Ce prof de fac amoureux des poètes français Baudelaire, Rimbaud, Nerval, auteur de plusieurs recueils de poésie, s’est rendu complètement libre pour « vivre l’aventure de la critique d’art », raconte-t-il. « C’est comme la monogamie, je ne voulais pas vivre autre chose… je portais des bébés en moi et je ne voulais pas hypothéquer leur avenir. » Récemment décoré de la Légion d’honneur par Jacques Chirac, « ma paroisse est le monde des beaux-arts », aime à dire Mustapha Chelbi. « Cette légion d’honneur m’a ressuscité. J’ai rempli mon devoir envers la France et la France m’a reconnu. C’est le sens que j’y mets, ça m’a donné une espèce de pêche. »
En 1988, Mustapha Chelbi créait « Le Courrier des galeries », mais la crise du marché de l’art mondial a eu raison de son projet. « Depuis dix ans, le marché de la peinture est frappé au cœur. Le déclencheur a été la guerre du Golfe, en tant de crise c’est la peinture qui souffre en premier. Paris a perdu son statut de capitale mondiale de la peinture », témoigne le critique. Ce militant de l’art pictural a dû aussi mettre un terme à son second projet de revue fin 2005, un drame, mais grâce à son important réseau d’amis il a lancé ce mois-ci le premier numéro du « Forum des arts et des lettres » imprimé à 5 000 exemplaires. « Mon travail de critique d’art, je le conçois comme la transmission d’un patrimoine, celui de la peinture contemporaine française. Nous sommes dans une époque qui zappe trop, qui oublie ses grands peintres, ses grands auteurs… »
La revue qui sort son premier numéro serait donc une sorte de manifeste contre l’oubli. Mustapha Chelbi, français d’origine tunisienne, souhaite aussi qu’elle participe au rapprochement des cultures, au « dialogue entre la France et le Maghreb. Les peintres tunisiens ont aussi apporté un peu de culture à la France. J’ai envie de dire aux gens du Maghreb qu’ils ont aussi autre chose à faire que du couscous et des merguez ! », lance-t-il ironique. « Je voudrais aussi que la France n’oublie pas son Maghreb. » À l’issue de notre entretien, Mustapha Chelbi a sauté dans le premier train pour le Grand Palais, un de ses lieux de recueillement où, par l’art, il touche au divin. « Georges Clemenceau n’a jamais trouvé plus grand bonheur qu’au contact de Claude Monet, il doit bien y avoir quelque chose ! »
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