Une semaine après avoir obtenu le titre de vice-champion d’Europe juniors des 48 kg, le boxeur du Boxing Oxygène de Mantes Nordine Aït Hiya revient sur son parcours.
Le jeune homme, qui vient de fêter ses 19 ans, affiche l’image de son modèle, l’américain Oscar de la Hoya. Même « belle gueule », ton calme et posé, Aït Hiya marche sur les traces de l’ex-champion du monde des poids moyens. Lui qui s’est déclaré « pas vraiment surpris mais content » de sa seconde place ne mesure pourtant peut-être pas à sa juste valeur son exploit.
En effet, le Mantais qui suit actuellement une formation d’ingénieur à l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Lyon a dû composer avec les difficultés inhérentes à son statut : « Il n’existe aujourd’hui aucune section spéciale en France qui me permette de conjuguer ma pratique de la boxe et mes études », explique-t-il. Bien qu’il soit en sports études à Lyon, l’école ne possède pas de salle adaptée. « Du coup, je m’entraîne tout seul puisque je suis l’unique pugiliste de l’école. Évidemment, cela perturbe beaucoup mes préparations. Lors des championnats de France, j’ai pu disposer des structures du club du Ring Berjalien, que je remercie au passage pour l’aide qu’il m’a apportée. Mais pour aborder les Europe, j’ai été obligé de travailler en solo. »
Toute l’année, il doit donc s’organiser au mieux pour arriver. « Lors des stages nationaux, je prenais des coups et je souffrais franchement », commente-t-il. Pour autant, il ne désespère pas et ne veut en aucun cas privilégier son sport au détriment de ses études : « J’ai l’impression que l’un ne va pas sans l’autre, reprend-t-il. Alors j’alterne par phases et parfois je travaille plus ma boxe, parfois plus mes études, ce qui explique certaines de mes contre-performances. »
La relève
Le cas particulier qu’il représente n’a cependant pas refroidi les instances nationales qui, logiquement, lui font confiance pour l’avenir : « Les entraîneurs de l’équipe de France m’ont contacté. Ils m’ont dit que, vu les résultats obtenus, ils comptaient sur moi pour les JO de 2012. » Bien qu’il soit au niveau des meilleurs Français tels que Rédouane Asloum ou Nordine Oubaali, il ne se fait pas d’illusions pour Pékin : « Je sais que, lors de cette année préolympique, quoi que je fasse, il me sera presque impossible de détrôner le champion de France. À moins de le mettre KO. »
Comme dans beaucoup de pays, la fédération protège en effet certaines de ses élites afin d’optimiser leur confiance et leur forme avant les JO : « C’est comme ça mais je ne m’en formalise pas. Mon but, c’est 2012. » Le peu de reconnaissance médiatique et financière n’ont pas plus raison de sa détermination. « À Lyon, j’essaie de faire la publicité de mon sport mais c’est dur. Les gens confondent les professionnels et les amateurs. La boxe reste très peu populaire dans l’Hexagone. Et bien que par rapport aux sacrifices réalisés, nos primes soient quasi symboliques, cela non plus ne m’inquiète pas. Je ne fais pas ce sport pour l’argent. Car aucune prime ne remplace une médaille. »
En attendant, et après avoir pris des vacances bien méritées, il va retrouver ses comparses du Boxing Oxygène, les frères Saïdj ou encore Brahim Zendaoui pour les plus connus, tous formés par Serge Pokou et désormais coachés par Joseph Mendy et Olivier Da Costa, et tenter comme à son habitude de « trouver des solutions » pour progresser dans son art.
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