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Jeudi la police a effectué plusieurs patrouilles aux abords du colège. La journée a été relativement calme. |
Mardi, au lendemain des faits, les enseignants du collège Paul-Cézanne, littéralement sous le choc, en étaient à se demander s’il fallait se taire ou parler. Dire ou ne pas dire qu’une des leurs, une jeune surveillante d’une vingtaine d’années, avait été victime d’une agression sexuelle en sortant du collège.
Le lundi 10 décembre vers 17 h 30, la jeune femme avait achevé sa journée de travail et se rendait à l’arrêt de bus rue Paul-Gauguin lorsqu’elle a été suivie par une bande de collégiens. Une douzaine d’élèves l’ont encerclée, et plusieurs d’entre eux ont pratiqué des attouchements sexuels, lui touchant les seins, les fesses et les parties intimes à travers ses vêtements. Devant le nombre, la jeune femme n’a rien pu faire, si ce n’est protester et mémoriser les visages de ses agresseurs, tous scolarisés à Paul-Cézanne.
Elle n’a dû son salut qu’à trois jeunes étudiantes habitant le quartier qui, comprenant qu’il se passait quelque chose d’anormal, ont donné l’alerte en hurlant et fait fuir toute la bande.
Le lendemain matin, ce sont des rumeurs et des paris sur la démission de la surveillante circulant dans la cour de l’établissement qui ont mis la puce à l’oreille. Car la jeune femme avait repris son poste sans rien dire. En fin de matinée, elle a raconté au chef d’établissement le calvaire qu’elle avait vécu la veille.
Le principal Charles Bernard, et Pierre Marsaleix, enseignant au collège et secrétaire départemental de la FSU, ont aussitôt accompagné la jeune femme au commissariat où elle a déposé plainte.
Mercredi matin, les policiers ont arrêté onze élèves dans l’enceinte même du collège. Placés en garde à vue, ils ont passé la nuit au commissariat de Mantes-la-Jolie avant d’être déférés au parquet des mineurs du tribunal de Versailles où ils ont été présentés, jeudi, devant un juge des enfants.
Quatre élèves reconnaissent les faits
Les auteurs présumés sont très jeunes. Quatre d’entre eux n’ont que douze ans. Les autres sont âgés de 13 à 15 ans. Selon une source proche de l’enquête, quatre ont avoué s’être livrés à des attouchements. Les sept autres ont encerclé la surveillante, l’empêchant de s’échapper. Ils ont expliqué qu’ils avaient eu envie de s’en prendre à elle, mais qu’ils ne pensaient pas que cela irait aussi loin.
À l’issue de leur audition, les onze collégiens ont été remis à leurs parents. Ils ont été mis en examen, et seront convoqués ultérieurement.
Dès vendredi matin, le chef d’établissement, par mesure conservatoire, a décidé de les exclure en attendant leur passage en conseil de discipline, qui devrait intervenir après les vacances de Noël. Ils risquent l’exclusion définitive.
Courageusement, malgré le choc qu’elle a subi, la surveillante est restée en poste au collège : « C’est une battante. Elle ne veut pas baisser les bras », commente le principal. Mais sa situation pourrait devenir difficilement tenable : « Depuis l’indicent, les élèves la considère comme la surveillante qui a envoyé des camarades en prison. Bien évidemment, nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour la protéger », poursuit le chef d’établissement.
Climat tendu depuis la rentrée
Même si elle s’est déroulée en dehors du collège, cette agression dénote du climat de violence qui règne depuis la rentrée de septembre au sein de l’établissement. À trois reprises, une fois en septembre, deux fois en octobre, des cocktails Molotov à l’acide ont été jetés dans la cour et contre les murs du collège.
Malgré une situation tendue et des difficultés à simplement faire la classe, les profs ne jettent pas l’éponge. Ils n’ont pas parlé à l’extérieur de l’agression de leur collègue par crainte du battage médiatique. Ni en octobre, ni aujourd’hui, ils ne font grève : « Les élèves n’attendent que cela de ne pas avoir cours. Certains provoquent même des incidents dans l’espoir qu’il n’y aura pas classe », explique Pierre Marsaleix. « Ce n’est pas le collège qui est violent. C’est la violence du quartier qui entre dans l’établissement », estime-t-il. Dès la rentrée, il avait tiré la sonnette d’alarme, s’inquiétant du changement complet de direction et du renouvellement très important des professeurs dans cet établissement de 544 élèves : « Nous sommes confrontés à un manque de stabilité des équipes éducatives. Nous avons beaucoup de collègues très jeunes pour qui Cézanne est le premier poste et qui ne sont pas préparés à affronter la situation », analyse-t-il. Rétablir l’autorité et remettre le collège en état de marche : c’était l’objectif en octobre, ça l’est toujours.
Une image dégradée de la femme
Mais à la gravité des actes de la semaine dernière, s’ajoute un phénomène inquiétant : l’absence de prise de conscience de certains élèves. Par solidarité avec leurs camarades, plusieurs ont refusé d’aller en cours d’éducation physique, jeudi matin. Sur des blogs, les collégiens ont échangé sur l’incident. Certains condamnent les faits, d’autres sont dans le déni total, et soutiennent les jeunes accusés de l’agression. Pire encore, la famille de l’un des auteurs présumés a voulu porter plainte contre la victime.
Autant d’éléments à mettre en relation avec les commentaires sexistes que subissent régulièrement les enseignantes, et qui posent le problème de façon plus générale de l’image de la femme dans les quartiers. « C’est inquiétant pour notre société tout court », estime le principal de Cézanne. On mesure l’ampleur du chemin qui reste à parcourir.
L’inspecteur d’académie en appelle aux parents
Jeudi, la visite de l’inspecteur d’académie dans les établissements scolaires de Mantes-la-Jolie était programmée de longue date. Mais René-Joël Dupont est resté plus longtemps que prévu auprès des enseignants et des responsables du collège Paul-Cézanne, avec lesquels il s’est entretenu plus de deux heures.
« L’établissement a très vite et très bien réagi. Le nécessaire a été fait auprès du commissariat de police. La victime a reçu une réponse en terme d’écoute et sur le plan juridique. Quant aux élèves, dont le comportement est totalement insupportable, ils passeront en conseil de discipline », affirme-t-il.
L’inspecteur d’académie en appelle aux parents : « Il faut que les parents d’élèves prennent conscience de leurs responsabilités éducatives et de l’extrême gravité des actes qui ont été commis. »
L’inspecteur réaffirme aussi le soutien de l’Éducation nationale au collège : « Il s’agit d’un établissement que nous suivons de très près. Nous avons des rencontres régulières. Nous accompagnons les jeunes enseignants. Les services du rectorat sont en train d’établir un diagnostic de sécurité. Deux réunions de travail ont déjà eu lieu pour mettre en place une méthodologie de surveillance de l’établissement. »
La réunion du jeudi a également porté sur la mise en route de l’aide au devoir de 16 heures à 19 heures. Il s’agira d’activités autour des matières enseignées mais aussi d’activités culturelles et sportives.
René-Joël Dupont souligne enfin l’importance du travail mené en partenariat avec la municipalité et les associations du Val-Fourré : « Nous avons tissé des liens, nous devons les renforcer pour être encore plus réactifs », conclut-il.
La mairie soutient le collège
Rappelant que la mairie n’a pas vocation à intervenir dans les établissements scolaires, le maire et les élus tiennent à soutenir le personnel du collège Cézanne : « On ne peut que déplorer et dénoncer de tels actes inqualifiables », lâche-t-on en mairie. Les élus précisent par ailleurs que « la ville répond aux besoins de l’enseignement par le biais du programme de Réussite éducative. Depuis son lancement, près de 700 jeunes de Mantes-la-Jolie en ont bénéficié. Cent d’entre eux ont eu un suivi individuel. » Parmi eux, une quinzaine sont scolarisés à Paul-Cézanne.




