Le patron du service d’ordre public (SOP) des Yvelines qui gère plusieurs centaines de policiers (Bac, compagnie départementale d’intervention, brigade canine…) s’est rendu pendant deux mois et demi aux États-Unis, invité à prendre part à une formation continue à la FBI National Academy. Cette prestigieuse école de police assure l’encadrement des agents du FBI et accueille chaque année des cadres de la police des États-Unis ainsi que des policiers étrangers, histoire de se constituer un réseau amical.
Pendant plus de deux mois, le commissaire François-Xavier Masson s’est plongé dans le monde tout particulier de la police américaine, « une police qui jouit d’une image formidable dans la société américaine, mais une société plus violente que la nôtre ».
« Nous avons échangé pendant cette formation nos expériences, nos méthodes de travail. Là-bas il y a différentes polices. Difficile de faire le lien entre un chef de police dans l’Alabama qui a un crime tous les cinq ans et le patron des policiers new-yorkais qui dirige 40 000 hommes ! », raconte le patron du SOP.
Autres différences notables, le découpage géographique avec le comté, qui dispose d’un « chief of police » : le shérif. Le FBI aux États-Unis s’occupe des crimes fédéraux ; des infractions de droit civique et du crime organisé.
Effaré parfois par les moyens gigantesques en hommes mais aussi en matériels de la police américaine (l’armement, les véhicules), le commissaire dont les bureaux sont installés – comble de l’ironie – dans des préfabriqués au Chesnay, a suivi des cours de « management », « de gestion du stress » à l’américaine, vu « la police technique et scientifique » ou bien encore, quelque chose que le SOP connaît parfaitement, « les phénomènes de bandes ».
Tout le monde est armé
« Ils nous ont montré leurs méthodes d’intervention. Ils sont davantage confrontés à des phénomènes de guerres des gangs plutôt qu’à nos violences urbaines », précise le commissaire. En clair, lorsque le policier américain arrive pendant une confrontation, le danger est extrême. « Il peut y avoir plusieurs dizaines de morts pendant l’affrontement, vu que tout le monde est armé », raconte le chef du SOP.
Autre différence notable, la police américaine est largement plus tournée vers la communication et les médias. « Là-bas, pour le moindre fait divers, une conférence de presse est organisée. On a eu droit à des simulations avec l’ancien porte-parole de l’armée américaine pendant la guerre du Golf, précise le commissaire français. Les choses sont claires. Nous avons beaucoup à apprendre en la matière », reconnaît le policier français.
Le chef du SOP des Yvelines a également donné à son tour ses méthodes de gestion des foules, une technique que les policiers des Yvelines maîtrisent bien. « Les Américains nous ont posé beaucoup de questions sur la gestion des violences urbaines de novembre 2005. Ils étaient surpris qu’il n’y ait eu aucune victime (chez les jeunes émeutiers, NDLR). »
« Un jour, un policier m’a demandé avec sérieux, précise M. Masson. Pourquoi ne tirez-vous pas lorsque des gens vous lancent des pierres. On ne comprend pas. Chez nous, ils n’auraient pas le temps de lever le bras ! » Là encore, la différence entre les deux sociétés est patente.
Des salaires plus élevés
Cette réflexion vient du fait que, de l’autre côté de l’Atlantique, le policier a un véritable statut dans la société américaine. « Le policier qui patrouille dans la rue a une tenue impeccable. On ne touche pas à lui, note-t-il. Il peut aller manger avec son uniforme le midi et rentrer chez lui avec sa voiture de service. Il est intégré dans le paysage. Il est au service de la communauté et tout le monde l’aide. »
Et de poursuivre : « Il y a une fierté d’être policier que nous n’avons pas chez nous. On le voit d’ailleurs. La société américaine soigne ses policiers, qui disposent d’un statut, d’une image et de salaires plus élevés que les nôtres. »
Disposant d’un budget important, le chef de police aux États-Unis travaille avec pragmatisme et objectif. Chaque année il doit rendre des comptes pour atteindre les objectifs en matière de délinquance.
Le chef du SOP Yvelines a enfin participé à des démonstrations. « Si l’on enlève leurs moyens colossaux, on n’a pas à rougir de nos techniques d’intervention en matière de maintien de l’ordre ou d’interpellations, avance le policier français. On tient largement la comparaison avec nos homologues américains. » Et c’est un ancien flic de PJ qui dit ça.
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