Quel état des lieux dressez-vous sur le stress au travail ?
Pour ne parler que du secteur privé, on constate une évolution ou plutôt une dégradation des conditions de travail dans nos entreprises : l’augmentation de la charge de travail est une pression constante, due à des obligations de compétitivité. On remarque également une hausse de la précarité, qui génère des difficultés plus grandes dans les relations entre collègues et avec la hiérarchie.
Pour les salariés, comment cela se traduit-il ?
C’est un phénomène connu depuis une dizaine d’années, long à mettre en évidence, insidieux et irrégulier selon les entreprises. Chez Renault, l’obligation d’amélioration constante des coûts est ressentie différemment par les salariés, comparativement à Thalès, où on est plus protégés.
Concrètement, quelles sont les conséquences dans la vie professionnelle du salarié ?
Il arrive un moment où il est au bout du rouleau, où il ne peut plus faire mieux et il craque. Le salarié s’écroule complètement. Le nombre d’arrêts maladie augmente. Des relations conflictuelles au travail peuvent apparaître. J’ai traité un cas comme celui-ci où deux cadres supérieurs en sont venus aux mains, après des pressions énormes et peu compatibles imposées à chacun d’eux.
D’autres impacts ?
Le stress peu conduire à des accidents du travail lorsque le salarié essaye, contre vents et marées, de faire son boulot. Et pour peu qu’il y ait des difficultés d’ordre familial, cela peut aller jusqu’à la dépression.
À quel moment un salarié ou sa direction doivent-ils s’interroger ?
Lorsqu’il n’y a plus de marge de manœuvre. Par exemple, lorsqu’au bout d’une chaîne de fabrication, le tas de rebus augmente de façon anormale, que les dossiers deviennent mal ficelés ou que les retours clients deviennent importants. Bref, l’indice qualité doit pouvoir alerter.
Qui doit donner l’alerte ?
Le salarié est le mieux placé, bien sûr, mais il y a aussi sa hiérarchie qui doit attirer l’attention du management. Le délégué syndical qui a un peu de recul sur la situation peut aussi tirer la sonnette d’alarme auprès du comité d’hygiène et de sécurité, du comité d’entreprise.
Faut-il attendre que le nombre d’arrêts maladie se multiplie pour intervenir ?
Non. Il appartient aux partenaires sociaux de relever les indicateurs pertinents pour déterminer à quel moment les résultats se dégradent. Les réunions de CHSCT ont généralement lieux tous les trois mois.
Et le harcèlement sur le lieu de travail ?
Dans une équipe, il est souvent le fait de petits chefs ou de collègues entre eux qui mettent la pression pour que l’autre s’en aille. On l’observe le plus fréquemment dans la grande distribution. Il est plus difficile à mettre en évidence et à constituer d’un point de vue juridique, mais des réponses existent.
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