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Sandy Casar aime le goût de la victoire. |
Arrivé dimanche à Paris tout auréolé de sa victoire à Angoulême (18e étape), Sandy Casar a dû répondre à de nombreuses sollicitations avant de rejoindre son domicile de Saint-Illiers-la-Ville. Mardi matin après « sa première vraie nuit », il a fait le bilan de son Tour de France.
« J’ai envie que ça recommence »
Le Courrier : Comment avez-vous vécu ces quelques jours depuis votre victoire à Angoulême vendredi ?
Sandy Casar : Il n’y a pas eu beaucoup de temps morts ! Mais ça fait plaisir. Je commence à apprécier ma victoire avec le retour à la maison. Après la chute de vendredi [au 27e kilomètre de l’étape d’Angoulême, un chien l’a fait tomber], j’ai beaucoup de mal à dormir. Je suis fatigué et débordé mais, l’accueil du public et les sollicitations des médias, c’est aussi une forme de reconnaissance. J’ai déjà envie que ça recommence. Pas le Tour, mais la victoire.
« Des mots
qu’il me disait »
A propos de cette chute, vous avez expliqué que c’est le souvenir de votre père, André, qui vous a aidé à repartir.
Ce sont des souvenirs de jeunesse, des mots qu’il me disait. Et puis, il y avait aussi les encouragements du public. Je me suis relevé sans trop me poser de questions. C’était aussi par réflexe mais j’étais encore un peu abasourdi en repartant. C’est en revoyant les images que je m’en suis rendu compte.
Cette victoire vient après trois places de deuxième sur des étapes du Tour de France et votre dernière victoire chez les pros remonte à 2005 (Route du Sud). C’est dur de gagner, même lorsqu’on est l’un des meilleurs Français …
Quand on n’est pas un sprinteur, un vrai spécialiste, c’est compliqué. Après, il faut se retrouver dans le bon coup mais les occasions sont rares.
Vous visiez le top 10 mais cet objectif est rapidement devenu irréalisable. Pourquoi ?
J’ai eu des problèmes de santé, mal au dos, aux adducteurs. Il faut que je fasse des examens pour savoir ce que c’est. C’était une déception mais je me suis fait une raison. Et mon objectif a toujours été de décrocher une victoire d’étape.
En voyant que c’était fini pour le général, vous aviez coché les étapes de Marseille (2e) et Angoulême ?
J’en avais coché quatre, avec Castres et la veille d’Angoulême. On pouvait les gagner en étant dans la bonne échappée. Mais, encore une fois, c’est compliqué de partir au bon moment.
« On commence à prendre les “gros” »
Le Tour 2007 a été marqué par les affaires de dopage …
[Il coupe.] Ce n’est pas la première fois mais, cette année, les contrôles commencent à marcher et à prendre les “gros”. C’est encourageant pour le futur. Mais je crois aussi qu’on en parle plus qu’avant. Ce qui ne veut pas dire qu’il y a plus de coureurs dopés.
Vous avez été l’un des premiers à réclamer plus de contrôles. Expliquez-nous votre engagement dans ce domaine.
J’ai eu l’occasion de signer une charte qui va dans le bon sens. Pour une fois, j’ai voulu prendre la parole. J’essaie de faire avancer les choses mais je ne sais pas si c’est décisif.
Il semble que la loi du silence n’est plus en vigueur, notamment chez les Français.
Ce n’est pas la première fois qu’on essaie de parler. Maintenant, on s’organise. Il y a le mouvement pour un cyclisme crédible (qui a organisé un sit-in le lendemain de l’exclusion de Vinokourov). On est obligé d’aller dans ce sens. Et le public a compris notre démarche. Il prend conscience qu’il y a des choses qui avancent.
Quelle était l’ambiance dans le peloton ?
On s’aperçoit qu’ils sont nombreux à penser comme nous finalement. Plus qu’on pouvait l’imaginer. Le plus grand reproche qu’on nous a fait, c’est de ne pas avoir assez expliqué notre démarche aux autres coureurs.
Il y a deux ans, vous nous confiez en “off” vos doutes face à quelques coureurs, qu’en est-il cette année ?
Ce n’est pas mon métier de dire ça. Je ne suis pas médecin. Il y a des contrôles qui marchent, on le voit. C’est vrai qu’on a toujours des doutes mais il y a aussi des coureurs qui ont de réelles qualités, de celles qui font la différence entre les champions et les autres.
« Le public a compris »
Le dopage vous a-t-il fait douter de votre avenir dans le métier ?
Oui, c’est vrai. On se pose des questions, sur le métier, sur l’engagement futur des sponsors. Mais ma victoire à Angoulême et l’accueil du public m’ont rassuré. Je crois vraiment que le public a compris qu’il faut revenir à un système sain.
Comment expliquez-vous la différence avec les autres sports ?
Le cyclisme est un sport individuel qu’on pratique en équipes. On est moins défendu que les sports collectifs où les intérêts sont différents. Je pense que le vélo est au fond du gouffre mais qu’il est en train de remonter la pente. Si tous les sports étaient contrôlés comme le vélo, on s’apercevrait peut-être que ce n’est pas là qu’il y a le plus de dopage.
Qu’allez-vous faire dans les prochains jours ?
Les critériums de Lisieux mardi (hier) et Saint-Sébastien samedi. J’en ai deux autres la semaine prochaine et puis je reprends la saison dans le Limousin mi-août.
Sa victoire à Angoulême
Le plus malin et le plus fort. Sandy Casar a été les deux à la fois vendredi à Angoulême où était jugée l’arrivée de la 18e étape du Tour de France. Fidèle à son tempérament d’attaquant, il est passé à l’offensive dès le début de la journée, dès les faubourgs de Cahors, avec un autre Français, Laurent Lefevre (Bouygues Telecom). Mais le Mantevillois a connu une grosse frayeur au 27e kilomètre. Il a percuté un chien, est tombé en compagnie d’un autre coureur mais a réussi à repartir malgré des contusions au dos, au coude et au fessier.
Derrière, le peloton a laissé partir les quatre hommes qui ont compté plus de quinze minutes d’avance. Avec Axel Merckx (T-Mobile), Laurent Lefevre et Mickael Boogerd (Rabobank), Sandy Casar s’est relayé pendant plus de 150 kilomètres. A cinq kilomètres de l’arrivée, la bagarre finale a commencé et, fort de son expérience jusque là malheureuse, le protégé de Marc Madiot s’est imposé. Bien planqué au début, il a profité, à 2,5 km de la ligne, d’un îlot directionnel que ses adversaires avaient franchi à droite pour attaquer à gauche. Il a rapidement pris quelques dizaines de mètres d’avance mais, derrière, Boogerd revenait vite. Dans le faux plat montant de l’arrivée, Casar a levé un peu le pied légèrement avant de lancer violemment le sprint. Il a levé les bras avec une large avance et secoué un point rageur. Deux fois deuxième en 2005, battu d’une roue par Cédric Vasseur à Marseille, Casar courait après une victoire chez les professionnels depuis la Route du Sud, en 2005.
A 28 ans, il inscrit enfin une nouvelle ligne sur son palmarès. Cette année, il s’était préparé spécialement pour briller sur la plus grande course du monde. Handicapé par quelques pépins physiques, il n’a jamais pu lutter avec les meilleurs d’un Tour marqué par la chasse aux dopés.
Un coureur examplaire
Né le 2 février 1979 à Mantes-la-Jolie, Sandy Casar a découvert le vélo avec son père, André, très bon coureur de niveau régional. Il a toutefois commencé par la course à pied à l’âge de huit ans et a rapidement connu ses premiers succès.
Il participe à sa première course de vélo vers l’âge de 12 ans, à Bois le Roi (28), et collectionne rapidement les podiums. Licencié au CA Mantes-la-Ville à partir de 1991, puis chez Jean Floc’h Mantes de 1997 à 1999, il poursuit ses études d’éducateur sportif à Cholet. Le 23 juin 1999, Sandy s’adjuge le titre de Champion de France Espoirs de contre-la-montre, à Charade. Il signe ensuite son premier contrat professionnel, en janvier 2000, à la Française des Jeux.
Après sa seconde place à Paris-Nice en 2002, il éclate aux yeux du grand public. La même année, il participe à son premier Tour de France et remporte aussi sa première victoire chez les professionnels, le 29 septembre, lors de la quatrième étape du Circuit Franco-belge à Tournai.
2003 est l’année des grands Tours, avec une première participation au Giro et une excellente 13e place au classement général devant Marco Pantani. Puis vient le Tour de Suisse avec sa spectaculaire victoire lors de la quatrième étape.
2004 est une année bien remplie, de nombreux bons résultats, une seconde place à la Route du Sud, une cinquième place lors du Championnat de France sur route, et puis bien sûr, la 16e place au classement général du Tour de France. Sans oublier, une sélection en Equipe de France pour les Championnats du Monde à Vérone au cours desquels il apprend le décès de son père de la bouche de Marc Madiot, son directeur sportif.
2005 est dans la continuité des années précédentes… avec encore de nombreux bons résultats : deux places de second lors d’un Tour de France (29e place au classement général) qui traverse sa région. Il y a aussi une victoire, celle de la Route du Sud, et puis une énième 3e place sur Paris-Camembert. En 2006, il termine sixième du Giro mais passe au travers du Tour de France. Cette année, il s’était particulièrement préparé pour la grande boucle en faisant l’impasse sur le Tour d’Italie.




