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Les obsèques de Jean-Paul David se sont déroulées lundi à la collégiale de Mantes-la-Jolie. |
Sous le ciel gris de ce lundi d’août trop froid pour la saison, plus de trois cents personnes se sont rassemblées à la collégiale pour assister aux obsèques de Jean-Paul David. L’ancien député-maire de Mantes-la-Jolie s’est éteint dans sa 95e année. Depuis sa retraite, il n’avait pas quitté sa maison du quai des Cordeliers, au bord de la Seine.
Responsables politiques, présidents d’associations, simples citoyens, ceux que les congés d’été n’avaient pas éloignés de Mantes sont venus dire un dernier adieu à celui qui a profondément marqué la ville de son empreinte.
Lors de la cérémonie célébrée par le curé de la collégiale, le père Floribert, son ami de toujours Michel Sevin lui a rendu un bel hommage.
« Jean-Paul, c’était son prénom et depuis soixante ans, les Mantais, y compris ses adversaires politiques, n’en parlaient que cette manière, c’est dire qu’il faisait partie de la famille ! », a-t-il déclaré avant d’évoquer son action déterminée pour reconstruire Mantes-la-Jolie après la guerre. « On lui doit l’hôtel de ville, le stade, plusieurs gymnases, plusieurs écoles, plusieurs équipements pour la jeunesse, deux piscines, le centre culturel, la bibliothèque municipale, ainsi que l’hôpital qui remplaça en 1965 le très vétuste bâtiment du XIXe siècle. »
Michel Sevin a également rappelé « le rôle important qu’il joua sur le plan national sous la quatrième République et les débuts de la cinquième » avant d’évoquer quelques-uns de ses traits de caractère qui contribuaient aussi à en faire un personnage hors du commun : « Vos rouspétances, vos protestations, vos mouvements d’humeur même rassuraient vos amis : vous étiez en bonne santé ! Et quand l’un ou l’autre vous le faisait remarquer, vous esquissiez un sourire mollement réprobateur… L’orage était apaisé et l’on abordait un autre sujet… »
« Le Courrier de Mantes » présente ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches.
L’homme de la reconstruction de Mantes
À la mairie de Mantes-la-Jolie, ses coups de gueule étaient légendaires. « À l’Assemblée nationale, il était l’un des plus brillants orateurs, capable de parler pendant des heures sans aucune note. Il avait une voix de stentor », se souvient Didier Simond.
Avec son caractère bien trempé, Jean-Paul David régna sur Mantes pendant trente ans.
Reconstruire la ville bombardée
Pourtant à l’origine, sa destinée mantaise ne s’est jouée qu’à un fil. Candidat radical-socialiste, il se fait d’abord battre aux cantonales de Maisons-Laffitte avant d’être élu député de Seine-et-Oise. En 1946, il obtient son premier fauteuil grâce à une élection à la proportionnelle et aux alliances entre partis que favorise la IVe République. L’année suivante il gagne à la surprise générale la mairie de Mantes-la-Jolie au cours d’une mémorable soirée. Avec une liste de coalition avec la droite (le MRP, le RPF du général de Gaulle et son parti le RGR rassemblement des gauches républicaines), il obtient treize sièges, les communistes, neuf et les socialistes cinq. La gauche est donc majoritaire. Les socialistes conviennent qu’au troisième tour, ils voteront pour le candidat communiste, en principe André Veylet. Mais les communistes, craignant une défection chez les socialistes, changent de candidat et à la dernière minute présentent M. Nicolle, plus âgé que Jean-Paul David, qui aurait été élu au bénéfice de l’âge en cas d’égalité de voix. Furieux de cette manœuvre, les socialistes maintiennent leur vote pour André Veylet. C’est ainsi que commence l’histoire mantaise de Jean-Paul David.
Un épisode de trente ans d’abord marqué par la reconstruction de Mantes, dont tout le centre a été détruit par les bombardements de mai 1944.
« En 1947, le président Vincent Auriol posa la première pierre de la reconstruction. Mais il fallut de longues années pour voir les premières réalisations sortir de terre, d’abord le bas de la rue August-Goust dans les années 1957-1958, puis le haut de la rue Nationale en 1960 », explique Michel Sevin. « Les besoins en logement étaient énormes. Les habitations qui n’avaient pas été détruites étaient pour beaucoup d’un autre âge. Le logement était une des préoccupations majeures de Jean-Paul David. C’est ainsi qu’est née l’idée du Val-Fourré », poursuit-il.
Ainsi naquit le Val-Fourré
En 1953 Jean-Paul David fait adopter le principe de la construction d’un groupe d’habitations. Mais en rupture, avec le RPF et De Gaulle, il refuse les villes nouvelles de Paul Delouvrier, ministre de la reconstruction, et préfère ordonner lui-même le développement urbain de Mantes. Il se dote alors des outils nécessaires, notamment la SERM, société d’économie mixte de la région mantaise, créée en 1959, puis le district urbain en 1966.
Le plan-masse du Val-Fourré, présenté par l’architecte M. Lopez prévoit 5 780 logements. Il est approuvé en septembre 1962.
La construction du Val-Fourré ne va pas sans heurts avec les autorités publiques, et quelques empoignades avec le préfet. Les rapatriés d’Algérie seront les premiers occupants de ce nouveau quartier en 1963.
Pour tous les mal-logés, pour les jeunes couples, le Val-Fourré c’est le luxe. Toutes les catégories sociales s’y côtoient. Pour tenter d’assurer un équilibre financier, le projet se densifie, on passe à 8 230 logements et l’on adopte la construction d’éléments préfabriqués en béton, Jean-Paul David promet que « le Val-Fourré, n’est pas et ne sera pas un nouveau Sarcelles ».
Est-ce le Val-Fourré et son évolution ? Est-ce l’usure du pouvoir quelle que soit la qualité de l’homme ? Après un premier coup de semonce lorsqu’il est battu aux cantonales de 1976 par Paul Picard, il perd la mairie dans la foulée.
Retiré de la vie politique, il n’en resta pas moins un observateur attentif jusqu’à son dernier souffle.
Un parcours hors normes
Jean-Paul David est né le 14 décembre à Miélan dans le Gers. Il épouse Monique Caillard. Ils auront deux enfants Pierre-Louis et Marion.
Combattant. Pendant la guerre, mobilisé comme officier au 7e bataillon de chars, il s’illustre par son courage et sa conduite qui lui vaudront la croix de Guerre 1939-1945 et la Légion d’honneur, dans l'ordre de laquelle il fut promu officier en 1950.
Pour ses activités dans le réseau préfecture-police, il obtiendra la citation de Résistance.
À la Libération, il est chef du 5e bureau de l’état-major centre Europe. Il est également commandeur Ouissam-Alaouite (Maroc)
Député. Il entre en politique en 1946 en devenant député (RGR) de Seine-et-Oise, il sera réélu en 1951, puis en 1956. Il effectue son dernier mandat de 1958 à 1962 avant d’être battu par le gaulliste Prioux. Défenseur de l’Algérie française, il se fâche définitivement avec les gaullistes, qui chercheront alors à l’éliminer du paysage politique.
Maire. Il gagne le fauteuil de maire de Mantes-la-Jolie en 1947. Il l’occupera trente ans jusqu’en 1977, où il est battu par le socialiste Paul Picard.
Il sera également président du district urbain (1966-1977), président de l’Union des maires des Yvelines (1967-1977).
Il était maire honoraire de Mantes-la-Jolie
Responsable politique national. Nommé membre du comité consultatif, il participe à l’élaboration de la constitution de la Ve République. Dans les années cinquante, il crée Paix et Liberté, un mouvement anticommuniste très actif financé par les Américains qui lui valut son heure de gloire ainsi qu’une chronique régulière sur les ondes nationales.




