« C’est un vrai roman policier. »
Dominique Herpin-Poulenat n’est pas loin de la vérité. La maire de Vétheuil a en effet pu expérimenter le monde sans pitié du marché de l’art. Même si, au final, le village récupère une partie de son retable, l’affaire ne fut pas aisée. Elle est même apparue plutôt compromise, il y a encore quelques jours.
Tout commence au mois de janvier, quand une pièce du retable est repérée à Anvers, en Belgique. L’objet, en bois polychrome, représente une partie du retable de l’église Notre-Dame, « L’Arrestation de Jésus », connue aussi sous le nom du « Baiser de Judas », dérobée à l’aube de Noël 1973. « Nous pensions récupérer l’objet en indemnisant l’antiquaire », souffle la maire de Vétheuil.
« BD de l’époque »
Mais il n’en a rien été. Le marchand d’art, qui avait acquis l’œuvre volée datant du XVe siècle, auprès d’un collectionneur autrichien pour 33 000 euros, ne voulait s’en séparer qu’au prix de 180 000 euros. « Une surestimation scandaleuse », écrivait Dominique Herpin-Poulenat dans sa lettre d’information publiée sur le site Internet de la commune. Après plusieurs échanges avec l’antiquaire anversois, et la participation de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) et des différentes instances régionales et nationales, le marchand consentait à une ristourne qui portait le prix de la pièce du retable à 170 000 euros. Les finances du village des Impressionnistes étaient encore un peu justes… La maire lui proposait, quant à elle, un peu plus de 25 000 euros.
« Quand j’aurai besoin de faire l’aumône, je vous rappellerai », aurait-il rétorqué. À titre de comparaison, la première partie du retable avait été retrouvée en 1999 dans une foire à Bruxelles et la commune avait pu la récupérer contre 17 000 euros.
« C’était la BD de l’époque ! », explique Dominique Herpin-Poulenat, qui se souvient qu’elle la regardait durant les interminables messes de son enfance… Personnages expressifs, couleurs profondes et symboliques : l’œuvre représentant la passion du Christ, fait partie du patrimoine vétheuillais. Depuis sa disparition, le retable est figuré par une photo grandeur nature, comme pour souligner son absence, dans l’église qui abrite le plus grand nombre d’objets classés aux monuments historiques.
Coup de théâtre
L’affaire semblait donc inextricable. Mais le coup de théâtre est venu de l’antiquaire lui-même. Vendredi 9 novembre, après la parution opportune d’un article dans le journal « Le Monde », l’antiquaire a fait volte-face. Peut-être par peur de la mauvaise réputation, le marchand d’art a revu ses prétentions et s’est décidé à restituer la pièce… gratuitement. Vendredi dernier, Dominique Herpin-Poulenat ne cachait pas sa joie. Euphorique, elle saluait « le geste civique » de l’antiquaire.
En attendant l’arrivée du précieux objet, tout Vétheuil bruisse de cette histoire belge qui a connu un dénouement inattendu.
Pour imprimer cet article
Envoyez cet article à un ami
Autres articles associés