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Encore un hiver dehors pour les Roms d’Achères ?
Un collectif d’élus franciliens réagit


Delphine Noyon

Le Courrier de Mantes
Publié le  30 octobre 2002
— L’urgence sanitaire et humanitaire du camp d’Achères inquiète la municipalité.

À Achères, 150 Roms roumains s’apprêtent à passer un deuxième hiver dans des caravanes bringuebalantes. Le maire d’Achères avec quatre autres élus franciliens crée un collectif pour faire pression sur le gouvernement et avec la volonté de répondre à l’urgence sanitaire et humanitaire.

Des maisons de fortune. La pluie s’y infiltre, le froid y est aussi fort qu’à l’extérieur. Sans chauffage et sans électricité, les familles appréhendent déjà les souffrances à venir dans leurs caravanes délabrées. Cent cinquante Roms, installés sur le chemin municipal entre forêt et carrière de sable, cohabitent à nouveau avec les rats qui ont trouvé refuge dans les tas d’ordures ménagères non ramassées. Depuis un an et demi qu’il existe, le bidonville n’a pas disparu des portes de la ville.

Le nombre des Tsiganes était tombé à 90 cet été mais il est remonté ces dernières semaines à un niveau proche de celui de l’hiver 2001. «On dort tout habillé parce qu’il n’y a pas de chauffage pour tout le monde. Il y en a même qui dorment dans des camions», lance un réfugié qui vit dans le camp d’Achères depuis avril 2001. «On n’a pas toujours des vêtements pour habiller nos enfants, il y a beaucoup de misère ici», poursuit une mère de trois enfants.

Les élus créent un collectif

Pour les élus franciliens, concernés par la présence de Roms sur leur territoire, et pour le maire communiste d’Achères, Alain Outreman, c’en est trop. Ils l’ont affirmé vendredi 25 octobre en créant un collectif. «Nous avons eu d’abord une écoute attentive de la préfecture, sans pour autant trouver de vraies solutions. Aujourd’hui, l’attitude de l’État se durcit, on nous dit qu’il faut qu’ils repartent chez eux ! Ce n’est pas la solution. L’État doit prendre ses responsabilités.» La municipalité d’Achères, comme celles de Bezons (95), L’Île-Saint-Denis (93), Éragny (95) et Nanterre (92), refuse de demander l’expulsion de ces personnes du territoire communal. Pour elle, cela ne réglera rien puisque les populations errent de ville en ville ensuite. Les Roms qui étaient à Sartrouville l’année dernière par exemple, sont pour une partie, ceux du campement de L’Île-Saint-Denis aujourd’hui. Et même ceux qui rentrent en Roumanie ne tardent pas à revenir en France, quelques mois plus tard, d’après les associations humanitaires. En tout, deux mille Roms seraient actuellement en Ile-de-France, installés dans dix-sept villes.

«On a décidé de prendre des initiatives communes pour nous faire entendre.» Les maires réclament des mesures urgentes pour les conditions d’hygiène et de santé dans ces camps, et le traitement des dossiers de demandes d’asile des Roms. «L’expérience montre qu’avec des papiers, ils travaillent et qu’il n’y a pas de problèmes. Et je ne crois pas que leur intégration déséquilibrerait le pays», affirme Alain Outreman.

L’urgence de la température

Les maires vont également demander une audience au ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Maire adjoint à Nanterre, Laurent El Ghozi veut croire à l’impact de ce nouveau collectif : «S’il n’est pas possible de régler la question du séjour tout de suite, il faudra au moins le minimum humanitaire : l’eau l’électricité, le chauffage et l’accès aux écoles pour les enfants.»

Parmi les urgences prioritaires aujourd’hui : les risques liés à la chute de température. «Il fait froid physiquement et dans les cœurs», lance Michel Bourgain, maire de L’Île-Saint-Denis. «Nous espérons la solidarité des instances de l’État, mais si rien ne bouge, nous ferons appel à la solidarité citoyenne. Ces gens ont le droit d’exister, sinon, il faut fermer l’Europe, barricader les villes… Aujourd’hui ils sont là, avec des enfants en bas âge, mais n’ont pas de bouteilles de gaz pour le chauffage. » Les saisons n’ont que faire du tourment des hommes…

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