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Chérence. Le vol à voile à la portée de tous ?
Pour pratiquer le vol à voile à Chérence, on pourra bientôt se passer d’un avion remorqueur. L’Association aéronautique du Val-d’Oise (AAVO), qui s’apprête à fêter le soixante-dixième anniversaire du petit aérodrome, envisage en effet d’acquérir un treuil.
Le Courrier de Mantes
Publié le:  29 août 2007
Page 28 

On se servira moins des remorqueurs, sans les abandonner tout à fait.

Cette technique est présentée comme plus écologique, mais aussi plus économique.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une technique nouvelle, puisqu’on l’employait à Chérence dès 1947, quand on a commencé à y pratiquer le vol à voile. Mais les treuils d’alors étaient moins performants.

Le treuil est aussi couramment utilisé sur le terrain de Beynes. Monté sur un véhicule, il permet de propulser un planeur à une hauteur de 500 m au moyen d’un câble d’une longueur de 1 000 m. Quand le planeur parvient à la verticale du treuil, le câble est largué et descend au moyen d’un parachute. « La mise en l’air d’un planeur au moyen d’un treuil est bien plus rapide, on est plaqué au siège, argumente Jean-Louis Petit, vice-président du club et instructeur. Le planeur passe de 0 à 120 km/heure en deux secondes. Il se cabre pas mal au cours de la montée, à un angle de 45°. » Cet aspect « Foire du Trône » suscite d’ailleurs quelques réserves chez certains vélivolistes (lire encadré).

Des tests effectués sur le terrain en octobre dernier ont convaincu l’association d’opter pour le treuil, sans abandonner pour autant les remorqueurs (avions) qui continueront leur office. Car le treuil ne sera pas utilisable dans toutes les conditions de vent. Le remorqueur conservera cet avantage qu’il est capable de déposer un planeur précisément là où se trouvent les ascendances, parfois à quelques kilomètres du terrain.

Écologique

L’AAVO a trouvé plusieurs arguments en faveur du treuil : « Le modèle que nous envisageons d’acheter est électrique. Nous avons calculé que la dépense d’énergie nécessaire pour emmener un planeur à 400 ou 500 m représente l’équivalent de 0,5 l de gasoil, tandis qu’un “remorqué” nous coûte 3,5 à 4 l. Soit une dépense sept fois supérieure. » L’intérêt écologique, autant qu’économique, est avancé par le bureau de l’AAVO.

« C’est bien simple, reprend Jean-Louis Petit, lors des tests de l’année dernière, nous avons réalisé 135 “treuillés” avec 70 l de gas-oil : notre treuil était alimenté par un groupe électrogène. »

Les jeunes intéressés

Cet équipement permettra, selon le trésorier Jean Caumette, de réduire considérablement le coût de revient, pour le pratiquant, du vol à voile. « Nous facturons actuellement le remorqué à 22 euros. Avec le treuil, le prix de la mise en l’air sera abaissé à 7 ou peut-être 6 euros. Ce système participera à la démocratisation du vol à voile », assure Jean Caumette qui, à 70 ans, n’envisage pas, pour sa part, d’employer ce mode de lancement. « À mon âge, je resterai au remorqué. D’ailleurs chacun fera comme il voudra. »

Qu’en pensent les jeunes pilotes en formation ? Ceux qui ont testé l’année dernière ont trouvé ça « marrant. Le décollage procure des sensations supplémentaires ». « Pour ce prix, on peut se “vacher” et recommencer, ça n’a pas les mêmes conséquences », observe Florence, une jeune pilote qui totalise 70 heures de vol. Olivier, 300 heures de vol, attend de voir : « Le treuil te largue en bout de piste, pas sous les cumulus, alors… »

Philippe Lecoq, le chef pilote de Chérence, promet lui aussi que le treuil « va aider à former plus de jeunes, à mettre du monde en l’air pour pas cher ».

L’instructeur Gilles Hug, chargé du « projet treuil » à l’AAVO, veut bien admettre que ce procédé a quelques défauts : « Avec lui, on ne peut pas décoller vent arrière. Et sa mise en œuvre induit davantage de manipulations au sol : il faut une voiture pour ramener les câbles, etc. » Mais Gilles Hug s’enthousiasme pour le développement d’une activité à faible coût, qui pourrait devenir moins onéreuse à l’année « que l’inscription dans certains clubs de tennis de la région parisienne ». Il n’attend plus désormais que l’autorisation de l’Aviation civile.

Coût

L’achat du treuil représente un investissement de 100 000 euros. De 170 000 euros si l’on ajoute la pose de la ligne électrique qui l’alimentera, et divers accessoires. La Fédération française de vol à voile, les collectivités locales mais aussi EDF, ont reçu des demandes de subvention.

Le treuil fait débat

Au sein de l’AAVO, le treuil a fait débat. Des adhérents, minoritaires, militent plutôt pour le remplacement des deux remorqueurs du club, les vieux DR 400 (21 et 31 ans d’âge), par un nouvel appareil MCR R180, « une cellule de conception toute récente qui a été pensée par Dyn’Aéro, une société française, pour le vol à voile ». L’emploi de ce nouveau remorqueur, plus économe en carburant, ferait baisser lui aussi le coût du lancement pour l’usager (de 22 à 16 ou 17 euros). L’AAVO a bien prévu d’acquérir un tel avion, mais non comme mode de lancement exclusif.

D’après cet adhérent que le treuil n’a pas convaincu, « le vol se résumera à un simple tour de piste… Alors qu’avec un avion capable de monter à 500 mètres et plus, et de placer astucieusement le planeur dans une ascendance, la durée du vol permet de faire une leçon convenable. Voilà déjà une des raisons qui me font douter de l’efficacité du treuil et de son succès pour l’école. »


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