Chaque profession a son jargon. Ce langage fleuri ou imagé qui donne un peu de sel et qui souvent traduit remarquablement bien l’essence des choses. On parle souvent de la proximité entre flics et journalistes. Notre métier nous conduit en effet à être régulièrement en contact avec les policiers. Parfois sort une expression ou une abréviation que nous ne connaissons pas forcément. C’est de l’une de ces conversations qu’est née l’idée de ce petit lexique de la police.
• Les objets
Brème : carte professionnelle de police. La brème en argot est une carte de jeu, vient du nom du poisson blanc et plat. Terme désuet.
Calibre : l’arme de service. Quelques jeunes policiers emploient le mot américain gun. Mais calibre reste le terme le plus utilisé. Il donne l’expression « être calibré » qui signifie bien sûr être armé.
Carte de pêche : terme le plus employé aujourd’hui pour désigner la carte de police.
Gazeuse : grosse bombe lacrymogène de 500 ml utilisée pour disperser les manifestants ou les attroupements.
Gomme : matraque. L’expression vient du fait que la matraque est fabriquée dans une sorte de gomme. Les vieux soixante-huitards pourront le dire : il n’y a pas d’endroit interdit pour la matraque, contrairement au tonfa (qui n’a pas d’appellation argotique) dont l’utilisation est proscrite sur la tête, le larynx et le plexus.
Lance-patate : l’ancêtre du cugar, l’ancien fusil lance-grenades.
Pinces : menottes. Les plus anciens utilisent aussi le mot bracelet, mais il tend à se perdre au profit de pinces employé de façon générale et quasi-systématique.
Trique : matraque. Aujourd’hui, plus utilisé que le terme gomme. L’expression s’emploie également avec le verbe étriquer : Dans une bagarre, on pourra entendre : « Allons-y les gars, on va l’étriquer ! »
• Les véhicules
Bleu : gyrophare
Caisse : pas d’originalité, le mot caisse est le plus courant pour désigner la voilure de police.
Cuve : beaucoup plus originale, la cuve désigne une voiture, en général une fourgonnette banalisée et aménagée à l’intérieur pour réaliser des opérations de surveillance. L’aménagement est en général très rudimentaire. En somme, c’est l’ancêtre du camping-car !
Deux tons : sirène de police. On ne peut pas utiliser la sirène sans le gyrophare. En revanche, on peut mettre le gyrophare sans la sirène.
Doublette : voiture faussement immatriculée avec les plaques minéralogiques d’un autre véhicule.
Merguez : voiture de voyous réalisée avec différentes pièces d’origine frauduleuse dont le numéro de moteur a éventuellement été maquillé. En général, il s’agit de grosses cylindrées.
Sous-marin ou sous-m : même chose que la cuve. Le terme “sous-m” tend à prendre le pas sur le mot cuve, plutôt utilisé par les anciens de la PJ.
• Au commissariat
Cage : cellule de garde à vue, le mot cage vient du fait qu’autrefois, les cellules de garde à vue étaient des endroits protégés par des grillages. Aujourd’hui, les cellules sont vitrées, en général en plexiglass, mais le terme est resté.
• Les actions
Allonger (s’) : avouer, donner des informations. On dit aussi se mettre à table
Chouffer : vient d’un mot arabe, regarder pour épier
Faire une descente : aller dans un établissement, débit de boisson, squat en vue d’un contrôle ou pour voir ce qui s’y passe lorsqu’il y a des soupçons sur l’activité du lieu en question.
Faire la plante verte : faire le planton pendant une cérémonie.
Faire un tapissage : derrière une vitre sans tain présenter à une victime ou un témoin un suspect au milieu de personnes d’apparence identique.
Filoche : filature.
Loger : avoir localisé physiquement un individu quel que soit son lieu d’hébergement, hôtel, squat, domicile d’un parent, etc.
Mettre au chaud : arrêter un individu dont on sait que les actes vont le conduire en prison.
Planquer : faire une surveillance discrète.
Serrer : interpeller
Zonzons : ce sont les écoutes. Certaines furent célèbres du temps de François Mitterrand.
• Les policiers
Boîte : administration de la police.
Bleu : agent de la paix en tenue.
Flic : autrefois franchement argotique, et plutôt péjoratif, le terme est entré dans les mœurs. Même les policiers l’utilisent.
Joseph : chez les CRS, policier en tenue urbaine.
Moulin-à-vent : policier chargé de la circulation. On dit aussi ventilateur. Mais ces deux termes sont de moins en moins utilisés. Et pour cause, les ronds-points et les feux tricolores ont largement remplacé les policiers qui faisaient autrefois la circulation aux carrefours.
Taulier : commissaire. On emploie aussi le terme patron.
Grandes oreilles : policiers des renseignements généraux (on dit aussi zozors).
La nouvelle dénomination des grades repris de l’armée a donné lieu aux mêmes diminutifs : comanche pour commandant, pitaine pour capitaine, lieut pour lieutenant.
• De l’autre côté de la barrière
Baveux : avocat.
Barrette : petit morceau de résine de cannabis.
Biturin : personne ivre sur la voie publique.
Casse : cambriolage, vol à main armée. On utilise aussi monter au braco.
Conduite : une personne arrêtée pour conduite sous l’emprise d’un état alcoolique.
Fourgue : receleur.
Fouille-merde : journaliste. (Au commissariat des Mureaux, on jure que le terme est très rarement utilisé !)
MEC : ne pas confondre avec mec ! Il s’agit de l’abréviation pour mis en cause.
Roulottier : voleur à la roulotte. C’est-à-dire dans une voiture en stationnement.
Save ou savonnette : morceau de résine de cannabis d’environ 250 g ayant la forme d’un savon.
Tireur : voleur sur la voie publique, pickpocket.
Tox : toxicomane.
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