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Semaine de la famille. Parents responsables mais pas coupables
Le psychanalyste thérapeute de la famille Jacky Rogues intervient depuis quatre ans aux rencontres entre parents d’élèves de l’école maternelle des Plaisances.


Frédéric Le Bozec

Le Courrier de Mantes
Publié le:  21 novembre 2007
Page 19 
— Jacky Rogues, psychanalyste thérapeute de la famille.

Quelles sont les questions les plus récurrentes des parents pendant ces réunions ?

Elles concernent la relation avec leur enfant. En l’occurrence, ce sont des mères… Hélas, car très peu de papas y participent.

Ces mamans se demandent, au fond, si elles sont de bonnes mères. Les entretiens commencent souvent par des questions très générales autour de l’alimentation, de la punition, du sommeil, des limites. Puis, tout doucement, on comprend qu’il existe des enjeux entre les parents.

À vous entendre, ces mères paraissent plus soucieuses de l’éducation de leurs enfants…

Cela ne veut pas dire que les pères ne le sont pas ! Ils ne le montrent pas et délèguent quelque chose. Leur intervention se fait sous une autre forme. La plupart du temps, la parole leur est difficile d’un point de vue thérapeutique. Les mères sont beaucoup plus ouvertes sur ce point. Mais on rencontre de plus en plus de papas venus chercher leurs enfants à l’école !

Vous disiez précédemment que les pères « délèguent quelque chose » aux mères. De quoi s’agit-il ?

Le mot déléguer est fort. Disons qu’ils partent du principe que s’occuper des jeunes enfants est le rôle de la maman. Mais dans la construction d’un enfant, il faut que la mère ouvre cette relation, à un moment donné, du côté du père.

De quelle façon ?

En le nommant, en le faisant parler, en “autorisant” le père à venir à la rencontre de cet enfant puis lui permettre de sortir avec lui.

Pourquoi faut-il tout expliquer de ces relations aujourd’hui ?

Certaines personnes sont très démunies, y compris dans la prise en charge du très jeune enfant : comment le change-t-on ? Qu’est-ce qu’un soin ? Alors, s’agit-il d’une perte de repères ? Il y a, en tout cas, un éclatement géographique des familles et ces réponses, qui se transmettaient de mères en filles, par exemple, ne se font pas.

Pourquoi les parents sont-ils presque obsédés par la façon dont ils élèvent leurs enfants aujourd’hui ?

On peut l’expliquer par une ouverture, aussi bien du côté des mères que de celui des pères. La jeune génération de pères est beaucoup plus présente que la précédente. Alors, c’est vrai qu’on est passé d’une génération qui donnait son biberon au bébé lorsqu’il pleurait sans vraiment se poser de question à une autre génération qui est peut-être “dans le trop”.

Cela me fait penser à une famille qui parlait de la nécessité de voir son enfant réussir dans la vie.

Je crois qu’on s’est aussi rendu compte, simplement, que le bébé est une personne, qui pense et réagit.

Ne risque-t-on pas d’en faire des enfants rois ?

C’est compliqué. Cette notion me fait plutôt penser à la place que le parent occupe lui-même en donnant à l’enfant ce qu’il n’a pas eu. Cette idée de la place de l’enfant mérite d’être étudiée.

Les parents ont-ils raison de se sentir coupables ?

Coupables non, responsables oui. Un parent maltraitant, bien sûr sera coupable au regard de la loi, mais c’est aussi une question de responsabilité parce qu’il aura été lui-même abusé, maltraité, etc.

Dans toutes les situations que je vois, c’est tout de même la situation de soi, en tant qu’enfant, qu’on vient poser à travers son propre enfant.

L’autorité, c’est quoi ?

C’est être en adéquation avec sa parole.

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