|
Pierre Cardo dans la pleine de Chanteloup, où l’on expérimente la culture du sorgho. |
Les promoteurs de la Seine Aval, politiques, acteurs économiques, rêvent le territoire du Val de Seine allant de Chanteloup-les-Vignes à Bonnières comme une terre d’avenir pour les éco-activités. Une réflexion sur l’opportunité de créer une filière économique associant les nouvelles technologies, les nouveaux matériaux en matière de production d’énergie et d’isolation pourrait se concrétiser dans les cinq ans. La boucle de Chanteloup est déjà très en pointe dans ce domaine.
Recherche
Entre Carrières-sur-Seine et Triel, on fabrique déjà des matériaux de construction d’origine végétale, notamment après le recyclage de textiles chinois de mauvaise qualité. Les ateliers du Relais d’Emmaüs, situés dans la zone d’activité des Cettons à Chanteloup, emploient 80 salariés en insertion qui récupèrent et trient les textiles usagés. Un tiers des matières recyclées servent à produire cet isolant, le fameux “Métisse” (lire par ailleurs). Mais ce n’est que le début d’un projet ambitieux défendu par la communauté des deux Rives de la Seine et son vice-président Pierre Cardo.
L’idée du maire de Chanteloup est de développer une activité de matériaux d’éco-construction servant notamment à l’édification de maisons à ossature de bois aux normes énergétiques environnementales, un modèle d’habitat qu’il compte bien rendre aussi populaire qu’au Canada et aux États-Unis.
La raréfaction des énergies fossiles conjuguée au réchauffement climatique impose la nécessité de rendre le logement plus autonome énergétiquement. Chacun en a pris conscience. Les normes de construction de “haute qualité environnementales” deviennent des évidences pour nombre d’élus locaux. Aux Mureaux, le programme de rénovation urbaine impose déjà des constructions HQE aux bailleurs sociaux.
Idéalement, la communauté de communes des Deux-Rives voudrait attirer dans la nouvelle zone d’activité des Cettons 2, à Chanteloup, des entreprises capables de concevoir des matériaux, lesquels seraient expédiés en pré-assemblage par la Seine, et par le canal Seine-Nord via l’Oise à Compiègne, direction l’Europe du Nord. Dans le sens inverse, les bois pourraient être importés par l’Atlantique… Ambitieux mais pas forcément utopique.
En effet, cette activité pourrait disposer d’un fort potentiel de croissance compte tenu de la marginalité du marché, ne serait-ce qu’en Seine aval dans un premier temps, car l’opération d’intérêt national, qui projette de construire 2 500 logements par an sur le territoire, pourrait agir comme levier pour lancer la filière.
Développement industriel
Le secteur situé entre Triel-sur-Seine et Carrières a tous les atouts pour réussir ce pari un peu fou : une plaine de 300 hectares qu’il n’est « pas question de laisser à l’appétit des promoteurs », un accès à la Seine avec la darse du port de Triel (bassin portuaire), un besoin de renouvellement industriel. « Les nouvelles technologies énergétiques pour l’habitat (NDLR, panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur), la fabrication d’éco-matériaux de construction, permettraient ainsi de développer un panel d’activités et des métiers très différents », assure Pierre Cardo. Et ces nouveaux métiers du bâtiment sont plus valorisés que ceux du bâtiment traditionnel. Créer les formations adéquates permettrait aussi d’endiguer la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur du BTP.
Pierre Cardo envisage encore l’implantation d’un lycée technique spécialisé dans ces nouvelles conceptions de la construction sur sa commune. Cet établissement viendrait compléter les formations de niveau universitaire dispensées à l’IUT de Mantes-la-Jolie déjà spécialisées dans ce domaine.
« À terme, explique l’Agence d’urbanisme de la Seine aval (AUDAS), l’objectif serait de créer sur le territoire un véritable département de recherche dédié à l’éco-construction, dans le but de proposer des actions à destination des architectes et des bureaux d’études. »
La filière économique associant les nouvelles technologies de production et d’économie d’énergie pourrait aussi apporter de nouvelles ressources aux agriculteurs encouragés par la Direction de l’agriculture et des forêts à se diversifier. « C’est un rendez-vous à prendre pour inverser l’image de l’agriculteur pollueur. Actuellement, nous observons attentivement des expériences menées en Seine-et-Marne, qui pourraient être importées en Yvelines », indique Michel Frangville, le directeur de l’AUDAS.
Révolution agricole
Un agriculteur de la boucle de Chanteloup, Marc Surgis, a déjà montré l’exemple en se mettant à la culture du sorgho. Cette céréale rustique, qui se passe de pesticides et d’irrigation, est utilisée comme dépollueur de sol (la plaine de Chanteloup est polluée aux métaux lourds). En matière d’habitat, le généreux sorgho sert surtout à la fabrication de fibres utilisées par les fabricants de revêtements muraux et d’emballages biodégradables, et surtout à la production de biomasse. Un projet “chanvre” - qui a à peu de choses près les mêmes propriétés que le sorgho - est aussi à l’étude localement.
Limitée pour l’instant à 1,4 hectare de culture, la plantation de sorgho pourrait être portée à 200 hectares. Cette surface de culture permettrait alors de construire une unité thermique de 4 mégawatts, fonctionnant au méthane produit par la combustion des tiges de la plante. Cette énergie pourrait par exemple alimenter la zone d’activité des Cettons.
« Je souhaite que cette zone d’activité soit exemplaire du point de vue environnemental », insiste Pierre Cardo. Bon signe, une entreprise déjà implantée dans le périmètre a construit ses bâtiments tout en matériaux de bois avec un toit végétalisé. La route est donc tracée.
Du textile pour isoler la maison
Le Relais d’Emmaüs de Chanteloup-les-Vignes est déjà entré dans l’ère de l’éco-construction et du développement durable. Cette entreprise d’insertion connue pour sa collecte de vêtements s’est mise à la recherche et développement, et a accouché d’une trouvaille très écologique : le “Métisse”, un isolant textile aussi performant que la laine de verre, fabriqué à partir de textiles asiatiques de mauvaise qualité recyclés. Après effilochage et mélangé avec un produit liant, le Métisse est conditionné en rouleau ou en plaques découpées prêtes à la pose.
Le matériau n’a pas encore obtenu la certification du Centre scientifique et technique du bâtiment mais, depuis six mois, le Relais d’Emmaüs est présent sur tous les salons écologiques pour populariser son produit. À Chanteloup, 80 salariés travaillent au tri des textiles usagés. Grâce à la loi sur l’éco-taxe, le Relais a pu récemment augmenter ses effectifs.
« Nous cherchons encore à nous développer et à étendre notre collecte », indique Jean-François Luthun, le responsable du site de Chanteloup. Actuellement, dans les Yvelines, seulement 15 à 20 % des textiles usagés sont collectés.
Les communes qui veulent participer à cette collecte peuvent contacter le Relais de Chanteloup au 01 39 74 85 85.




