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Tourisme spatial : l'avion fusée construit aux Mureaux ?
Pour une première, ce fut une première : vendredi, la maquette du premier avion spatial européen a été dévoilée sur le site Astrium EADS des Mureaux. Cette « navette » pourra embarquer quatre touristes de l’espace.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  24 octobre 2007
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L’avion spatial montera à 100 km de la terre. EADS prévoit un vol par semaine. Le rythme de construction pourrait être de cinq véhicules par an.

« Allô la Terre, ici la Lune ! » Avouons que, gosses, nous avons tous rêvé d’avoir une petite place aux côtés de Tintin et du capitaine Haddock dans la fusée du professeur Tournesol. Un rêve qui est en passe de devenir une réalité. D’accord, ça ne sera pas encore tout à fait la Lune. Mais tout de même, le projet un peu fou que sont en train de développer les ingénieurs d’Astrium (la branche dédiée aux activités spatiales d’EADS), prévoit de faire de la banlieue de la terre une destination touristique.

C’est aux Mureaux que les bureaux d’études cogitent sur un avion spatial, une sorte de navette suborbitale, à la fois avion et fusée, qui pourra emmener quatre passagers pour un petit tour à plus 100 km dans l’espace, bien loin du plancher des vaches.

Une idée farfelue ? Pas du tout. Le “business plan” montre que d’ici à 2020, il y aura 15 000 passagers potentiels par an, 15 000 amateurs de sensations fortes aux poches bien remplies. La concurrence est déjà sur les rangs. C’est pourquoi Astrium, qui compte capter 30 % du marché mondial de ce tourisme d’un genre nouveau, ne veut pas perdre de temps.

Visite de la maquette

En se basant sur un démarrage du programme en 2008, la première navette pourrait être opérationnelle en 2012. En attendant, vendredi on a vécu une première : la présentation de la maquette grandeur nature sur le site Astrium des Mureaux, avant son exposition sur les Champs-Elysées, ce week-end, dans le cadre de l’opération “Passion transports”.

150 000 euros pour trois minutes d’apesanteur

Un événement qui a suscité l’engouement du personnel. On s’est bousculé pour l’approcher « Au terme des deux jours d’exposition de la maquette, quasiment l’ensemble des 2 500 salariés du site seront venus la voir », se réjouit Rémi de Badts, le directeur de l’établissement des Mureaux. Pierre Bédier, le président du conseil général, n’a pas résisté à l’invitation et au plaisir de s’installer aux commandes (lire notre encadré). Astrium n’a rien laissé au hasard, la maquette a été conçue par le plus grand designer anglo-saxon du moment Marc Newson. Bien sûr, le décor est très futuriste. Confortable, mais spartiate.

Les candidats pour une balade dans les étoiles devront être plutôt fortunés : 150 000 à 200 000 euros la prestation. Le vol en lui-même durera environ 1 h 30. Décollage classique comme dans un jet d’affaire, puis au bout de 45 minutes, les moteurs de la fusée pousseront pendant 8 secondes. Une fois les moteurs éteints, le pilote et ses passagers auront droit à 3 minutes de bonheur absolu en apesanteur, puis ce sera la descente vertigineuse à mach 4 avant de se stabiliser pour un atterrissage conventionnel.

Les touristes de l’espace embarqueront de “spacesports” qui pourront se situer partout dans le monde où le ciel est bleu et la visibilité de la terre dégagée. Avouez que ne pas voir notre bonne vieille terre tout arrondie à cause des nuages, ça serait gâcher le plaisir. Pour le prix du billet, les touristes de l’espace seront pris en charge pendant cinq jours : séance d’initiation au vol, palace 5 étoiles, spa. Bien sûr, le tour à dos de chameau et le thé à la menthe seront compris. À ceux qui trouvent la sortie un peu onéreuse, Astrium rappelle que dans les années trente un vol Paris-Londres ou Paris-Berlin coûtait 4 ans d’un salaire moyen de l’époque.

Les premiers pas de l’aviation suborbitale

Aux Mureaux, une équipe pluridisciplinaire d’ingénieurs travaille déjà d’arrache-pied sur cet avion du XXIe siècle qui porte actuellement le nom de code de TBN (Not be nominited). « Le sujet passionne au sein de l’entreprise. Nous sommes au cœur de notre métier. Dans la répartition des charges au sein de l’Europe, rien n’est encore figé. Mais Les Mureaux ont de sérieux atouts à faire valoir : avant tout notre savoir-faire d’architecte industriel en aérodynamique, nos compétences dans la conception des plans de vol, guidage et pilotage, nos bans de validation dotés de simulateurs extrêmement performants », explique Rémi de Badts.

Hugues Laporte-Weywada, le directeur du programme ne cache pas son enthousiasme : « Ce projet est un atout pour attirer de bons ingénieurs. C’est de l’emploi à la clé, entre 1200 et 1500 en Europe. C’est aussi de nouvelles avancées technologiques. Nous sommes au début des vols civils suborbitaux. Nous ne savons pas encore toutes les applications qui en découleront. C’est une nouvelle page qui s’ouvre mariant l’aéronautique et le spatial ! »

Un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité ? Comme aurait dit un certain Neil Armstrong.

Le conseil général partenaire « symbolique »

Pour finaliser le projet de l’avion spatial, il faut un milliard d’euros. « Nous sommes face à un double défi technique et commercial. Notre équipe est prête. Mais pour aller à la recherche de financement, nous avons besoin de l’appui des institutionnels », a déclaré Rémi de Badts, le directeur du site des Mureaux. Appel entendu par le président du conseil général. Pas question, bien sûr, pour le département des Yvelines de débourser une telle somme. « Le département sera partenaire car nous sommes bien conscients que le moment de la mise en route est le plus délicat ». Pierre Bédier n’a pas donné de chiffres. Il a parlé d’une « participation symbolique ».

« L’aventure aéronautique a déployé ses ailes dans les Yvelines. Votre projet s’inscrit dans une longue filiation. Nous avons toutes les raisons historiques d’accompagner ce beau rêve. Nous serons à vos côtés pour conforter le développement technologique. À l’heure où EADS traverse une phase difficile c’est un facteur d’optimisme », a-t-il conclu.


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