• Mantes-la-Jolie, Brasserie de la République : Fabrice Rhor, le patron de cet établissement, l’un des plus grands comptoirs de Mantes, ne cache pas une certaine inquiétude. « Ne pas fumer, pour la santé, c’est un bonheur, mais pour la convivialité, je trouve cela dommage. Les établissements comme le nôtre, qui ont des activités diversifiées verront sûrement une baisse du chiffre, mais s’en sortiront. En revanche, ça sera la mort des petits bars de quartier ». « Cela me gêne parce qu’on va fliquer les clients. Mais les risques d’amende et de fermeture administrative sont trop grands », ajoute-t-il.
Une terrasse chauffée pour accueillir les irréductibles ? Il y pense : « Mais pour l’instant, je n’ai pas la possibilité de le faire », répond-il.
Les clients sont plus optimistes : « Moi je suis très contente. Je suis non-fumeuse et je pense que les non-fumeurs qui ne venaient pas dans les bars à cause de la fumée franchiront la porte », affirme Denise en sirotant son kir. « Je compte sur cette interdiction pour essayer d’arrêter à nouveau. Sans tabac, on se sent bien, on fait du sport », commente Aïssa en en grillant une petite dernière.
• Limay, Le circus : Houcine Luchini est le directeur du Circus à Limay un restaurant, bar, cabaret qui propose aussi des dîners spectacles à thèmes toute l’année. Souvent dans ce type d’établissement qui fait aussi dancing, on fume beaucoup.
Alors, le patron a pris les devants, histoire de préparer les fumeurs.
Depuis trois semaines, il est interdit de fumer dans la salle, les fumeurs doivent aller… au bar. « On voulait les préparer doucement. Certains râlent, bien sûr, mais dans l’ensemble la nouvelle est bien prise, ça ne devrait pas poser de problème. Je ne suis pas inquiet. Je ne pense pas qu’on va perdre des clients. »
Mais ils ont tout de même prévu de ménager les accros de la clope.
C’est pourquoi une terrasse chauffée a été installée à l’extérieur. « On a racheté des chauffages lampadaires pour que les inconditionnels puissent fumer sur la terrasse même en hiver », affirme Houcine Luchini.
• Mantes-la-Jolie, La Divette.
« Cette mesure sera très difficile à appliquer », déclarent Didier et Laurence Granger gérants du bar-tabac La Divette.
« Il ne va pas être évident de contraindre les clients qui ne veulent pas se soumettre à la loi », poursuivent-ils. Ils ont déjà effectué un petit sondage auprès de la clientèle : « La plupart du temps, nos clients nous disent : “on ne m’empêchera pas de fumer en prenant mon café” ».
Tous les deux sont persuadés que certains patrons de bar-tabac préféreront payer l’amende de 135 euros plutôt que de voir fuir les consommateurs.
« Je comprends qu’on empêche les clients de fumer dans un restaurant, mais dans un bar c’est absurde ! Qu’on laisse le libre choix aux patrons de bars d’interdire ou pas la consommation de tabac. Les clients prendront un café mais pas deux… »
• Saint-Martin-la-Garenne.
Bar-restaurant Au Bon Docteur
« Les deux tiers de mes clients sont fumeurs, annonce Bruno Grangé, gérant du bar-restaurant Au Bon Docteur. Je crains que la loi d’interdiction de fumer dans les lieux publics ne soit désastreuse pour mon commerce. Mais je ne prendrai pas le risque de payer une amende. Je devrais la faire appliquer, au risque de perdre des clients. C’est là le paradoxe pour les commerçants. »
« Je viens d’emménager seul dans le village. C’est au bar, que j’ai rencontré mes nouveaux amis », raconte Damien, 24 ans. Le jeune homme trouve le projet de loi mal réfléchi. « On se retrouve régulièrement pour boire un verre, entre fumeurs et non-fumeurs. J’ai peur que la loi ne fasse se perdre les moments de convivialité. Dans un petit village comme le nôtre, le bar est un lieu de rencontre où l’on se raconte nos journées ou les dernières nouvelles, où l’on partage nos expériences. La loi ne m’empêchera pas de venir mais il y a des chances que je reste moins longtemps et donc que je consomme moins. »
• Mantes-la-Jolie, L’Océane : Au restaurant L’océane, rue Porte-aux-Saints, ça sent le poisson et les effluves de légumes qui cuisent doucement dans les cocottes. Ibrahim Branki met un point d’honneur à servir du poisson frais tous les jours et les légumes viennent tous de la ferme, cuisinés à la vapeur ou avec le poisson. Un délice. Alors pas question de gâcher ça avec l’odeur de fumée. Dans ce restaurant, on ne fume pas. Et le propriétaire n’a pas attendu l’interdiction du 1er janvier pour ça. Dès l’ouverture du restaurant en février, Ibrahim Branki avait décidé qu’on ne fumerait pas dans son restaurant. « Moi je ne fume pas. Je trouve cela très désagréable et pour moi et pour mes clients. Les clients apprécient beaucoup. »
• Seraincourt, Le Relais du Vexin : « Je suis un peu l’exception qui confirme la règle : je suis pour. La plupart des buralistes pensent à leur chiffre, moi c’est le contraire : je pense à ma santé. Toute la journée dans la fumée de cigarettes, c’est fatigant », lance Abilio Rodrigues, le patron du Relais du Vexin à Seraincourt. En plein cœur du village, son bar-tabac, qui fait aussi brasserie à midi, est un lieu de convivialité à plusieurs kilomètres à la ronde. « Je suis sûr qu’il y aura une baisse du chiffre d’affaires car 70 % des clients sont fumeurs. Je reviens d’Allemagne où l’interdiction vient d’être mise en place. J’y ai des amis qui ont des bars. Ils ont senti l’impact », poursuit Abilio.
De l’autre côté du bar, Patrick, un habitué du Relais, fumeur régulier, est partagé : « C’est bien pour les non-fumeurs. Cela peut permettre aux fumeurs de réduire leur consommation. Mais je crains tout de même que cela touche durement nos derniers lieux de convivialité », explique-t-il. Moins conciliant, son voisin bougonne devant son petit noir, clope à la main : « Il y avait autre chose à supprimer que cela ! ».
Ce que dit la loi
A la suite du décret du 15 novembre 2006, il sera interdit de fumer dans tous les lieux fermés et couverts accueillant du public, tels que les débits de boissons, hôtels, restaurants, tabacs, casinos et discothèques à partir du 1er janvier prochain. Le responsable d’établissement pourra décider de la création d’emplacements réservés aux fumeurs. En cas de non-respect de la loi, le fumeur risquera 68 euros d’amende et le patron d’établissement 135 euros.
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