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Conférence-débat. Biocarburants : un immense mensonge ?
Jeudi dernier, à la Réserve, l’écrivain Fabrice Nicolino, donnait un débat conférence sur sa dernière parution, La faim, la bagnole, le blé et nous, qui dénonce un scandale écologique.


Fabien Chaillou

Le Courrier de Mantes
Publié le:  31 octobre 2007
Page 11 
— Une bonne trentaine de curieux sont venus écouter l’auteur.

Et si, pour préparer l’après pétrole, les biocarburants n’étaient finalement pas la solution idéale que l’on veut bien nous présenter ? Pire encore : et si, en fin de compte, ils ne contribuaient qu’à affamer les populations les plus miséreuses du monde.

Fabrice Nicolino, invité jeudi soir à la Réserve, dénonce dans son ouvrage un scandale organisé par des lobbies peu scrupuleux. De bio, Fabrice Nicolino est passé à « nécrocarburants ». Sa thèse, très dérangeante pour divers lobbies, remet en cause l’efficacité de ce nouveau modèle, mis en avant par certains écologistes, curieusement rejoints sur le sujet par les lobbies pétroliers et agricoles.

Revenons au début des années quatre-vingt. L’agriculture européenne et américaine dégage d’énormes surplus. Certains commencent alors à s’intéresser de près aux utilisations possibles de ces excédents. Sous l’impulsion des lobbies agricoles, les biocarburants naissent, suscitant le plus vif intérêt des pétroliers. En décembre 1992, pour limiter les surplus, la réforme de la Pac impose la mise en jachère de 15 % des surfaces cultivées. Avec une exception pour les cultures non alimentaires. Beaucoup s’engouffreront dans la brèche : l’industrie des biocarburants est née.

Un phénomène mondial

Depuis, le phénomène s’est mondialisé. Beaucoup de pays du sud ont délaissé leurs productions habituelles ou défrichent pour planter massivement en vue de produire des biocarburants. L’Indonésie, qui brûle à tout va ses forêts tropicales pour y planter des palmiers à huile, est ainsi devenue le 3e émetteur mondial de gaz à effet de serre. Le Congo, lui, vient de vendre dans la même optique, trois millions d’hectares à un groupe chinois.

« Si d’aventure, explique l’auteur, nous devions substituer notre consommation de pétrole par des biocarburants, la surface entière de la planète, océan compris, ne suffirait pas à produire de telles quantités de colza, blé ou autre végétaux transformables en biocarburants. »

Des conflits de la faim ?

Alors que le marché des céréales connaît de grandes tensions (les prix ont doublé en dix ans), cette nouvelle industrie vient encore aggraver la donne. Tandis que la demande alimentaire s’accroît naturellement avec la démographie, la part des céréales produites dévolue aux biocarburants, indépendance énergétique oblige, augmente elle aussi continuellement. Aujourd’hui, aux USA, premier producteur mondial de maïs, 25 % de la production de cette céréale est désormais destinée aux voitures… Résultat : en 2007, nous avons pu assister au Mexique aux premières émeutes de la tortilla, faite à base de farine de maïs dont le prix avait explosé. Alarmiste, la FAO (Food and agriculture organization) prédit dans l’avenir de nombreux conflits de la faim. Cette semaine, le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, vient de demander à l’ONU un moratoire de cinq ans sur les biocarburants. C’est un premier pas.

Marc Barrier : « Les plantes : le meilleur capteur solaire »

Marc Barrier, le président de l’Union régionale des syndicats agricoles du Mantois a tenu à réagir à l’analyse que Fabrice Nicolino développe dans son livre. « Je ne nie pas que les biocarburants pèsent sur le prix du maïs. Ils ont leur part, mais ils ne sont pas les seuls. La tension des prix est aussi liée au fait que pour des raisons climatiques particulières des pays d’habitude autosuffisants voire exportateurs, sont aujourd’hui importateurs, comme l’Australie ».

Marc Barrier, on l’aura compris se fait le défenseur des biocarburants : « Leur rendement énergétique est équivalent à celui des pompes à chaleur dont on vente aujourd’hui les qualités. Le pétrole, on en verra le bout. Une des seules énergies propres, c’est le soleil. Or le mécanisme le plus naturel et le mieux adapté pour capter l’énergie solaire, c’est celui des plantes. Ne fusillons pas les biocarburants de la première génération sinon nous n’aurons pas ceux de la deuxième génération. Les recherches avancent déjà sur des biocarburants plus efficaces. On travaille sur des légumineuses qui n’ont pas besoin d’azote et dont on pourra utiliser la plante entière et pas seulement les graines comme c’est le cas aujourd’hui. Le but n’est pas de polluer plus mais d’aller vers des choses plus propres. » Pour lui, la diversification des sources d’énergie est la seule solution : « Il faut utiliser toutes les formes d’énergies sauf à considérer que l’on doit entrer dans une phase de récession. Je pense que cela serait un échec colossal. Je suis persuadé que les progrès doivent permettre à l’agriculture de nourrir l’humanité dans de bonnes conditions et de fournir l’énergie dont nous avons besoin. »

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