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Grèves : pourquoi ça ne marche pas comme 95 ?
Les cheminots ont entamée une grève nationale mercredi dernie. Ils ne veulent pas de la réforme des régimes spéciaux. Ils rêvent d’une mobilisation similaire à celle de 1995. Quitte à se mettre les usagers à dos ? Deux cheminots témoignent.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  21 novembre 2007
Page 7 

Certains cheminots se disent que cela pourrait recommencer cette année. Qu’on pourrait repartir comme en 95. Les motifs de mécontentement ne manquent pas : Le pouvoir d’achat qui baisse, l’essence qui augmente. Mais cette année c’est différent. Il y a douze ans, Alain Juppé avait surpris tout le monde en mettant la réforme des régimes spéciaux sur la table. Cette année, ils font partie du programme.

Michel*, un Mantais d’origine bretonne est conducteur de train sur le RER A depuis 1985. Il avait 24 ans : « Je sortais de l’armée, j’y suis entré un peu par hasard pour apprendre un métier. Aujourd’hui, il est syndiqué UNSA : À l’époque, on nous a dit on s’est battu pour vous, il faut continuer. Alors on continue », dit-il.

Non à la décote

Continuer jusqu’où ? Le gouvernement ne veut pas céder. Les grévistes y vont quand même bon gré mal gré, déterminés mais lucides : « On sait qu’on risque de se mettre les usagers à dos. Mais les gens ne veulent plus se battre. On le fait pour nous, pour sauver nos retraites mais aussi pour prouver aux gens qu’il faut se battre pour obtenir ce qu’on veut et protéger nos acquis. Les gens sont de plus en plus individualistes. C’est différent de 1995, c’est plus la même époque. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi. Nous, on pense encore collectif », continue-t-il.

Il supporte mal que les usagers, les politiques, les médias fassent passer les cheminots pour des « fainéants, des nantis » . Quid des privilèges ? Tout au plus « quelques compensations » selon lui, pour pallier aux difficultés du métier notamment les astreintes : « Quand les gens seront en famille à Noël, et bien moi je serai dans mon train » , dit-il. Et pour cela il gagne 2400 euros net par mois primes comprises. Et se pose une question : « Est-ce nous qui gagnions trop ou les autres pas assez ? » Que veut-il protéger ? La réforme dite des régimes spéciaux prévoit d’allonger les années de travail de 37,5 à 40 ans. Mais ce n’est pas ce qui le gêne le plus. Ce qu’il refuse, c’est la décote.

Sur un même pied d’égalité

Cette fameuse décote, certains l’acceptent. C’est le cas de Denis*, guichetier sur la ligne Mantes-Saint-Lazare via Conflans. Il est non gréviste. Il n’a pas peur des pressions mais préfère quand même garder l’anonymat. Il est pour la réforme des régimes spéciaux et estime normal que tout le monde « soit sur le même pied d’égalité ». Pour lui, les usagers ne suivront pas cette année, c’est une question d’époque, « c’est plus pareil ».

Des usagers plus vindicatifs

Depuis la présidentielle, Michel sent les usagers beaucoup plus vindicatifs à son égard. Il sait aussi qu’ils jouent très gros sur ce coup-là. Mais il tente encore une fois de convaincre. Et il se lève tous les matins, un jour de grève, c’est comme un jour de travail : debout 4 h du matin pour aller au dépôt de Nanterre et démarrer l’assemblée générale avant de partir faire le piquet de grève toute la journée. Mais mercredi dernier, Michel n’a pas pu aller aux manifestations de Paris. Ironie du sort, il n’y avait pas de train.

* Pour préserver l’anonymat, les prénoms ont été changés.


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