Où est passé Armand Swzarcenberg ? La question est restée sans réponse pendant trois jours. Ce Parisien qui séjournait depuis une semaine au Relais tendresse, une maison de retraite privée de Bonnières, a quitté l’établissement sans laisser de trace en fin de journée, jeudi 16 août dernier.
Dans la matinée, il avait déjà fait une sortie avant d’être rattrapé par le personnel vers le pont de Bennecourt. Aux alentours de 19 heures, il profite de l’entrée d’une voiture de visiteurs pour franchir les grilles de l’établissement et partir en direction de Freneuse.
« La famille qui arrivait a prévenu l’accueil. Le temps qu’on sorte, qu’on prenne une voiture pour partir à sa recherche, il avait disparu », témoigne la directrice, Axelle Olejnik.
Sans repère
La gendarmerie, déjà alertée pour le même motif dans la matinée, est à nouveau appelée et déploie alors d’importants moyens pour retrouver le retraité. Vers 20 heures, une vingtaine de militaires sont sur le terrain et concentrent leurs recherches sur le secteur pavillonnaire et la zone boisée de Freneuse. Dans la soirée, un élément confirme cette direction : « Vers 22 h 30, nous avons eu un témoignage. Une personne de retour à son domicile a parlé de la disparition à son entourage qui dit avoir aperçu un homme qui correspond à sa description », détaille le capitaine Xavier Perrin, commandant de la compagnie de Mantes, à la tête du dispositif.
Dix hommes poursuivent les investigations durant la nuit, avant qu’un hélicoptère, deux patrouilles à cheval, la brigade fluviale, entre autres, viennent en renfort pour passer la région et les bords de la Seine au peigne fin le lendemain. Une quarantaine de gendarmes sont mobilisés.
La photo d’Armand Swzarcenberg est diffusée dans la ville et ses environs. La SCNF, la RATP, la police nationale sont également informées de sa disparition, photo à l’appui.
Le retraité mesure 1,70 m. Corpulent, il a les cheveux blancs et porte une veste de ville et un pantalon sombre. Il n’a pas emporté d’argent ni de pièce d’identité avec lui. Particularité du disparu : il est atteint de la maladie d’Alzheimer.
« Il est en très bonne forme, il aime beaucoup discuter. Une personne qui ne le connaît pas ne peut pas deviner qu’il est malade, souligne Axelle Olejnik. Lorsqu’il est chez lui, à Paris, il sort et emprunte un circuit habituel. Les commerçants de son quartier le connaissent. Lorsqu’il se trompe de chemin, ils le redirigent. »
A Bonnières, il n’a en revanche aucun repère.
Vide
Les recherches sont vaines jusqu’à dimanche matin où une patrouille de police repère le vieil homme rue de la Forge-Royale, dans le 11e arrondissement de Paris. Le retraité est conduit à l’hôpital Saint-Antoine. Son état de santé n’inspire aucune inquiétude. Armand Swzarcenberg a simplement besoin d’être réhydraté. Il restera quelques jours encore en observation à l’hôpital. La bonne nouvelle est annoncée à ses neveux qui informent à leur tour la maison de retraite bonnièroise à la mi-journée.
Une bonne soixantaine de kilomètres séparent Bonnières de Paris. Comment le pensionnaire a-t-il rejoint la capitale ? Quel jour ? Y a-t-il été conduit par un automobiliste ou a-t-il pris un train ? Il subsiste un vide dans ces trois jours de la vie d’Armand Swzarcenberg. Dans sa mémoire probablement aussi
« Son présent n’est pas celui du réel »
Trois questions au Dr Michel Salom, diplômé de gérontologie clinique, chef de service au centre Bellan, à Magnanville.
Comment expliquer ce désir permanent de partir des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ?
Lorsqu’on est atteint de cette maladie, on ne le sait pas. La personne continue donc de mener sa vie, comme si de rien n’était. Dès qu’elle souhaite faire un tour dans son quartier, elle le fait sans réaliser les risques qu’elle prend pour elle. Elle ne les comprend d’ailleurs pas. Son présent n’est pas celui du réel mais celui passé il y a plusieurs années.
Pourquoi ce présent s’efface-t-il ?
Il faut comprendre la physiologie de la mémoire : ce qu’on retient le mieux est ce qu’on a de multiples fois répété. Par contre, on se souvient moins bien des choses banales ou qui n’ont pas de connotation affective. C’est pour cela qu’on ne rappelle pas de ce qu’on a mangé le midi, mais qu’on n’oublie pas son repas de noces.
D’autre part, on peut être complètement dément et conduire une voiture ou un vélo : il s’agit d’opérations d’automatisme. De la même façon, on peut sortir dans son quartier et ne pas se souvenir de ce qu’est une boulangerie. Les automatismes fonctionnent mieux que la mémoire verbale et l’abstraction.
Ces deux notions permettent de comprendre pourquoi un malade va partir et se perdre. Il vaque à ses occupations sans contrainte et le fait de l’en empêcher ne lui semble pas motivé.
Pourquoi les malades sont-ils angoissés lorsqu’ils ne sont plus dans leur environnement quotidien ?
Lorsque vous émergez d’un cauchemar, il vous faut quelques secondes pour vous refixer à la réalité. Imaginez un malade qui soit dans cette situation, sans pouvoir se raccrocher à quelque chose. Voilà sa vie ! Il va donc chercher en permanence un lieu ou une personne pour se rassurer.
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