Pour rencontrer Vincent Hayoz, mieux vaut prendre rendez-vous, parce qu’il passe son temps à voler. Une belle journée d’arrière-saison, on arrive à Chérence qu’il est déjà en l’air. Au classement de la Netcoupe, ce site Internet où les pilotes déposent les coordonnées GPS des vols qu’ils ont effectués, Hayoz est le premier des pilotes de l’Association aéronautique du Val-d’Oise (AAVO), qui gère l’aérodrome de Chérence, et le deuxième d’Ile-de-France.
On parvient, malgré tout, à rencontrer Hayoz. On lui est reconnaissant de renoncer pour cela à une matinée de planeur. Ce « militant du vol à voile à pas cher » est heureux de parler de sa passion, qu’il aimerait plus démocratique. Dans la polémique des pro et anti-treuil (le Courrier du 29 août 2007), Hayoz était un chaud partisan du treuil comme mode de lancement, parce qu’il va revenir bien moins cher au vélivoliste que l’avion remorqueur.
Antique planeur
Hayoz utilise une machine antique, un LS1 fabriqué il y a trente ans, l’un des premiers planeurs en plastique, acheté d’occasion 7 500 euros. Un planeur de finesse 36, c’est-à-dire pas très performant : lâché à 1 000 m, il parcourt 36 km, en l’absence d’ascendances, avant de toucher le sol. Quand les planeurs d’aujourd’hui les plus sophistiqués (et les plus chers) affichent une finesse 70. L’amusant est donc qu’Hayoz parvient à voler plus longtemps et plus loin que les autres avec un fer à repasser.
Il plaît à Vincent Hayoz de posséder un planeur bon marché, et d’en tirer le meilleur parti. « Ceux qui volent en motoplaneur (équipé d’un moteur) ont l’assurance de pouvoir rentrer au terrain. Tandis qu’il est plus risqué de voler avec un LS 1, mais le seul risque en fait, c’est de terminer dans un champ et d’embêter les collègues qui viennent vous chercher avec la remorque. » Hayoz trouve définitivement plus excitant de partir sans assurance. Et puis, à la différence du propriétaire d’un luxueux planeur, il se moque de « mettre au tas » son vieux LS 1…
Pour se lancer dans les vols au long cours, il faut une aptitude spéciale, une habileté à passer d’une ascendance à l’autre. Dans le langage imagé de Vincent Hayoz, cela donne : « Il y a des ficelles qui pendent du ciel : il faut savoir sur laquelle tirer. »
Il arrive que le nuage que l’on avait repéré ne « marche » pas. Il faut alors rentrer en stop, ou en train lorsque l’on s’est aventuré très loin « sur la campagne » : il est arrivé parfois à Vincent Hayoz, « vaché » sur une lointaine Beauce, de rentrer nuitamment chez lui, à Saint-Gervais.
À écouter Hayoz, le pilotage est moins une science qu’une affaire de « feeling ». On pilote avec son corps. « On croit savoir comment ça marche, en fait personne ne sait. » On « sent » seulement qu’à côté de soi, on peut trouver « du 3 m/seconde » (une ascendance très favorable), le tout est de l’accrocher. L’expérience fait tout de même que « plus on vole, plus on sait à quel type de journée on va avoir à faire ».
Des « rues de nuages »
Le 8 août 2006 s’annonçait probablement comme une belle journée pour le vol à voile. Parti vers le sud, Vincent Hayoz a vu ce jour-là des « rues de nuages », qui lui indiquaient une convection du tonnerre. Le vol vers l’île de Ré fut un surf « vent dans le cul » à 90-95 km/heure de moyenne.
La première intention d’Hayoz était d’atterrir à Montaigu (Vendée). Mais comme les ascendances continuaient de marcher formidablement : « Un copain contacté par radio m’a rejoint vers Cholet, et accompagné jusqu’à l’île de Ré. Magnifique survol ! Au retour, j’ai atterri à Dreux, neuf heures après mon départ de Chérence. »
Hayoz a diffusé le récit de son vol. Des amis se sont étonnés : « Tu ne parles pas des châteaux, des paysages, que tu as vus ! » C’est que pour « optimiser une journée » comme l’a fait Hayoz, il faut avoir les yeux constamment rivés au ciel.
Le vol à voile est une activité paradoxale : à terre, elle mobilise beaucoup de monde, mais elle s’exerce dans la solitude une fois en l’air. « Quand ça devient une passion, confie Vincent Hayoz, on se désocialise un peu. » Les récits de vols servent à alors à faire vivre autour de soi les émotions que l’on a vécues en solo dans le cockpit.
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