon et sa collection de plantes dans la petite boutique de la rue Haute.
Avant d’ouvrir son magasin, il lui faut faire un stage de gestion informatique et trouver quelques fonds qui lui manquent encore.
Mais si vous avez envie de découvrir son univers, où si vous avez chez vous une orchidée mal en point n’hésitez pas à franchir la porte. Il vous recevra avec une gentillesse rare.
ITINERAIRE
• 1965 : naissance à Paris
• 1982-83 : découverte des orchidées et apprenti floriculteur chez Marcel Lecoufle.
• 1989 : premier voyage à la découverte du biotope des orchidées aux Antilles.
• 2000 : rencontre avec des producteurs en Asie du sud-est.
• 2001 : essais réussis de culture in vitro.
• 2003 : installation, rue haute à Meulan.



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