C’est un débat certes microscopique, mais il a agité récemment quelques fervents de Georges Simenon, dans un forum anglophone dédié au commissaire Maigret. En voici résumé l’enjeu : dans Le Port des brumes (1932), le train du commissaire Maigret passe-t-il par Nantes ou par Mantes ?
Dans le texte original de Simenon, on lit : “Quand on avait quitté Paris, vers trois heures, la foule s’agitait encore dans un frileux soleil d’arrière-saison. Puis, vers Mantes, les lampes du compartiment s’étaient allumées. Dès Evreux, tout était noir dehors”.
Mais une internaute, Patricia Clark, a lu la traduction de Stuart Gilbert : “When the Cherbourg train left Paris, just before three, the cool, clear sunlight of an October afternoon still bathed the busy streets. Thirty miles later, when it was nearing Nantes, the lights had been turned on in the compartments. Half an hour later, when the train reached Evreux, it was quite dark”.
Elle écrit : “Paris-Evreux via Nantes, ce serait assez pervers, ça n’a aucun sens. S’agit-il d’une erreur d’impression ? L’erreur vient-elle de Simenon ou bien du traducteur ?”
Le modérateur du forum, Steve Trussel, se reporte au texte français, et suggère que l’erreur a été commise par un correcteur trop zélé, ignorant en géographie.
Richard Thomas signale que l’erreur a été reproduite dans une édition anglaise de 1944, après l’originale de 1941, et John H. Dirckx confirme que dans l’édition Harcourt de New York (1942), c’était aussi Nantes à la place de Mantes.
Steve Russel : se peut-il que Stuart Gilbert ait été aussi nul en géographie ?
Un nouvel examen de sa traduction dédouane Stuart Gilbert quelques jours plus tard. Traducteur pas toujours scrupuleux, Gilbert a pris quelque liberté avec le texte de Simenon, et il a ajouté cette précision kilométrique : “Thirty miles later...”.
Russel : “Il apparaît donc que Gilbert a fait des recherches sur les temps de trajet et les distances, il ne fait pas de doute que sa traduction originale mentionnait bien Mantes”. Le coupable est à chercher ailleurs... Voilà une enquête collective rondement menée qui fera que, peut-être, la prochaine traduction anglaise du Port des brumes ne sera pas fautive.
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