A Mantes, le Medef assure qu’il n’a pas de « caisse noire »
Francine Carrière
Le Courrier de Mantes
Publié le: 14 novembre 2007
Page 13
Après le scandale de la caisse noire de l’UIMM (union des industries et métiers de la métallurgie) va-t-on assister à une autre affaire du même acabit ? Sur le site d’information Rue 89 créé sur internet par d’anciens journalistes de Libération, une enquête intitulée « Médecine du travail : l’autre caisse noire du Medef » parue le 7 novembre met le doigt sur des pratiques plus que douteuses : financement des locaux de l’organisation patronale, emplois fictifs et grosses notes de frais, le tout avec les sous de la santé des salariés. Ça fait désordre. L’enquête réalisée conjointement avec France Inter épingle trois départements, les Hauts-de-Seine, le Var et La Réunion.
« Le cas le plus classique est le financement en sous-main des biens immobiliers du Medef », précisent nos confrères. Le système est le suivant : « Une SCI société civile immobilière aux mains des entrepreneurs possède le siège du comité local tandis qu’une société de moyens, abondée par la médecine du travail, finance l’acquisition de l’immeuble ».
Direction l’allée des Marronniers à Mantes-la-Jolie où le Medef (siège départemental), le GIR (groupement des industriels de la région),la médecine du travail (Yvelines santé au travail*), l’organisme HLM Soval et le CIL (collecteur du 1 % patronal) cohabitent sous le même toit.
« Il y a peut-être eu des abus par le passé dans certains départements. C’est à eux de s’expliquer. Ici, nous avons toujours été d’une prudence exemplaire », répond Philippe Naze, délégué général du Medef des Yvelines (et directeur général de la Soval).
« Ce qui se passe aujourd’hui est certainement l’héritage d’un système ancien. A l’origine en 1946, la médecine du travail était à l’initiative directe des entreprises. Depuis une vingtaine d’années, les structures doivent être indépendantes les unes des autres. Certains n’ont peut-être pas fait cette séparation », précise Philippe Naze qui est formel : pas de ça à Mantes !
Comptabilités séparées et contrôlées
« Ici, chaque structure a toujours eu une comptabilité totalement indépendante. Chacune d’entre elles est contrôlée et certifiée par un commissaire aux comptes. Les locaux appartiennent à une SCI et chacun, le Medef comme les autres, paye un loyer au prorata de la surface occupée », affirme-t-il.
Précision : bien avant que cela ne soit rendu obligatoire, la médecine du travail des Yvelines fonctionnait déjà avec une commission de contrôle paritaire comprenant deux tiers de salariés, un tiers d’employeurs tandis qu’au conseil d’administration la proportion est inversée.
Un autre financement du dialogue social
Visiblement pas inquiet pour les Yvelines, Philippe Naze s’interroge tout de même : « Après l’IUMM, je constate que la semaine dernière est sortie une affaire concernant la Foncière Logement. Maintenant c’est une attaque sur la médecine du travail. Tout cela porte le discrédit sur l’ensemble des partenaires sociaux. C’est tout le paritarisme depuis 1946 qui est en cause. Je me pose la question : pourquoi toutes ces affaires sortent-elles maintenant ? »
Y a-t-il derrière cela la volonté de mettre en place un autre financement du dialogue social ? Un système plus transparent pour mettre fin à des pratiques occultes ? « Comme pour les partis politiques, on parle aujourd’hui d’un financement d’Etat à partir d’une taxe sur les salaires qui serait répartie selon la représentativité de chacun », poursuit-il.
Resterait-on avec les cinq syndicats d’après-guerre, à quelle hauteur seraient les financements, sur quelles bases la représentativité serait-elle établie ? Autant dire que le chantier est vaste !
* Yvelines santé au travail est une association qui compte 55 médecins et assure le suivi de 120 000 salariés dans 17 centres répartis sur l’ensemble du département.
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