« C’est le flou le plus total. Une rentrée avec si peu d’informations, c’est du jamais vu ! », fulmine Pierre Marsaleix, le secrétaire départemental de la FSU (fédération syndicale unitaire). Un des motifs principaux de la colère des enseignants, c’est l’abrogation de la loi Fillon et des décrets de Robien décidée sans que les moyens qui avaient été retirés ne soient correctement réaffectés.
Prends ta tente et attends
Signe de la difficulté à organiser, la rentrée, selon la FSU et le Snes-Education, vendredi dernier de nombreux enseignants n’avaient toujours pas leur affection : « La seule réponse qu’on peut leur faire, c’est "Prends ta tente et attends", lance Michel Chastan (Snes). Les inspecteurs d’académie ont refusé de réunir en juillet les comités techniques paritaires qui auraient permis aux représentants des personnels d’obtenir les informations en toute transparence », poursuit-il.
Huit postes en moins au lycée Saint-Exupéry
Une rentrée 2007 qui se fera dans le Mantois et le Val-de-Seine, comme ailleurs dans la hantise des 11 200 suppressions de postes programmées au niveau national. L’académie de Versailles perd cette année 809 postes dans les collèges et les lycées. Un dégraissage d’une ampleur sans précédent ! À Mantes-la-Jolie par exemple, le lycée Saint-Exupéry perd huit postes d’un coup.
Illustration de l’inquiétude ambiante, la réunion qui s’est tenue mardi dernier à Paris rassemblant quinze organisations syndicales et associations de parents d’élèves. Là aussi du jamais vu ! L’ensemble des composantes de la communauté éducative s’élève « contre des réductions budgétaires drastiques ».
« En lançant cet appel*, nous voulons devant l’opinion publique, interpeller le gouvernement, le président de la République. Nous voulons une politique éducative ambitieuse faisant avancer notre école publique en mettant au cœur la réussite de tous les jeunes. Nous voulons pour cela d’autres choix, un autre budget, une autre politique, » affirment les organisations signataires.
« Les suppressions de postes vont aller de paire avec une modification de la mission des enseignants. Cela va se traduire par des heures supplémentaires pour les collègues qui seront de plus en plus amenés à enseigner plusieurs matières. À terme, nous allons vers une baisse du nombre d’heures d’enseignement. Vis-à-vis de l’opinion publique et des parents d’élèves, les enfants auront toujours un adulte devant eux et ce sera de plus en plus des personnes sans qualification pédagogique », analyse le responsable de la FSU.
Premiers effets sur la carte scolaire
Sur le papier, la réforme de la carte scolaire n’a pas encore eu lieu, mais les promesses de la campagne présidentielle ont déjà des effets sur le terrain. Exemple au collège Cézanne où, selon la FSU, le principal a été saisi d’une trentaine de demandes de dérogation de parents qui souhaitaient scolariser leurs enfants ailleurs « Les chefs d’établissement ont déjà reçu des consignes avec des critères plus souples pour présenter les demandes à l’inspection », explique Pierre Marsaleix.
Effet direct aussi au lycée Rostand de Mantes-la-Jolie qui va perdre cette année une classe de seconde au profit Saint-Exupéry qui se retrouve avec 14 classes de seconde à 30 élèves chacune « C’est tout le pôle d’enseignement général de Rostand qui risque d’être affaibli », s’inquiète-t-on.
F.C.
* L’appel a été signé par Unsa-Education, Cé, la Ligue de l’enseignement, GFEN FCPE, CPAP Cahiers pédagogiques, FOEVEN, FAEN, FERC-CGT, FSU, SGN-CFDT, UNL, FIDL, UNEF et FNEC-FP FO
Les instits ont le moral dans les chaussettes
La rentrée s’annonce plus calme dans les écoles. Pas de suppressions de postes prévues. Mais chez les instits le moral n’est pas pour autant au beau fixe.
« Nous avons tout de même perdu 63 postes lors des trois rentrées précédentes », souligne Denis Andréoletti, du Snu-Ipp. « On aurait pu profiter des baisses d’effectifs pour alléger les classes. Aujourd’hui avec la multiplication des équipes éducatives, nous avons de plus en plus de réunions. Nous effectuons la rentrée sous la pression d’un ministre qui dit que l’on ne sait pas apprendre à lire aux enfants. Les collègues en ont marre », poursuit-il.
Publié à la veille de la rentrée, le rapport du Haut conseil de l’éducation pointant du doigt les lacunes dans l’enseignement du premier degré, n’est pas fait pour redonner le sourire aux enseignants : « Ce rapport arrive comme par hasard à quelques jours de la rentrée, alors que ce n’est qu’un copier-coller de rapports antérieurs. Il noircit le tableau et il est bourré de contradictions. C’est bien beau de dire que 15 % des élèves sont en grande difficulté à la sortie de l’école. Sauf que si l’on veut s’attaquer à ces 15 %, il faut mettre des moyens considérables, or nous n’en prenons pas le chemin », déplore Denis Andréoletti.
Les syndicats dénoncent également la régression du taux de scolarisation des enfants de 2 ans : « Alors qu’on sait parfaitement que la scolarisation dès le plus jeune âge est un facteur efficace de réussite, surtout dans les quartiers populaires, la maternelle devient un réservoir de postes à supprimer. »
Reste la quatrième heure de sport hebdomadaire. Annoncée dans un grand battage médiatique, elle n’est présentée que comme une possibilité, et non une obligation, dans la note du ministère adressée aux inspecteurs d’académie.
« Un premier trimestre très long »
« Vous ne préférez pas que je vous parle de mes vacances. J’ai fait le mythique GR20, en Corse, c’est plus intéressant. » Guillaume Knavel, 29 ans, professeur d’éducation physique et sportive au collège Les Plaisances de Mantes-la-Ville depuis cinq ans, est rompu à l’ambiance des rentrées scolaires. Rien que du banal, pour lui. Mais il finit par bavarder un peu. « Comme les élèves, on profite des derniers jours de vacances avant d’attaquer un premier trimestre qui va être très long. Comme d’habitude, c’est la période la plus difficile. On a neuf jours de vacances à la Toussaint pour couper jusqu’en décembre avant de rendre les premiers bulletins. En général, on arrive tous éreintés à la fin de l’année. Ce n’est pas forcément irrémédiable pour la réussite de l’année scolaire, mais c’est une période importante pour le choix de l’orientation. »
Cette année, il sera professeur principal d’une sixième mais devrait enseigner à « tous les niveaux » du collège, de la 6e à la 3e, dans un établissement « où il fait bon vivre. Le collège est classé en Zep (Zone d’éducation prioritaire), il compte 700 élèves et on y trouve une grande mixité sociale qui fait sa richesse. On y trouve de très bons élèves comme des cas difficiles et souvent, les difficultés scolaires s’expliquent par des difficultés sociales. Les élèves nous pompent beaucoup d’énergie mais ils nous rendent beaucoup aussi. Quand ils réussissent, c’est une énorme satisfaction. »
Devenu prof de sport l’année où le concours d’entrée à la fac disparaissait - « on était plus d’un millier à être inscrit en première année à Nanterre, c’était un beau bazar » - Guillaume Knavel se sait obligé de tordre le cou, une nouvelle fois, à l’image d’animateur sportif qui colle à un métier où les places sont pourtant dures à décrocher. « Nous sommes là pour éduquer les élèves à l’aide des activités physiques et sportives, avec pour objectif d’améliorer leur motricité, bien sûr, mais aussi l’éducation à la santé, à la citoyenneté, à la sécurité et à l’autonomie. »
Impatient de retrouver ses élèves, le professeur se prépare à une nouvelle rentrée avec moins d’aides-surveillants dans les établissements, et toujours l’association sportive tennis et tennis de table dont il a la charge. Rien que du banal.
L.V.
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