C’est sur les bases d’une forteresse médiévale que la famille de Béthune, dont est issu Maximilien, duc de Sully, fait construire sa demeure vers 1595. Composée de quatre pavillons d’angle et d’une cour délimitée par un mur écran, elle est entourée de fossés. Au fil de l’histoire, le château passe de mains en mains, d’abord au Comte de Sénozand, en 1718 avant que son fils ne décide de réaliser un pavillon de bain, en bord de Seine.
En 1818, il est acquis par le duc et la duchesse de Berry qui en fait sa résidence favorite et lance les travaux d’achèvement des ailes et l’aménagement d’un parc à l’anglaise.
Entre 1830 et 1836, alors qu’il appartient à un banquier, le mobilier du château, dont 235 tableaux, est vendu aux enchères. Le compte Lemarrois le sauve de la ruine mais sacrifie les ailes reconstruites douze ans plus tôt. En 1869, l’édifice est vendu à la famille Lebaudy, largement associée au développement de dirigeables dans la boucle de Moisson, qui le conserve jusqu’au milieu du XXe siècle. Le château est alors habité par plusieurs privés, dont la famille du cinéaste Jacques Tati, mais aussi les Hertz. En 1941, le château et son parc sont classés monuments historiques.
Scandale
L’année 1984 marque un tournant et la partie la plus sombre de l’histoire de la prestigieuse demeure commence avec son acquisition pour 15 millions de francs (1,98 M€) par la société Nippon Sangyoo. Ces investisseurs, qui possèdent sept autres châteaux français, dont celui de Louveciennes, promettent d’entretenir ce patrimoine. Un scandale va suivre.
Non seulement le château n’est pas entretenu, mais la famille japonaise entame un véritable dépeçage de son mobilier. Boiseries, statues, fontaines et vasques du parc, consoles de marbre, mobilier de chapelle, tout ou presque va disparaître.
Le 18 octobre 1993, le salon de la duchesse de Berry, comprenant trente-trois pièces, est adjugé pour 750 000 F (114 000 €). Il ne s’agira pas de la seule pièce de valeur passée sous le marteau du commissaire-priseur et dispersé. Le 14 mars 1994, la famille récidive mais l’État exerce son droit de préemption lors d’une seconde vente pour sauver de la dispersion huit tapisseries. Les six pièces de la tenture Psyché sont acquises pour le compte du conseil général du Loiret. Les tapisseries Le triomphe d’Alexandre et Aristide préparant un sacrifice aux dieux sont préemptées pour le compte de la ville de Rosny-sur-Seine où s’est créée l’association de sauvegarde du patrimoine. Des poursuites sont engagées contre les représentants de la société nippone.
Malgré les alertes répétées du maire, César Masséra, et des habitants, le château, au cœur d’un imbroglio juridique pour sa reprise, reste abandonné. Au petit matin du 24 janvier 1997, nouveau coup dur : un incendie détruit la toiture de l’aile nord du château où planchers et plafonds se sont effondrés. Catherine Trautman, alors ministre de la Culture se rend sur place et annonce une expropriation d’office. Une procédure rarement appliquée mais qui permet à la puissance publique d’éviter une destruction définitive.
Après de longs mois d’attente, le château est finalement vendu à un privé qui envisage une reconversion du site. Les représentants de l’association rosnéenne de sauvegarde du patrimoine espèrent désormais la concrétisation du projet relais château « au plus tard pour 2012 ».
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