Frédéric Antoine
Le Courrier de Mantes
Publié le 10 avril 2002
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| "Encounters", Jean-Paul Riopelle. |
Le peintre québécois, au talent honoré en France, est mort le 12 mars dernier dans son manoir de l’île aux grues, au Québec, à l’âge de 78 ans. Avec Joan Mitchell, qui fut longtemps sa compagne, il a vécu à Vétheuil.
“La disparition de Jean-Paul Riopelle me peine comme celle d’un parent proche”, confie François Hilsum. Le peintre installé dans la région est à compter parmi les héritiers de ”l’école américaine”. Ce dernier qui exposait l’an passé à New-York après Paris, (à l’Orangerie du Sénat l’été dernier, et Hong-Kong, nous parle un peu du travail de l’artiste canadien, qu’il connaît bien. Les mêmes couleurs et les mêmes décors, à Vétheuil, Haute-Isle, la Roche-Guyon, Chérence et Saint-Cyr, ont fait cette parenté artistique avec Riopelle et celle qui fut sa compagne, elle-même disparue, Joan Mitchell. “Un ami commun, le peintre L. Kijno m’a dit combien la maladie le diminuait. Ces nouvelles terribles semblaient surréalistes lorsqu’on savait la fureur de vivre de Jean-Paul. Cet amour-passion de la vie est heureusement perrenisé par sa peinture”. Comme l’a expliqué Joan Mitchell :“la mémoire visuelle engrange les images de la nature et les émotions qu’elle suscite”. “Cette mémoire devient une sorte de matière première à partir de laquelle l’aventure mystérieuse de la création donne naissance à l’oeuvre peinte. D’apparence abstraite apparaissent alors des images plus vraies que nature. Ainsi l’oeuvre de Jean-Paul, comme celle de Joan, est impregnée par les lumières, les couleurs, les rythmes de la Vallée de la Seine, et bien sûr par son Québec natal”.
L’art d’un “trappeur supérieur”
Riopelle fut l'un des fondateurs de l'art contemporain canadien, laissant une œuvre immense où la vitalité abstraite cotoie les hommages à la nature de son Québec natal.En France, il a accompli la majeure partie de sa carrière, et a exposé dans les meilleures galeries dès la fin des années 1940. Localement, celui que la critique a classé parmi les “paysagistes abstraits” a vécu à Vétheuil (Val d’Oise), y a travaillé. La mairie de Vétheuil possède d’ailleurs un tableau de Riopelle, mais elle le garde loin des convoitises et nous n’avons pu le photographier.
Sa peinture est raffinée, attentive aux variations de la lumière. Cherchant à peindre au plus près de lui-même, au plus juste, en agissant en “automatiste” à la façon des surréalistes, il glissait parfois quelques éléments figuratistes dans ses toiles.
Les années 50 sont celles de l’épanouissement de sa peinture. Ses toiles à la texture épaisse, comme sculptée, grandes mosaïques composées à la spatule, sont recherchées par les collectionneurs. Sculptures en bronze ou mural de céramique connaissent le même succès. La violence de ses toiles étonne. "Quand j'hésite, je ne peins pas et quand je peins, je n'hésite pas", expliquera-t-il. "C'est tout l'art d'un trappeur supérieur", commente André Breton à cette époque. Le visage aigu, les yeux sombres et la crinière abondante, Riopelle est alors au sommet de la gloire. Ami d'Alberto Giacometti, Samuel Beckett, Nicolas de Staël ou Jackson Pollock, il collectionne les voitures de course, possède un voilier et boit beaucoup. En 1959, cet homme au caractère difficile quitte sa femme et entame pour 20 ans une liaison tumultueuse avec l'artiste américaine Joan Mitchell. Plus tard, marqué par sa mort, il lui dédiera au début des années 90 "Hommage à Rosa Luxemburg", gigantesque fresque murale exposée au Musée du Québec.
Depuis la fin des années 60, ils avaient abandonné les effets de pâte pour une peinture plus figurative, puis un travail plastique. Ses toiles se fondent avec les paysages et se peuplent d'oiseaux sauvages, oies et hiboux. A la veille de sa mort, on disait que l’artiste travaillait encore à l’aérographe.



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